Si j’avais 2 milliards de dollars US à gérer, que ferais-je pour le pays ... ?

Publié le 2017-11-30 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

Diriger un pays implique constamment la prise de bonne décision et toute bonne décision est le fruit d’un bon choix stratégique.

Pour répondre aux différentes attentes de la population, les dirigeants doivent intervenir sur plusieurs fronts afin de résoudre les problèmes. Les interventions qu’effectue l’Etat dans les divers domaines nécessitent l’utilisation de fonds assez importants car les besoins sont multiples et les attentes très variées. Durant les dix dernières années, de 2006 à 2016, les administrations financières étatiques ont collecté plus de 430 milliards de gourdes soit plus de 9,3 milliards de dollars US et pour la même période les dépenses publiques s’élevaient à plus de 523 milliards de gourdes soit environ 11,4 milliards de dollars US dont seulement environ 1,8 milliard ont été affectés à des dépenses d’investissement. De 2006 à 2010, il y a eu 676 millions dollars US d’investissements publics et 1 milliard cent dix huit millions dollars US de 2011 à 2016. Ces montants paraissent peu significatifs certes pour le fonctionnement moderne d’un pays mais si on les avait utilisés efficacement, les retombées auraient été telle une fusée qui propulserait le pays vers des cieux prospères et le placer sur la voie du progrès.

Ces derniers jours, la société a pris connaissance d’un rapport qui fait état de malversations financières dans plus de 1,7 milliard de dollars issus du programme PetroCaribe, un portefeuille que les principaux responsables du pays devraient gérer à bon escient en engageant les fonds particulièrement dans des activités pouvant générer des retombées économiques positives pour les pays. Les anciens dirigeants claironnent à tort ou à raison que les fonds ont été bien dépensés. Mais le fait d’avoir près de 2 milliards de dettes signifie que des sorties de fonds, pour le-dit montant, ont été effectivement versés pour les réalisations de travaux. Par conséquent, ces derniers devraient être visibles de tous.

On ne saurait nier que plusieurs ouvrages ont été réalisés durant les dernières années tel que : la reconstruction de certains édifices publics, l’aménagement de certaines routes, la construction de quelques lycées et l’érection d’un pont à étagement à l’intersection Blvd Toussaint Louverture -Nazon et route de Delmas, le reste est très peu significatif. Il est évident que les dirigeants ont légitimement la latitude de décider en fonction de leur vision, de leur politique de définir quelles sphères d’activités auxqulles il faudrait accorder la priorité et de définir quelle sorte de projets à exécuter. Avec une telle somme dépensée, la société devrait être en mesure de se sentir projeter vers un futur prometteur pour les progénitures du pays. C’est dans cette perspective qu’on compte présenter un ensemble de grands chantiers qui devraient être entamés et/ou réalisés à partir d’un portefeuille de 2 milliards de dollars US.

1-Education

Haïti est le pays de la Caraïbe où le taux d’analphabétisme est le plus élevé. La demande sociale en éducation du pays est très élevée. L’enseignement public et gratuit n’atteint que 20% de la population scolaire, le reste est dominé par le secteur privé. Aujourd’hui, le système éducatif haïtien accueille environ 2,700,000 élèves dans près de 17,000 écoles. Le taux de scolarisation se situe à environ 60%. On pouvait construire dans chaque commune un lycée moderne avec une capacité d’accueil de 1200 élèves par vacation à raison de 1,2 million par lycée, ce qui donne 174 millions. Ces 145 lycées, nouvellement construits, permettraient au pays d’augmenter le taux de scolarisation puisqu’environ 348,000.00 nouveaux enfants auront la possibilité d’avoir accès à l’éducation.

Dans l’enseignement supérieur, le pays ne dispose que récemment d’un campus universitaire reçu en don de la République dominicaine. Sur l’ensemble des facultés de l’Université d’Etat d'Haïti, le secteur public ne peut accueillir que 26,000.00 étudiants et les élèves de toutes les régions du pays sont obligés de quitter leurs villes natales pour s’héberger dans la capitale.

La construction de 4 universités dans 4 zones géographiques du même type que celui de Limonade pour un total de 120 millions devra renforcer la formation supérieure et desservir les étudiants qui vivent hors de la zone métropolitaine de Port-au-Prince.

2-Santé

Haïti figure parmi les pays où l’accès aux soins de base demeure un luxe. Beaucoup de nos compatriotes sont obligés parfois de se rendre dans des hôpitaux à l’étranger en quête de soin. Les dépenses publiques en santé sont très minimes comparativement à la densité de la population. Elles passent de 2.7% du PIB à 1.6 du PIB de 1995 à 2014 selon un rapport de la Banque mondiale. Le pays dispose de très peu de centres hospitaliers modernes.

Ainsi, les gouvernements devraient procéder à la construction de 4 grands hôpitaux modernes dans les zones des campus universitaires à 33 millions par hôpital, ce qui donne un montant de 132 millions.

3- Reconstruction des bâtiments publics

Le 12 janvier 2010, le pays a sombré dans le chaos. Tous les édifices publics symboles de la souveraineté de la nation se sont effondrés. La reconstruction de ces bâtiments s’avère une nécessité pour restaurer l’image de l’Etat. A cette fin, les réalisations suivantes peuvent être engagées :

• Construction du Palais national pour 60 millions dollars

• Reconstruction et réhabilitation des institutions publiques évaluées entre 250 à 300 millions dollars américains

4- Protection de l’environnement

Depuis plusieurs décennies, la couverture forestière du pays ne cesse de chuter. La couverture végétale se dégrade continuellement. Aujourd’hui, elle représente moins de 2% du territoire. Cela a pour conséquences directes la dégradation du sol et, l’érosion. Nos surfaces cultivables sont quasi inutilisables. Les 30 bassins versants qui représentent une superficie de 2,177,000.00 ha dont 1,749,900 ha méritent des interventions de reboisement en priorité. Selon des experts en agronomie, si l’on cultive 40 à 50 arbres fruitiers par ha celui réduirait la perte de nos terres cultivables. Avec un coût de 25 gourdes par plantules, la reforestation de ces portions de bassins versants coûterait au pays 2,187,375,000.00 gourdes, soit 34,2 millions de dollars US.

