Que la lumière soit !

Publié le 2017-12-22 | Le Nouvelliste

Editorial -

"Petit Papa Noël

Quand tu descendras du ciel

Avec des jouets par milliers

N'oublie pas mes petits souliers "

On ne chante plus, on ne fredonne plus cette chanson traditionnelle de Noël. Lionnel Benjamin est passé par là. Avec ses nombreuses compositions sur le sujet, il a indigénisé la fête du 25 décembre. Puis, "Konkou Chante Nwèl" de Télémax et d'autres initiatives ont totalement haïtiannisé la fête chrétienne et même la fête commerciale. Aujourd'hui, nous n'avons plus ni l'esprit, ni les couleurs, ni les musiques de Noël. Reste un jour de congé et des vestiges de çi et de ça.

Au fil des ans, on a aussi tout demandé au père Noël. La dernière requête en date est celle d'Aly Acacia qui quémande une nouvelle classe intellectuelle pour le pays. La paix, l’union, la salubrité, la sécurité, un beau pays neuf, que n’avons-nous pas demandé au père Noël ? La fête de Noël, qui était l’occasion d’accéder au superflu ou au petit plus qui fait plaisir, au fur et à mesure que nous avons perdu la capacité de nous offrir le nécessaire, est devenue le prétexte de toutes les sollicitations.

Le père Noël n'opère pas de miracle. Il vous apporte non pas ce que vous méritez mais ce que vous avez déjà. Parce que vos parents vous l'ont acheté. Parce qu’un être cher a décidé de vous l'offrir. Parce que vous vous l'êtes procuré vous-même. Avec emballage, avec un sourire, une immense satisfaction ou au pied de l'arbre de Noël, les cadeaux font plaisir. Le père Noël n’a plus ce rôle en Haïti.

Que de nuits de réveillons ou de petits matins du 25 décembre se sont mal terminés parce que le présent attendu a fait faux bond. Que d’années avons-nous perdues en espérant, sans travailler, que les récompenses tomberont du ciel.

En Haïti, ce n'est pas seulement les chants traditionnels qui se sont tus. Les demandes au père Noël ont été épuisées. Les cadeaux se font rares. Les réalisations aussi.

Comme nous sommes notre propre père Noël, c'est à notre propre échec que nous assistons d'année en année. Nous ne pouvons plus offrir à nos enfants une éducation de qualité. Nous ne pouvons pas fournir des soins de santé pour tous. Nous n'organisons pas de loisirs collectifs. Nous importons nos consommations. Attendons tout de l’étranger, de nos diasporas ou des Blancs.

Le père Noël a compris notre déroute, il nous évite.

D'ailleurs, ici, il n'est que notre oncle. Tonton Noël. Nous avons dénaturé et la fête et l'auguste bonhomme.

En 2017, le président de la République, Jovenel Moïse, a décidé de prendre la place du père Noël. Il n’a pas apporté des cadeaux mais a fait des promesses comme personne avant lui. Il a pris date et fixé un objectif : de l’électricité pour tous, 24 sur 24, d’ici 24 mois. Cela a soulevé l’ironie des incrédules, le scepticisme des réalistes. Qu’à cela ne tienne. Remettons-nous à croire aux belles histoires qui finissent bien en cette veille de Noël et des fêtes du Nouvel an. Faisons le vœu de croire que d’ici la fin de 2019 le pays aura un réseau national et des capacités de production suffisantes pour illuminer toutes les maisons, mettre en marche les industries.

Ne vaut-il pas mieux souhaiter que le confort et le travail soient au rendez-vous avant deux ans, que de continuer à tracer des perspectives sans issue avec le black-out quotidien ?

Mais voilà, comme pour les demandes au père Noël, les promesses du président ne se concrétiseront pas toutes seules. Il nous faudra mettre la main à la poche, changer de comportement, planifier et nous astreindre à suivre un plan. Cela implique une discipline nouvelle pour l’État, le secteur privé et chaque consommateur.

Pour les cadeaux dans les petits souliers, il faudra que quelqu’un paie la facture avant, pour doter le pays des équipements nécessaires et après pour soutenir la production, la distribution et la commercialisation de l’énergie. Quelle que soit la source choisie.

Et on revient en cette fin d’année, temps de vœux et de résolutions, à la nécessaire transparence qui doit guider toutes les actions publiques, à la bonne gouvernance qui est le seul chemin de changement, à la lutte continue et réelle contre la corruption, la petite comme la grande, à l’exigence de lois et de juges en état de rendre justice. Tous ces incontournables pour édifier un pays meilleur on ne les aura pas en cadeau ni du président ni du père Noël. Il faut un effort collectif et une exigence de résultats de tous les instants.

Que l’électricité, la promesse d’en doter tout le pays, serve de lumière, nous guide comme l’étoile de Galilée et nous oblige à sortir des sentiers du passé pour marcher vers une nouvelle ère.

En cette fin d’année et à l’aube de l’année nouvelle, souvenez-vous que ce n’est pas le père Noël qui vous déçoit quand sous le sapin il n’y a rien, mais c’est vous l’acteur principal du mythe, le seul responsable de vos espérances.

Comme il est une tradition dans les pages du Nouvelliste, à l’occasion de la Noël 2017 et du Nouvel an 2018, nous formulons nos vœux les meilleurs à nos lecteurs, à nos commanditaires et aux amis du journal. Les employés, les journalistes, la rédaction et la direction du journal vous remercient de la confiance renouvelée. Au Nouvelliste, nous restons convaincus, encore plus que l’année dernière, que chacun doit chercher à faire le bien aussi bien qu’il le peut.

Frantz Duval
Auteur
Ses derniers articles

Réagir à cet article