Le paiement numérique joue un rôle crucial dans la réussite des entrepreneurs haïtiens

Si dans les pays à revenu élevé les paiements électroniques sont courants, Haïti n’en est qu’à ses débuts. En effet, les services financiers numériques en Haïti ont débuté en 2011 suite au tremblement de terre du 12 janvier 2010 quand ils ont été utilisés pour la première fois sous forme de décaissement humanitaire pour les communautés vulnérables.

Publié le 2017-11-29 | Le Nouvelliste

Economie -

Et cette réalité n’est pas inhérente à Haïti uniquement. Dans les pays en développement, plus d’un tiers des adultes indiquent être des travailleurs indépendants, selon un billet publié sur un blog hébergé sur le site de la Banque mondiale. Il s’agit d’un outil encore peu répandu, mais susceptible d’avoir d’importants effets bénéfiques à la fois sur les entreprises et sur l’ensemble de la société en rendant le système financier formel plus accessible. L’expansion rapide des téléphones portables devrait faciliter les paiements numériques dans le monde en développement, ce qui offre des avantages potentiels considérables aux entrepreneurs, sur l’ensemble du globe.

Particulièrement en Haïti, pays le plus pauvre des Amériques, où l’on compte davantage de téléphones portables que de comptes bancaires. Environ 80% de la population adulte n'est pas encore bancarisée. Le potentiel de l'argent mobile pour soutenir l'inclusion financière en Haïti est donc énorme et représente une alternative peu coûteuse, efficace et sûre. C’est ce qui ressort d'une étude préparée par la GSMA soulignant un regain d’activités pour ce service en Haïti, au cours de ces deux dernières années, avec notamment l’augmentation des transactions et le volume des paiements. Le pays dispose désormais de trois fournisseurs d'argent mobile.

Grâce à cette technologie, il est aujourd’hui possible de créditer son appareil mobile et d’effectuer des paiements. Ces services peuvent être directement liés à un compte bancaire, ou pas. L’argent peut être ainsi acheminé rapidement, même vers les régions les plus reculées. Il suffit que le destinataire ait accès à un portable ou puisse se rendre dans un centre de paiement.

Ce mode de règlement dans le cadre du commerce électronique peut élargir la base de clientèle et la visibilité d’un entrepreneur, indique ce billet, permettant à ce dernier d’étoffer son activité pour ne plus en tirer uniquement des moyens de subsistance. Il peut aussi encourager des entreprises à rejoindre l’économie structurée, et étendre l’assiette fiscale publique. De plus, les paiements numériques améliorent leur accès au marché et réduisent certains freins à la mobilité.

Des répercussions sociétales positives : progression de la bancarisation et amélioration de l’accès au crédit

Le paiement numérique a des conséquences bénéfiques non seulement sur les individus, mais aussi sur l’ensemble de la société, car il accroît le nombre de détenteurs d’un compte en banque. Au niveau mondial, on compte encore plus de deux milliards d’adultes non bancarisés, dont près d’un quart de travailleurs indépendants dans les pays en développement. Les systèmes de paiement électronique commerciaux incitent fortement les chefs d’entreprise à réaliser des transactions financières formelles, avec, à la clé, davantage de transparence et moins de corruption sous forme de pots-de-vin ou d’autres activités illicites.

En outre, les paiements numériques peuvent élargir l’accès au crédit. Dans le monde, la moitié des entreprises ont besoin d’emprunter, mais 35 % seulement obtiennent un prêt bancaire ou une ligne de crédit. En particulier, les petits entrepreneurs à revenu faible n’ont souvent pas accès au crédit formel, à cause des taux d’intérêt élevés et des garanties considérables à apporter. En déterminant automatiquement la solvabilité de ceux qui créent une entreprise ou qui la développent, les paiements électroniques peuvent aider les entrepreneurs à s’affranchir de ces obstacles.

Les défis à relever

Des obstacles persistants empêchent les pays en développement d’adopter réellement le paiement numérique, malgré ses avantages. Ce mode de règlement n’est pas toujours possible à cause de problèmes d’infrastructure, tels que la couverture inégale des réseaux mobiles ou les pannes d’électricité. Et, en général, les systèmes de paiement numérique nécessitent une identification officielle pour créer un compte. Or, dans ces pays, une grande partie de la population n’a pas d’identification formelle, ou opte pour une activité informelle, notamment les petits entrepreneurs.

Enfin, pour que l’introduction du paiement numérique soit réussie, il faut que l’entrepreneur et le client manifestent un intérêt suffisant. Si la proportion d’entrepreneurs acceptant un paiement numérique est trop faible, les clients ne seront pas intéressés. Et, sans un grand nombre de clients désireux d’utiliser le paiement numérique, les entrepreneurs refuseront de proposer ce mode de règlement.

Les acteurs publics et privés ont un rôle de premier plan à jouer afin de promouvoir l’utilisation des paiements numériques et d’améliorer l’accès au système financier formel. Le bon fonctionnement d’un mécanisme de paiement numérique repose sur un environnement réglementaire adapté, sur un cadre approprié pour la protection des consommateurs et sur des réseaux numériques solides. Pour atteindre ces objectifs, les pays peuvent repenser leurs politiques à l’égard des banques et des télécommunications, de façon à soutenir les services financiers numériques. De leur côté, les banques et les prestataires de services financiers devraient concevoir des produits répondant aux besoins des petits entrepreneurs, tout particulièrement en milieu rural. Ensemble, les secteurs public et privé peuvent améliorer l’écosystème des paiements numériques, et accroître les opportunités qui s’offrent aux entrepreneurs.

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