Guerda Petit-Nord / Ouanaminthe

Indignée et révoltée dans une nouvelle

Elle est ravissante, elle a 20 ans. Native de Ouanaminthe, ville d'Haïti située à la frontière de la République dominicaine, dans le département du Nord-Est, Guerda Petit-Nord est l’une des lauréates du 4e concours national de nouvelles sur le thème Haïti 2042. Son texte, publié dans le recueil de nouvelles de C3 éditions, est fascinant, angoissant, effrayant même, mais surtout très réel. Nous avons voulu rencontrer ce jeune talent qui espère devenir une grande romancière. La preuve que notre littérature a de beaux jours devant elle tout en se définissant d’autres pistes, d’autres champs.

Publié le 2017-12-27 | Le Nouvelliste

Culture -

Le Nouvelliste (L.N.) : Pourquoi avez-vous participé au concours national scolaire de nouvelles ?

Guerda Petit-Nord (G.P.N.) : Tout d’abord, j’ai participé au concours parce que j’ai été animée, comme tous les autres participants d'ailleurs, par l’ardent désir de remporter le prix ! Pour dire vrai, c’était ma première idée, ma principale motivation en quelque sorte. Ensuite, à mesure que les mots prenaient naissance dans ma tête, j’ai compris que je ressentais plus que cela. J’avais un devoir : ouvrir les yeux de chacun face au danger imminent qui pèse sur nous. Alors là, j’ai trouvé la vraie raison de ma participation à ce grand concours ! Mon projet venait de connaître une nouvelle orientation. Je voulais travailler pour la bonne cause, en l’occurrence apporter ma petite pierre pour contribuer au redressement de mon pays par la réflexion d’abord et l’action ensuite.

L.N. : On vous sent ancrée dans votre lieu. On hume le Nord, Ouanaminthe et ses repères malgré la catastrophe annoncée que vous peignez et que vous voulez qu’on évite. Un écrivain est-il pour tout quelqu’un qui s’inscrit dans un lieu ?

G.P.N. : Être écrivain n’est pas seulement donner libre cours à son imagination ou encore la laisser créer quelque chose d’absent et d’abstrait. Il faut aussi permettre aux autres de se repérer dans ton texte. Il ne s’agit pas d'écrire de belles phrases, ou d’avoir une belle idée tout simplement, il faut aussi donner vie à son texte. Le lecteur doit se sentir vivant sur la scène que tu décris ! Je m’inscris dans le sillage de toutes celles et de tous ceux qui ont compris qu’avec les vingt-six lettres de notre deuxième langue nationale, nous pouvons interpeller bien des consciences, en particulier celles qui sommeillent dans mon propre milieu de vie pour nous remettre sur les rails avant qu’il ne soit trop tard.

L’écrivain, à mon avis, a pour vocation d’être un peu comme le philosophe dans le « Mythe de la caverne » ( CT. La République, Platon ) pour amener au grand jour ceux qui habitent les ténèbres de la caverne, pour aider à passer de l’intérieur à l’extérieur de la caverne, pour aider à passer de la caverne de la manipulation, de l’enfermement ou de la médiocrité à un sérieux discernement de la réalité, à la vraie vie, en somme au vrai bonheur.

Les vraies vertus pour diriger un pays

L.N. : Êtes-vous effrayée en décrivant à la fois un futur très possible et donc une présente réalité, l’incurie de notre gouvernance ?

G.P.N. : Non ! Je suis plutôt indignée et révoltée. Indignée de voir comment ceux qui ont le pouvoir de décision ferment les yeux sur les dangers imminents qui menacent notre nation. Révoltée, car comment pouvons-nous continuer de la sorte et à faire comme si tout allait pour le mieux alors que notre société est bel et bien menacée ? Indignation et révolte, ce sont les sentiments qui m’habitent. En tant que jeune, il est de mon devoir de réveiller la conscience des autres de mon âge, qu’ils comprennent que l’héritage que vont nous laisser nos pères, si la situation continue à dégénérer ainsi, ne sera que ruine, pierre et sang ! Après le 12 janvier, nos chefs d’État devraient enfin comprendre que les vraies vertus pour diriger un pays ce sont la prudence et la prévision ! Ils devraient également comprendre qu’il faut travailler à la mise en place d’institutions fortes pour garantir une certaine stabilité au niveau du pays.

L’heure est grave, mais il n’est pas encore trop tard. Nous pouvons sauver la nation de cette catastrophe. Il incombe à tout le monde de prendre ses responsabilités. Il ne s'agit pas seulement des dirigeants, mais du peuple aussi. Déjà, le peuple a toute une responsabilité envers lui-même en faisant choix de ses dirigeants. Qu’il ne démissionne donc pas lorsqu’il s’agit de remplir son devoir de citoyen ! Qu’il arrête de se laisser manipuler, de choisir pour les 1000 gdes, mais qu’il commence à choisir le meilleur programme de développement durable ! Et que ceux-là qui sont choisis, prennent les dispositions nécessaires afin de respecter ce programme, et de combattre la corruption !

Wébert Lahens webblahens@yahoo.fr Auteur
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