Rapport Petrocaribe : Laurent Lamothe explique et dément

Publié le 2017-11-28 | Le Nouvelliste

National -

Laurent Salvador Lamothe, épinglé dans le rapport du Sénat de la République sur la gestion des fonds PetroCaribe, est passé à l’offensive ce mardi. L’ancien Premier ministre, également ministre de la Planification et de la Coopération externe de l'administration Martelly, a réfuté les quatre accusations portées à son encontre dans le document qui doit être débattu à la Chambre haute ce jeudi. Alors qu’il est accusé de forfaiture, concussion, détournement et soustraction de deniers publics, l’ancien PM qualifie le rapport de « coup monté, basé sur 0% de preuve et 100% de fausses propagandes, de fabrications, de mensonges et d’approximations ». « Devant la commission, j’ai apporté des clarifications sur un ensemble de projets. En revanche, dans ce nouveau rapport, on fait état d’autres projets dont nous n’avions jamais discuté », a-t-il déploré.

Power point à l’appui, durant 86 minutes, devant ses « fanatiques », pour répondre à ses propos, Laurent Lamothe a fourni des explications et des démentis sur ce qu’il appelle les « prétendues accusations » des commissaires. Sur la route de Cerca-Cavajal, il explique que le contrat a été signé pour 13 km de route. « En revanche, les rédacteurs affirment que le contrat a été signé pour 17 km. Je ne sais pas où ils ont trouvé les quatre autres km. C’est un premier mensonge », assène-t-il. Les commissaires ont avancé avoir constaté que la route en question couvre en réalité 10.5 km. De plus, ont-ils souligné, les 6 km supplémentaires ont été ajoutés au contrat à d’autres fins. « Voilà un 2e mensonge. Les concernés ne sont pas allés sur le terrain », balance-t-il. Toujours dans le dossier de Cerca-Cavajal, il a fait remarquer qu’il y avait un avenant de 2,7 millions de dollars signé du ministre Yves Germain Joseph pour 2 kilomètres de route supplémentaires. « Selon les commissaires, l’avenant était de 12,7 millions de dollars. Ils ont ajouté ces 10 millions rien que pour me salir », estime-t-il.

L’ancien Premier ministre souligne que la route a été construite avec le nombre de kilomètres stipulés dans le contrat. « Je me suis rendu compte que cette route est kilométrée quand j’ai envoyé une délégation de 33 journalistes sur le terrain. Elle est bornée de 1 à 13 km comme il était convenu dans le cadre du contrat initial. Ensuite, on a construit les 2 autres kilomètres mentionnés dans l’avenant et 1 autre kilomètre sur demande du député de la zone, Antoine Rodon Bien-Aimée. La commission a inventé que les 6,5 km n’existent pas dans l’objectif de nous nuire », clame-t-il.

A propos de la construction de la route de Lafito, Laurent Lamothe dénonce une « surfacturation imaginaire » identifiée par les commissaires. « Il s’agit d’une route de 7km coûtant 10 millions de dollars. Les rédacteurs la comparent à une autre route de Petite-Rivière-des-Nippes et concluent qu’il y a eu surfacturation. Selon eux, le km de la route de Lafito, construite par HL Construction de Hervé Lerouge, coûte 1,4 million de dollars, contre 995 000 dollars pour la route de Petite-Rivière-de-Nippes. Ils avancent que la route de Nippes est de 31 km. Or, le résultat de 31 millions de dollars divisés par 31 km ne peut être 995 000. Le pire, ils comparent la route achevée de Lafito à une route inachevée. En réalité, la route Petite-Rivière de Nippes – Petit-Trou-de-Nippes s’étend sur une longueur de 31 km pour un contrat initial – que je n’ai pas signé – de 30.8 millions de dollars. De plus, il y a un avenant de 6 millions de dollars. Ce qui fait un total d’environ 37 millions de dollars. En conséquence, la projection moyenne par km est de 1,2 million de dollars et non 995 000 dollars. L’état d’avancement de ce chantier est à 40%. Il n’y a eu donc aucune évaluation scientifique ni aucun rapport d’expert dans la rédaction de ce document », tempête-t-il.

