TPS : On n’a pas gagné, on n’a pas perdu

Publié le 2017-11-21 | Le Nouvelliste

Editorial -

Les Haïtiens détenteurs du Statut de protection temporaire (TPS) ont jusqu’au mois de juillet 2019 pour quitter les États-Unis d’Amérique ou pour régulariser leur statut dans ce pays.

Les 20 mois qui les séparent de la date fatidique sont un long délai, même s’ils ne compenseront jamais un renouvellement assuré de ce sésame comme c’était le cas depuis le séisme de 2010.

Le TPS, c’est fini. Personne ne peut argumenter qu’il ne savait pas que le T signifiait temporaire.

Cela dit, ce n’est pas une porte qui se ferme. C’est tout simplement un autre couloir qui accueille nos 58 557 compatriotes bénéficiaires de ce statut aux Etats-Unis. Ils doivent désormais préparer leur retour ou continuer à se battre pour que les élus américains légifèrent sur un nouveau statut pour les bénéficiaires du programme ou s’activer pour changer un à un de catégorie.

Les ressources des lois sur l’immigration aux USA sont infinies. Il y a des dizaines de possibilités pour rester légalement dans ce pays. Et comme plus de 300 000 personnes sont concernées par la fin des différentes catégories de TPS, cela devient hautement politique et ne préoccupe pas seulement les Haïtiens.

La crise des Dominicains d’origine haïtienne puis celle du TPS ont mis au devant de la scène la situation de nos compatriotes dans deux pays amis. La crise à la frontière du Canada cette année, celle qui risque encore de subvenir si nos compatriotes fuyant le pays de Donald Trump décident d’aller s’abriter sous les feuilles de l’érable, l’installation d’Haïtiens à la frontière du Mexique avec son grand voisin du Nord, le périple des Haïtiens à travers l’Amérique du Sud pour rallier les États-Unis depuis le Brésil ou l’installation de dizaines de milliers des nôtres au Chili, tout indique qu’il y a un besoin irrépressible de partir d’ici, une fragilité de nos communautés dans des pays d’accueil et un manque de support de la part de l’État ou des organisations haïtiennes de la société civile pour venir en aide aux circuits de migration. Car, ne nous leurrons pas, l’amélioration des conditions de vie, à un niveau qui rendra tout départ inutile, n’est pas pour demain. Les Haïtiens vont continuer à partir.

Nous voulons l’argent de nos différentes diasporas, nous vivons de leurs transferts, près de 30% de notre produit intérieur brut (PIB) dépend d’eux, mais nous n’avons pas de politiques cohérentes et réfléchies pour faire grandir nos implantations à l’étranger. Nous ne les protégeons pas du pire, nous n’y investissons pas pour le meilleur.

Si un ambassadeur ou deux se démènent, si un ministre des Affaires étrangères rarement s’inquiète de leur sort, si un président s’engage clairement comme l’a fait Jovenel Moïse dans la crise du TPS, souvent l’État haïtien et ses représentants laissent le navire de nos réfugiés, de nos explorateurs des nouvelles frontières ou de nos travailleurs expatriés aller à son sort sans y jeter un coup d’œil.

Le TPS, comme c’est le sujet de la semaine, ne prend pas fin avec la décision de ce lundi des autorités américaines, 58 557 Haïtiens sont encore dans une bataille qui a besoin du support de tous.

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