« Saveurs et surprises du parler haïtien » de Jean-Claude Boyer

« Saveurs et surprises du parler haïtien », ce texte de Jean-Claude Boyer est un ensemble de travaux sur les subtilités du créole haïtien. Un voyage dans lequel l’auteur nous conduit dans la réalité quotidienne d’Haïti. Sorti sous les presses de l’Imprimeur II, c'est un livre écrit en français pour parler du créole.

Publié le 2018-02-01 | Le Nouvelliste

Culture -

Comment traduiriez-vous « Aloufa » ? Grand-mangeur ? Avare ? Foutaise !!!

Il y a longtemps, un peuple, le premier peuple noir qui a vu les couleurs de la liberté, une nation inventrice de sa langue, le créole.

Cette langue parlée par 95% des Haïtiens est, depuis 1987, devenue une langue officielle à côté de la langue française, parlée aussi par les Haïtiens. Le créole, langue vernaculaire, est pour les Haïtiens un symbole de liberté, un moyen de communication entre les « natif natal ». C’est une langue très minoritaire, environ dix pays dans le monde le parlent. Une langue qui baigne dans une culture profonde, foisonnante qu’au prime abord, l’étranger n’arrive pas à percer.

Comme toute langue vivante, le créole évolue avec le temps et embrasse d’autres cultures de temps à autre. Ainsi retrouve-t-on dans cette langue des substantifs, des adjectifs qui sont chacun une surprise et provoquent l’étonnement, l’ébahissement ou l’ahurissement chez tous. Jean-Claude Boyer, avec un sens de l’observation aigu, arrive à les compiler pour dresser un prospectus pratique pour leur consultation, leur vulgarisation et leur compréhension.

Dans cette compilation du parler haïtien, M. Boyer dans 88 chapitres et un glossaire, du créole un exercice de toute beauté. Évitant le verbiage, il émaille de nouvelles anecdotes (en visite le vendredi 4 janvier chez des voisins, quand j’entendis Martine inviter Kevin à rentrer à la maison….) extrait du livre, des tournures magnifiques pour enrichir notre vocabulaire créole. Il prend le soin d’énumérer tous ce que son oreille haïtienne a bien pu entendre. « Pour conclure un travail de recherche sur les subtilités du parler haïtien, je choisis l’énumération. En effet, je ne peux citer les mots manquants, en laissant au lecteur, à la lectrice le soin de prolonger. Eh oui, il vous est loisible de compléter parce que vous aussi, vous entreteniez un compagnonnage avec la langue haïtienne », souligne-t-il.

Le créole, ce n’est pas la mer à boire non plus. On y retrouve beaucoup de mots dérivant directement d’une marque par exemple si ce n’est d’une autre langue qui l’influence : jilèt = Gilette.

D’autres ressources infinies du parler haïtien viennent augmenter l’importance de ce livre sur la mixture langagière qu’on retrouve tant sur les bancs de l’école que dans les rues. L’interprétation de certaines expressions telles que batanklan, penyen lage, grapday, comme le mot aloufa évoqué au début utilisé pour parler d'un être gourmand. Bien qu’il ait fait un travail colossal dans le parler haïtien, il s’abstient toutefois de traiter des mots dont les connotations sont négatives. D’où la limite du livre.

« Il y a, mine de rien de la profondeur dans le créole, le reflet d’une riche culture », conclut-il.

Mariah C. Shéba Baptiste maria.mcsb52@gmail.com Auteur
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