Antoine Rico Saint-Juste : Un passionné du sport

Publié le 2017-12-01 | Le Nouvelliste

Société -

Islam Louis Etienne

Capois de pure souche, Antoine Rico Saint-Juste est né le 14 septembre 1952. Il a fait ses études primaires chez les Frères de l’instruction chrétienne de sa ville natale ou depuis son jeune âge, il avait démontré des aptitudes remarquables et extraordinaires pour le sport en général et le football en particulier. Ces aptitudes particulières vont se transformer en passion au fil des ans. Une passion affichée mais désintéressée. Arrivé au Collège Notre-Dame Du perpétuel secours (CNDPS), il a laissé des souvenirs mémorables comme sportif éprouvé et un véritable technicien du saut à la perche dont il était un véritable spécialiste avec Fred Gauthier et Louis Joseph Auguste. Dans le même temps, il se distinguait aussi avec brio comme un défenseur intraitable, un os dur pour les attaquants de l’équipe adverse. Au Centre de pédagogie moderne en 1971, il a montré des qualités exceptionnelles et un sens de placement qui déroute ses adversaires pour devenir l’un des tous meilleurs stoppeurs interscolaires de la ville.

Pionnier, membre fondateur, premier capitaine, l’une des figures de proue de la première formation et titulaire indiscutable du Football inter club association (FICA ) au poste d’arrière central stoppeur, il est resté aussi influent, brillant que tranchant jusqu'à son départ pour les USA en Juillet 1976. Il a cousu de ses mains propres le premier équipement du club. Il a été une pièce incontournable dans la formation de l’All Capois de l’époque. Il a laissé le FICA et la ville du Cap avec toute son intelligence, sa force, son sens de l’honneur et sa forme sportive sans jamais renier son principal club de formation qu’il continue à supporter aujourd’hui encore malgré les difficultés. FICA, son club de cœur, qui fait sa fierté, marche inlassablement vers un demi-siècle d’existence en décrochant au moins six titres de champion national.

Ce club a été fondé en octobre 1972 après des réunions successives entre les frères Calixte, les révérends Real Charlebois, Yvon Joseph de la congrégation des pères de Sainte-Croix, Dudré Génard qui fut son premier président et quelques autres sympathisants qui lui sont restés fidèles jusqu’aujourd’hui. Rico a conservé des relations très étroites avec ses complices du FICA malgré le temps. Serge Célestin et Jean Robert Thelusma. Il garde aujourd’hui encore en grande estime l’homme qui l’a façonné et à qui il doit une éternelle reconnaissance .Il s’agit de Hervé (Toto ) Calixte, le sempiternel entraîneur du club.

À 16 ans, jeune adolescent, il portait toujours le pantalon court mais il était tellement costaud qu’il impressionnait par son physique et son rythme de jeu au sein de la pimpante équipe de la Petite Guinée qui a fait rêver plus d’un. Défenseur central et chef de la ligne défensive, il brillait de mille feux comme une étoile avec honneur et mérite au milieu de certains artistes déjà confirmés comme Bogota, Frito Léandre, Edgard Louis, Ernst Belotte, Desravines , Marion Léandre, etc. qui étaient de loin ses aînés. Rico était une âme née pour le football. Il ne développait aucun complexe d’infériorité face à certains géants de l’équipe adverse qu’il traitait correctement sans aucune fioriture et aucun égard. Tout le monde le connaît comme un sportif discipliné, régulier et exemplaire; et aujourd’hui comme un homme de parole et un promoteur sportif qui donne de l’aide sans aucun intérêt particulier.

Rico est un homme qui a un sens aigu de l’honneur, du respect des autres, de compromis, de la dignité humaine et du devoir accompli. Un homme qui est solidement attaché à ses croyances et à sa passion. Il veut éviter à cette jeunesse de connaître les mêmes difficultés qu’il a vécues lui-même dans les premières années du FICA où il a dû collectionner des tennis d'amis avec Daniel Cadet et Zo Dingue pour permettre à l’équipe de performer. À l’époque les souliers de football étaient un luxe que même l’ALL Cap ne pouvait se permettre.

