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Economie haïtienne : une croissance molle de 1.2% et une inflation élevée de 14,7%

Publié le 2017-12-27 | Le Nouvelliste

Economie -

À l’heure du bilan économique, le Group Croissance a présenté une analyse de la performance économique et financière pour l’année 2017, ce mercredi 27 décembre, dans ses locaux à Delmas. Au cours de l’exercice fiscal 2016-2017, l’économie a crû seulement de 1,2% et connu un taux d’inflation de 14,7% en moyenne, d’après le président-directeur général (P.D.G.), disant se référer aux derniers chiffres de l’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI). « Faible croissance économique, taux d’inflation élevé, taux de change sous contrôle mais sans influence sur les prix », a scandé Kesner Pharel pour résumer l’année fiscale 2016-2017.

« Les secteurs d’activité de l’économie n’évoluent pas assez », a affirmé le patron du Group Croissance, avançant les scores réalisés par chaque secteur d’activité : agriculture 0,8% de croissance, industrie manufacturière 1%, construction, bâtiment et travaux publics 0,9%, commerce 1,3%, transport et communication 1%, services marchands 0,8% et services tertiaires 0.9% . L’économiste Kesner Pharel a souligné par ailleurs une augmentation de la consommation de 2,7% et un faible taux des investissements privés, considérés comme étant le moteur de croissance économique, de 0.9%.

Après le passage de Matthew, le numéro un du Group Croissance dit s’attendre à un taux de croissance négatif pour le secteur agricole. Le score de 0,9% paraît le surprendre un peu. Pour l’industrie manufacturière, il a fait savoir que sa croissance a été soutenue par le secteur textile qui a crû de 2% pour l’exercice 2016-2017. Kesner Pharel a attiré l’attention sur le mauvais score du secteur construction qui, selon lui, prouve que la reconstruction après Matthew tarde encore à se concrétiser. Quant au secteur Commerce, l’économiste a avancé que sa croissance s’explique notamment par l’augmentation des importations.

Sur ce point, Kesner Pharel a expliqué que les importations ont représenté plus de 3,5 milliards de dollars américains tandis que les exportations ont diminué en passant au-dessous de la barre de 1 milliard de dollars. « Les exportations tournent autour de 980 millions de dollars », a indiqué Kesner Pharel, soulignant que la croissance de 1,2% a été soutenue par les transferts de la diaspora haïtienne. En effet, les transferts de la diaspora ont connu une augmentation de 15,4%. « Sans les transferts, ce serait aussi difficile d’avoir un taux de change autour de 62 gourdes pour un dollar », a déclaré Kesner Pharel sans minimiser le rôle joué par la BRH.

« Il y a eu une appréciation de plus de 10% de la monnaie locale sans que cela arrive à impacter l’inflation », a souligné Kesner Pharel, précisant que le taux d’inflation ne se trouvait jamais au-dessus de 12% pendant l’exercice fiscal 2016-2017. Pour lui, l’inflation est l’un des grands problèmes de l’économie haïtienne pendant les deux dernières années. « La population s’appauvrit davantage et devient plus vulnérable. Même les gens qui travaillent ont vu leur pouvoir d’achat diminuer », a soutenu le président du Group Croissance, soulignant que les chômeurs sont aussi victimes de cette hausse d’inflation puisqu’ils ne bénéficient pas vraiment de l’aide de la part de ceux qui travaillent.

L’économiste est revenu sur l’appréciation de la gourde et a expliqué pourquoi elle n’a pas influencé les prix. Des interventions de la banque centrale ont facilité une appréciation de la monnaie locale. Cette dernière est passée de près de 70 gourdes pour un dollar pour finir autour de 62 pour la monnaie américaine. « Cette appréciation devrait provoquer une baisse de l’inflation. Cependant, ce n’est pas le cas. Il faut comprendre que les prix ne sont pas définis uniquement par la valeur du taux de change. La Banque mondiale démontre, dans une étude, qu’il existe trop de monopoles et d’oligopoles dans l’économie haïtienne et ceci même au niveau des importations », a expliqué le P.D.G. du Group Croissance, estimant qu’il faut élaborer des lois particulièrement sur la concurrence pour protéger les consommateurs.

Au niveau des finances publiques, la discipline n’a pas été imposée avec rigueur. Les dépenses sont supérieures aux recettes. « Malgré une augmentation de recettes en juillet 2017, les recettes ont enregistré un pic extraordinaire », a déclaré M. Pharel, mettant en exergue une graphique de la BRH. Un financement du déficit budgétaire autour de 3 milliards de gourdes a été communiqué, dans une note de la BRH qui se trouvait dans l’obligation d’appliquer une politique monétaire restrictive pour tenter de sécher la liquidité excédentaire dans le système. La banque centrale est dans l’impossibilité de baisser le taux directeur pour faciliter l’octroi de plus de crédits dans l’économie à cause de ce financement du déficit budgétaire. Kesner Pharel a fait aussi référence aux propos de l’ex-gouverneur Fritz Jean, soulignant un financement du déficit budgétaire autour de 5 milliards de gourdes.

Le service de la dette est un autre aspect considéré par le patron du Group Croissance dans l’analyse de la performance économique et financière. « Chaque mois, le gouvernement doit trouver plus d’un milliard de gourdes pour payer les dettes internes et externes. Dans le budget, le service de la dette est chiffré à 13 milliards de gourdes, une somme bien plus importante que l’enveloppe allouée à l’agriculture, une des priorités de l’équipe en place », a indiqué Kesner Pharel.

Avec la réserve nette de change qui passe d'un milliard de dollars en mai 2017 à 974 millions de dollars en septembre 2017-12-27, l’économiste a exprimé une certaine inquiétude en voyant réduire les marges de manœuvre de la BRH qui alimente le marché des changes afin de stabiliser le taux de change. D’un autre côté, Kesner Pharel a fait état d’une augmentation de la consommation de 2, 7% qui s’explique par une augmentation de la masse salariale tant dans le secteur privé que dans le secteur public et d’un déficit jumeau, c’est-à-dire un déficit budgétaire combiné à un déficit au niveau de la balance des paiements qui entrave l’économie haïtienne.

Pour expliquer ce faible taux de croissance, l’économiste a avancé les effets du choc Matthew et le climat politique avec les incertitudes sur les élections en 2016. Pour l’exercice fiscal en cours, le gouvernement a fait une prévision de croissance autour de 3,9%. Pourtant, il a été perturbé un peu au début du mois d’octobre avec les mouvements de protestation contre le budget. Pour Kesner Pharel, il faut prendre d’autres dispositions pour renforcer l’économie en recherchant la stabilité macroéconomique, la création de nouveaux emplois, la relance des exportations. La relance de l’économie, selon l'IHSI, se ferait avec l’agriculture, la redynamisation du secteur de construction et une amélioration du climat des affaires.

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