« Bakhita » de Véronique Olmi

Publié le 2017-12-28 | Le Nouvelliste

Culture -

Chaque année, un marathon littéraire occupe les comités de lecture chargés de repérer et de révéler aux lecteurs les meilleurs textes pour la rentrée littéraire en septembre. Cette année, parmi de nombreux auteurs, une a été retenue: Véronique Olmi. Auteur de romans et de pièces de théâtre, Véronique Olmi a fait l’unanimité avec son livre « Bakhita », paru aux Editions Albin Michel, 2017.

Gagnant du prix du roman FNAC 2017, « Bakhita » est une « histoire merveilleuse », « una storia meravigliosa » qui entraîne le lecteur du continent africain au continent européen avec verve, dans un langage facile et accrocheur, le conduisant dans les périples de l’histoire sans débordement, le forçant à s’émerveiller sur les dimensions de l’âme humaine pour ensuite l’attacher au récit lui-même.

« Bakhita », un roman certes mais sur un fond biographique où toute la prodigieuse puissance de l’histoire est rehaussée par le temps de conjugaison. Le présent. Présent de narration mais surtout présent duratif, étendu dans le temps pour une action qui dure, une action commencée, illimitée dans le temps. Le lecteur est dans une réalité palpable, saisissante, du début à la fin de l’histoire. Il partage, et vibre avec émotion, les pérégrinations, les voyages, les déplacements, les déchirements mais aussi les joies simples et inattendues.

Dans ce livre, Véronique Olmi a certainement fait appel à ses talents de romancière non pour inventer et donner vie à des personnages fictifs mais plutôt pour décrire des émotions, explorer des espaces infinis, imaginer un dialogue qui a été ou aurait pu être. Intenses, bouleversants, profonds, inhumains. Ce sont ces sentiments décrits avec simplicité sans exagération mais combien magnifiés par cette même simplicité, qui rendent le livre palpitant. Dans une entrevue, « Véronique Olmi raconte avoir découvert l’existence de cette sainte en l’Église Saint-Jean-Baptiste de Langeais en Touraine qui abrite un portrait d’elle. Intriguée par les éléments biographiques qu’elle a pu y lire, elle a décidé d’approfondir ses recherches et s’est passionnée pour le sujet. Loin du portrait édifiant ou de la biographie de référence, elle a choisi d’en faire un roman… »

Tour à tour esclave, domestique, religieuse et sainte, « Bakhita » a tout connu. L’esclavage ne lui a jamais pris son âme d’enfant ni ne l’a enrobée d’amertume, de colère ou de vengeance. « […] On lui a demandé de raconter sa vie, et elle l’a racontée encore et encore, depuis le début. […] Elle ne savait pas que ce qu’elle dirait serait écrit. […] Pour ce récit, sa mémoire est revenue. Mais son nom, elle ne l’a jamais retrouvé. Elle n’a jamais su comment elle s’appelait. […] Cette enfant qui aurait dû mourir dans l’esclavage a survécu, cette enfant était et reste ce que personne jamais n’a réussi à lui prendre. » Cette enfant est « Bakhita ». « En 1955, l’Église ouvre le procès ordinaire d’information en vue de sa béatification. […] Le 1er décembre 1978, Jean-Paul II signe le décret d’héroïsation de ses vertus. […] Le 6 juillet 1991, Jean-Paul II signe son décret de béatification. […] » Après avoir été déclarée, en 1995, patronne du Soudan, Bakhita est déclarée sainte par Jean-Paul II, le 1er octobre 2000.

« Bakhita » n’est pas une histoire racontée par un documentaliste religieux. Le récit ne met en exergue aucune tendance à vouloir rallier quiconque à une cause, une conviction. C’est l’histoire du parcours d’une femme, de pérégrinations émouvantes et dérangeantes vécues dans la dignité. L’histoire d’une force, d’une grandeur d’âme, d’une volonté à toute épreuve, d’une détermination à vivre et à survivre.

Véronique Olmi a écrit un chef-d’œuvre.

Rachel Vorbe Auteur
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