En ce qui concerne la construction du marché de Fontamara, la commission emmenée par Evalière Beauplan indique que la firme IBT a encaissé 51% du contrat alors que le degré d’achèvement des travaux ne dépasse pas 30%. « Evalière Beauplan et Nènèl Cassy ne retiennent pas les mêmes accusations contenues dans le rapport de Youri Latortue et Arnel Bélizaire. Ils concluent en revanche que le montant décaissé est supérieur au pourcentage d’avancement. Il faut rappeler que pour la construction de ce marché, il fallait déloger des rescapés du séisme qui occupaient un camp situé sur le terrain. Il fallait les reloger en construisant 30 maisons. Ensuite, le chantier comprend un quai, un parking de 150 voitures, une chambre froide, entre autres. Ils estiment que le coût de construction est trop élevé. Le chantier coûte 15,6 millions de dollars.

Jusqu’à mon départ en décembre 2014, on a dépensé 4 millions. Cela dit, jusqu’en décembre 2014, on a décaissé 25% du montant pour 30% d’avancement. Ceux qui ont rédigé le rapport ont utilisé le niveau de décaissement actuel comparé à un état d’avancement physique en 2014 », fait-il remarquer, soulignant que la firme IBT n’a pas poursuivi les travaux car les paiements ont été suspendus. « Sur les 15.7 millions de dollars, l’État haïtien a payé 8,9 millions et il lui reste 6,6 millions à rembourser ».

Enfin, Lamothe a répondu à l’accusation de la commission selon laquelle les prélèvements obligatoires de l’acompte de 2% au profit de la DGI n’ont pas été effectués dans presque tous les cas. « Cette procédure consiste en 8 étapes et présente 2 options. Si c’est le ministère qui effectue le paiement, il prépare le chèque et déduit les 2% et prépare un chèque pour la DGI. Ce cas de figure n’est toutefois pas la norme. L’option la plus courante consiste pour le ministère de soumettre une requête au ministère des Finances qui, pour sa part, paie la firme en déduisant les 2% de la DGI. C’est-à-dire, le prélèvement est effectué à la source », explique-t-il, indexant une ignorance des procédures de la part des rédacteurs du rapport.

Dans un registre à la fois sarcastique et virulent, Laurent Lamothe dénonce un complot contre tous ceux qui ont servi la présidence de Martelly et ceux qui sont dans l’entourage de Jovenel Moïse. « Sur les 14 accusés, il y a 12 proches de Martelly et Jean-Max Bellerive, lui aussi accusé, est un parent de l’ex-président. Ce complot vise à déstabiliser tout ce qui a été réalisé. C’est une attaque en règle contre l’ère Martelly et une attaque directe contre la présidence de Jovenel Moïse (…) Les rédacteurs affirment qu’une firme, qui leur est proche, doit aux fonds PetroCaribe un montant de 173,984, 647 de dollars en septembre 2016 (page 8). Ce ne sont que ces lignes qu’ils ont écrites sur cette firme. En revanche, ils parlent de 65 lampadaires installés par une firme de Jovenel Moïse à Savanette et au Mont-Organisé pour la somme de 4 millions de gourdes. Ils accusent Jovenel Moïse d’avoir orchestré une surfacturation de 30 000 gourdes par lampadaire et, par conséquent, il faut mettre l’action publique en mouvement contre lui. Il ne recommande pas de mettre l’action publique en mouvement contre leur firme qui doit 173 millions de dollars, mais fait cette recommandation pour la firme de Jovenel Moïse pour 65 lampadaires. Est-ce que c’est sérieux ? » s’emporte-t-il.

Laurent Lamothe fait remarquer que le nom de Jocelerme Privert ne figure pas dans le document, contrairement à René Préval et Michel Martelly, alors que le travail couvre la période allant de septembre 2008 à septembre 2016. De plus, souligne-t-il, de septembre 2008 à septembre 2009, il y a eu 14 résolutions de PetroCaribe et non 13 comme indiqué dans le rapport. « La 14e a été effectuée le 28 septembre 2016 pour un montant de 33 millions de dollars sous l’administration Privert. Pourquoi n’ont-ils pas inclus cette résolution dans leur étude ? (…) Selon ce rapport, le dernier paiement de Petrocaribe a été réalisé en mars 2016. Patrick Noramé est installé à la tête du BMPAD en avril 2016. De mars 2016 à septembre, aucun paiement n’a été réalisé. Cette dette totalise 80 millions de dollars. En revanche, tous les directeurs du BMPAD sont mis en accusation sauf celui qui n’a pas payé les 80 millions de dollars (Patrick Noramé). Je dénonce les omissions calculées de Patrick Noramé, des firmes proches des rédacteurs du rapport, et aussi le laboratoire Privert qui sont tous épargnés dans ce rapport », balance-t-il. Laurent Lamothe a fait savoir que l’argent dépensé dans les fonds PetroCaribe, depuis 2008, s’élève à 1,7 milliard de dollars et non 3 milliards.

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