5-Aménagement du transport en commun

Pour jauger le bon fonctionnement d’une ville, il suffit de jeter un regard sur le système de transport en commun. Plus le transport en commun est adéquat, plus la ville est vivable et attractive. En Haïti, on est unanime à dire que le transport en commun est mal organisé. Les gens, pour vaquer à leur occupation, empruntent le transport public dans de mauvaises conditions. Les plus petits tout comme les vieux en souffrent beaucoup car pendant les heures de pointe, les passagers se lancent dans une lutte acharnée afin de s'arracher une petite place sur un banc qui parfois déchire même leurs vêtements.

De nos jours, dans presque toutes les grandes villes modernes, on utilise un système de transport en commun par les rails dénommé TRAMWAY en plus des bus, autobus et taxis afin d’assurer un meilleur transport de masse de la population et réduire les embouteillages et du coup réduire les effets nocifs du rejet de la fumée des voitures usagées.

Un projet d’une grande envergure pourrait être lancé pour l’organisation du système de transport en commun dans certaines régions de la zone métropolitaine. Une proposition de ce genre est faite. Ce projet de tramway pourrait partir de l’intersection Torcelle frère (académie de police) longeant tout le boulevard du 15 octobre passant par Fleuriot, une partie de l’av Maïs-Gâté, passant sur le Blvd Toussaint Louverture, jusqu'en face de la nouvelle base de CIMO Delmas 2. Et une autre ligne partant de ce même point central pour finir à Mariani passant par la Saline longeant la route de Martisant et Fontamara passant la route des rails. Un tel projet nécessiterait des coûts exceptionnels compte tenu du fait qu’1Km de ligne de tramway coûte environ 24 millions de dollars US. Après avoir fait une estimation du coût de ce mégaprojet, on a pu déduire que le montant s’élèverait a 738,500,000.00 dollars sur ces deux lignes qui mesurent environ 31 KM, la ligne Académie – Delmas 2 fait environ 17 Km et l’autre ligne Delmas 2 – Mariani mesure environ 14 KM.

Ensuite, on pourra faire des ouvrages d’art à l’intersection Gérald Bataille, un pont à étagement ayant deux passages supérieurs qui permettra aux véhicules qui passent par Maïs-Gâté de passer au-dessus de l’intersection et un autre passage supérieur pour les véhicules qui laissent Delmas 33 pour aller sur le boulevard du 15 octobre. Un autre ouvrage d’art soit un tunnel peut être réalisé en dessous du parking de l’aéroport afin de réduire le trafic du coté de l’aéroport international. Ces ouvrages pourraient coûter entre 60 et 80 millions de dollars incluant l’aménagement de la chaussée dans cette zone.

6- Support à l’investissement

Dans une étude qu’on a effectuée sur la relance de l’économie, on avait pris pour objectif la création de 100 entreprises par commune qui rapporterait à l’État plus de 44 milliards de gourdes par année. L’état pourrait constituer un fonds de garantie de 145 millions de dollars US afin de permettre aux nouveaux entrepreneurs en quête de financement de démarrer sur de bonnes bases.

Tableau récapitulatif des investissements susmentionnés

Secteur Descriptions Montants

Education 145 Lycées+4 universités 294 millions US

Santé 4 grands Hôpitaux 132 millions US

Reconstruction des Bâtiments publics Palais national + 14 bâtiments 360 millions US

Protection de l’environnement reforestation des bassins versants 34.2 millions US

Aménagement du transport en commun Tramway et 2 ouvrages d’art 818.5 millions US

Support à l’investissement Fonds de garantie 145 millions US

Total 1,783,700.000.00 US

Somme toute, depuis 2006 à 2016, les 1,8 milliard qui ont été dépensés dans des investissements publics n’ont pas eu d’impact sur la société du fait que les réalisations n’ont pas été engagées dans des activités et ouvrages qui améliorent la vie de la population. Sur 10 ans d’investissements, on devrait être en mesure de constater au moins un mégaprojet. La liste des réalisations qu’on vient de présenter n’est qu’un exemple parmi tant d’autres que plusieurs autres personnes avisées pourraient proposer. Mais elle constitue un modèle de projets susceptibles de susciter l’émerveillement et l’amélioration des conditions de vie du peuple haïtien qui souffrent depuis des lustres. On s’est arrêté à 1,8 milliard dans le tableau mais pour arriver à 2 milliards, il nous reste environ 200 millions pour exécuter d’autres projets d’investissements tels des places publiques, des centres de santé, des écoles professionnelles etc. De même, on n’a pas fait mention des budgets de fonctionnement des nouveaux hôpitaux et lycées. Ces fonds pourraient être dégagés par une rationalisation des dépenses générales de fonctionnement. On souhaite que les dirigeants actuels se mettent à la hauteur de grands visionnaires afin de placer le pays sur les voies du progrès tout en adoptant une attitude caractérisée par un esprit de sacrifice, une détermination politique et une optimisation des ressources afin de résoudre les problèmes économiques du pays

John Earl Etzer LEGROS,

Expert-comptable, CPAH

Master II en gestion financière

Finissant en génie civil

earl013@yahoo.fr

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