Le Centre d'art sacré patrimoine documentaire régional

Le comité régional de l’Amérique latine et de la Caraïbe du programme mémoire du monde de l’UNESCO, lors de sa réunion annuelle à Curaçao, du 23 au 25 octobre 2017, a attribué au fonds d’archives du Centre d’art le statut de « patrimoine documentaire régional ». Un statut qui lui exigera plus d’efforts qu’il en a déjà fait. Cependant, les conditions de logement du centre ne sont pas des plus satisfaisantes. Aménagé dans des espaces provisoires et précaires, sera-t-il à la hauteur de cette tâche?

Publié le 2017-12-05 | Le Nouvelliste

Culture -

Le Prix UNESCO/Mémoire du monde est destiné à commémorer l'inscription au Registre de la Mémoire du monde des œuvres d’une institution. Il part du principe que le patrimoine documentaire du monde appartient à tous, et qu'il devrait être entièrement préservé et protégé pour le bénéfice de tout un chacun. Aussi, doit-il être attribué aux institutions ou personnes apportant une contribution importante à la préservation et à l’accessibilité du patrimoine documentaire. Le Centre d’art répond-il à ces critères?

En 1992, L'UNESCO a mis en place le programme Mémoire du monde suite à une prise de conscience de l'état inquiétant de la préservation du patrimoine documentaire et de l’instabilité de son accès, dans différentes régions du monde. Ainsi a-t-elle décidé de créer un comité dont la mission est d’élaborer un plan d'action dans lequel elle joue le rôle de coordinatrice et de catalyseur en sensibilisant les gouvernements, les organisations et fondations internationales. Dans cette perspective, il encourage la formation de partenariats pour la mise en œuvre d'un éventail de projets.

Pour faciliter la conservation du patrimoine documentaire mondial, l'UNESCO voudrait utiliser les techniques les mieux appropriées, ce, pour la garantie d'un accès universel au patrimoine. Cet organisme de l'ONU souhaite éveiller la conscience collective mondiale sur la protection du patrimoine et de son existence. Dans cette démarche, chaque année, il décerne un prix, à l’adresse d’une institution ou d’une personne. Ce prix est lié au patrimoine culturel et revêt un caractère documentaire. Il consiste en informations associées à un support et sert un objectif de communication à travers le temps. Il peut s’agir d’une pierre ou de tout autre type de support détenu par une institution culturelle, tel qu’un centre d’archives, un musée ou une bibliothèque, légués par leurs créateurs ou leurs successeurs légitimes.

Le Centre d’art, depuis sa création, en 1944 jusqu’à aujourd’hui, garde sa principale mission : promouvoir l’art visuel haïtien. Il reste un lieu de diffusion de l’art local et un espace ou celui-ci trouve son repère. Ce haut lieu de mémoire, avec le temps, a permis à la peinture populaire pratiquée par des artistes autodidactes d’avoir une renommée internationale. Le Centre d'art qui a vu naître de grandes étoiles de la peinture haïtienne, tels Hector Hyppolite, Philomé Obin, Préfète Duffaut, Franck Louissaint, est un modèle inspirant. Il est à l’origine de nombreux musées et écoles d’art en Haïti.

En 2010, le Centre a connu un moment difficile, suite au tremblement de terre qui avait détruit certains trésors de ce patrimoine. L’immeuble où il siégeait s’est effondré, ce qui a causé une grave pénurie de ressources nécessaires aux activités de préservation et de conservation. D'importantes collections ont souffert de dommages divers : pillage, dispersion et destruction. Locaux et financement inappropriés ont contribué à mettre ce patrimoine en péril. Heureusement, le centre a survécu. Il remonte la pente. Les archives et les collections, toutefois, ont été sauvegardées.

L’actuelle directrice, Louise Périchon, dans une conférence, avait déclaré que le centre s'en sortait assez bien et que les mesures pour sa reconstruction étaient prises.

Puisque tout se sait et tout finit par se savoir, ce prix vient témoigner du fait que le centre n’a pas cessé de travailler pour la valorisation de l’art national. Il démontre aussi que les efforts pour constituer des archives au centre n’ont pas été vains. Protéger et conserver le fonds des archives du centre a toujours été et est au cœur de ses priorités. Néanmoins, il reste et demeure que l’institution nécessite une reconstruction pérenne, afin de continuer d’honorer la mémoire de Dewitt Peters et de ses collaborateurs.

Mariah C. Shéba Baptiste maria.mcsb52@gmail.com Auteur

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