Il était non seulement joueur et capitaine mais aussi fournisseur et pourvoyeur du FICA. Il reste aujourd’hui encore une référence solide et un atout majeur pour le club. Il est toujours consulté sur toutes les grandes questions décisives et stratégiques du FICA. Malgré ce rôle de premier plan, il demeure un homme effacé, désintéressé et méconnu par les actuels joueurs du club. Ce qui ne le dérange nullement. Il s’efforce toujours de donner des réponses inespérées aux questions difficiles. Rico est devenu un dirigeant sans titre du FICA qui donne suite à toutes ses réquisitions. Sa véritable motivation est de voir le club aller de l’avant et les joueurs qui le fréquentent devenir des athlètes de premier plan capables de faire honneur au pays.

La passion est partout, accessible à tout le monde, à qui sait la saisir, la développer, la faire grandir. Elle peut obnubiler les pensées, prendre beaucoup de place dans la vie et coûter très cher. Mais peu importe, lorsque vous êtes passionnés, rien d’autre ne compte et aucun prix n’est trop élevé. Car la passion est contagieuse, c’est un merveilleux carburant qui fait évoluer professionnellement. Tous les jours, il (Rico) fait durer le plaisir de contribuer et de communiquer cette passion à sa façon. Pour vivre son rêve, il sacrifie tout : avoir et savoir. Sa passion côtoie l’indécence selon certains membres de sa famille; mais c’est sa vie et son choix.

Son comportement compte beaucoup plus que nos paroles. Aujourd'hui, je veux le mettre "à l'honneur”, en le faisant passer sous les feux de la rampe ; c’est-à-dire payer un hommage bien mérité à un sportif de grande classe qui a marqué son temps, sa ville, les différents clubs qu’il a fréquentés et les jeunes qui l’ont connu. Le mot honneur, avec ceux qui en découlent, est utilisé de bien des manières et dans des contextes très différents. Mais il véhicule toujours le sentiment de dignité, sauf peut-être dans "Marius", où Pagnol fait dire à César : "L'honneur, c'est comme les allumettes : ça ne sert qu'une fois !"Avoir le sens de l'honneur, c'est être conscient de sa dignité, sans pour autant que s'y mêle un sentiment d'orgueil; c'est avoir le respect de soi. Les mots originaux grecs qui ont été traduits par honneur ont aussi le sens de "précieux de grand prix". Considérer la rectitude morale, la vérité et la vertu comme choses précieuses et de grand prix, c'est avoir le sens de l'honneur. Autrefois, lors des guerres, il existait des "prisonniers sur parole". Un tel captif n'avait d'autre chaîne que son sens de l'honneur, qu'il estimait parfois plus encore que sa propre vie.

Sa maîtrise et sa vision du jeu lui ont permis de stopper avec autorité et conviction tous les assauts des attaquants de l’équipe adverse. Sa prime jeunesse ne l’a pas empêché de réunir tout le monde autour de lui pour s’imposer comme un véritable leader qui a dominé sur le terrain et le jeu et les joueurs. Malgré son jeune âge, il était respecté et adulé par ses coéquipiers. Par contre, il a gardé comme une trace indélébile les souvenirs d’une soirée noire qu’il a connue pendant sa carrière au Parc Saint-Victor du Cap- Haïtien en 1972 avec un certain Mussolo Crispin, un avant-centre virevoltant de la terrible équipe du Victory de Franck Civil face au FICA, qui lui avait fait voir toutes les couleurs de l’arc-en-ciel du rouge au violet.

