Des livres qui ont marqué Béo Monteau

Vous êtes branchés livres ? La lecture vous fascine ? Vous vous sentez bien dans votre peau quand, plongé dans un livre, vous vous coupez du monde pour faire un long voyage avec l’auteur ? Votre liste va s’allonger de 5. Dans ce numéro, je vous propose de découvrir les livres qui ont marqué Béo Monteau

Publié le 2017-12-05 | Le Nouvelliste

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« Des livres qui m’ont marqué ? Beaucoup trop pour en parler sans mauvaise conscience, sans penser que je vais trahir ceux que je ne citerai pas. Une certaine culpabilité de réduire toute une vie de lecture à cinq bouquins. Voyons donc, je ne suis doué qu’à une seule chose dans la vie : lire, et je vais parler de cinq écritures qui me foutent la peur d’écrire tant elles sont extraordinaires », raconte le slameur qui a baigné dans l’univers des livres très tôt.

L’aveuglement de José Saramago

J’imagine Saramago sourire en écrivant ce roman, en se moquant du lecteur, en l’entraînant sur de fausses pistes narratives. Il peut se sentir perdu en entrant pour la première fois dans l’univers de l’auteur : des points et des virgules pour les dialogues, les répliques qui s’enchainent séparées par une simple virgule. Cependant, Saramago ne perd pas le lecteur qui s’installe dans ce récit d’une générosité palpable. Un homme se retrouve aveugle au volant de sa voiture à un feu, un inconnu l’aide, se retrouve aveugle à son tour. Il prend rendez-vous chez l’ophtalmologue, celui ci aussi devient aveugle. Une épidémie de cécité vient de frapper une ville. Les pouvoirs publics vont prendre des mesures radicales, ils enferment les aveugles sous peine de les tuer s’ils essaient de sortir. Mais petit à petit toute la ville devient aveugle, sauf la femme de l’ophtalmologue qui se fait passer pour telle pour suivre son mari. Elle va donc voir la bassesse, la saleté, la violence, l’envie… tout ce à quoi cette humanité perdue va se retrouver confrontée. C’est un roman qui a vraiment contribué à ce que j’essaye de faire de moi, une meilleure personne.

Lolita de Vladimir Nabokov

Ce roman est terrible. On n’imagine pas cette histoire dans le réel. Même les réalisations cinématographiques ont transformé la fillette en jeune fille à l’écran. Impossible d’oser montrer cet amour pédophile entre l’homme et la petite fille au cinéma. C’est un espace découpé hors du réel ou l’auteur fait ce que bon lui semble avec ses personnages. Voir comment il commence ce livre : « Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-li-ta : le bout de la langue fait trois petits bonds le long du palais pour venir, à trois, cogner contre les dents. Lo. Li. Ta. »

Highway 61 Revisited de Bob Dylan

Me dire que Bob Dylan n’a écrit que des chansons, c’est en oublier toute la teneur poétique. Je suis un homme désespéré qui s’intéresse beaucoup aux paroles de chansons. Et puis ce n’est pas pour rien qu’on lui a décerné, l’année dernière, le prix Nobel de la littérature. « Highway 61 Revisited » est l’un des albums les plus importants de la culture pop/rock. Dites neuf chansons, moi, je dis neuf poèmes, bien construits. Le titre éponyme : Route 61 Reparcourue, le symbole de la liberté. Des personnages plus ou moins loufoques, confrontés à des problèmes dont la solution se trouve, leur dit-on, sur la route 61. Derrière des histoires un peu absurdes, on sent le ton dénonciateur. L’assistance sociale qui refusait d’aider Georgia Sam, le joueur vagabond qui essayait de créer une nouvelle guerre mondiale. Pour l’anecdote, Dylan a dit à Keith Richards « J’aurais pu écrire Satisfaction, mais tu n’aurais jamais pu écrire Desolation Row. » Là, on parle d’écriture, pas seulement de l’harmonica, de la combinaison orgue/guitare et de la voix si unique du vieux Bob.

L’insoutenable légèreté de l’être de Milan Kundera

Kundera a le talent de dépeindre nos chambres intérieures, la plupart du temps impossible à décrire par le verbe. Une tournure un peu politique avec l’invasion russe en Tchécoslovaquie en 1968, une dimension psychologique prononcée avec tous les personnages qui gravitent autour de Thomas. Sa femme Tereza, sa maitresse en chef Sabina et puis Frantz, amant de Sabina, homme droit que la relation adultère torture. Une économie de mots mais un luxe de justesse dans chaque expression sur cet état de « qui perd perd » où l’on se sent mal seul, et mal à deux. Je pense qu’il y a une filiation entre Kundera et Tolstoï, le chien de Tereza qui s’appelle Karenine. Ce langage à double sens entre des êtres qui se meuvent en quête de vérité. Il y a dans ce livre un enjeu historique, celui de faire des choix à travers les aléas de la vie. Je vous donne mon avis insoutenablement léger que ce livre restera marquant pour des siècles à venir.

Les justes d’Albert Camus

Je ne veux pas parler de ce livre. Je connais par cœur « Les Justes ». Je crois l’avoir lu plus d’une vingtaine de fois tout au long de ma vie. Je veux qu’il reste toujours comme un livre que je découvre à chaque fois.

Béo est épris de lecture, amoureux des livres. Si bien qu’il lance : « Je ne voudrais plus jamais avoir à parler des livres qui m’ont marqué. » Et vous ? Quels livres vous ont marqué ?

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