La création du CEPROSA

Arrivé aux USA, il n’avait pas divorcé pour autant avec le sport. Il a connu un passage éclair au New York Cosmos avant de décrocher un diplôme en architecture et un autre en football pour la formation des jeunes. Cependant il a préféré abandonner son travail dans son bureau d'architecture pour rester dans le sillage des jeunes. Depuis 11 ans, il fonctionne activement en Haïti en supportant des activités sportives et des championnats de vacances régulièrement dans plusieurs régions du pays. Ces jeunes pratiquent le sport et la culture physique .Très souvent certains d'entre eux sont obligés d'avoir une assistance médicale et un plat chaud 3 fois par semaine. En ce sens, un centre sportif omnisport a été créé pour les encadrer et les accueillir : « le CEPROSA « ( Centre de promotion sportive S.A. ), une entité sportive très connue en Haïti et dans certains milieux sportifs nord-américains pour son apport soutenu et sa contribution bénévole tant dans la formation et la promotion du sport au niveau des jeunes Haïtiens qu’à leurs familles.

CEPROSA est une organisation philanthropique à but non lucratif et à vocation essentiellement sportive et éducative enregistrée en Haïti au ministère des Affaires sociales et aux USA comme un «non profit organisation». Les parents de ces jeunes sont aussi aidés proportionnellement aux moyens disponibles. Il en est de même de l’équipe technique qui encadre les enfants.

CEPROSA vit de dons, de legs et de donations reçus des institutions internationales, des entreprises privées américaines et de toutes formes de manifestations régulières permises par les lois américaines pour récupérer des fonds. Il ne dispose pas d’un budget fixe et régulier. CEPROSA a sa base de fonctionnement en Haïti et plus spécialement dans le Nord du pays mais son staff de management se trouve aux USA. Il prône des activités dans le domaine du sport tant individuel que collectif à plus d’une centaine de jeunes des deux sexes et de l’assistance à leurs parents. Ses activités se rependent dans tout le département du Nord et dans des communes isolées dans les autres départements. Il dispose, toujours dans le Nord, d’une propriété privée d’assez grande superficie pour réaliser des installations sportives régulières dans toutes les disciplines.

Son plus grand problème est de faire face à différents spoliateurs qui utilisent de faux documents émis par des notaires malhonnêtes pour occuper illégalement la propriété. Ceprosa a dû dépenser beaucoup d’argent non pas pour aider les enfants qui en ont grandement besoin mais plutôt pour ester en justice à plusieurs reprises afin de conserver saine et sauve cette propriété. Le droit de propriété n’est ni reconnu ni protégé en Haïti. Il est voilé par ceux-là mêmes qui sont placés pour le faire respecter. Ceprosa ne reçoit jusqu'à date aucune assistance ni financière ni technique de l’État haïtien sous quelque forme que ce soit.

Les jeunes qui font partie du club détiennent un dossier où ils sont reçus avec leurs familles. Ils font du sport, ils sont aidés dans leurs études, ils sont soignés au besoin conformément à la philosophie du lub gratuitement. Il est ouvert à toute suggestion et recommandation qui doivent permettre à toutes les disciplines sportives et aux jeunes des deux sexes qui les pratiquent de progresser et d’aller de l’avant. Rico est un passionné du sport qui ne demande que des encouragements. Son plus grand rêve est d’encadrer les jeunes sportifs haïtiens de tout âge, des deux sexes, dans toutes les disciplines pour le triomphe du sport et pour faire connaître Haïti au plus haut niveau dans le domaine sportif. Actuellement retraité, il se consacre entièrement aux activités sportives et à la mise en place de structures pour un plus grand rayonnement de la pratique du sport sur la terre de Dessalines.

Dans un pays organisé, l’État garde un œil ouvert et intéressé sur toutes les activités des citoyens. Il les punit lorsqu’ils exercent des activités illicites et délictieuses. Il doit aussi encourager et supporter ceux qui œuvrent pour le bien-être et l’épanouissement de la collectivité avec leurs propres moyens. Après plus d’une décennie dans la réalisation de travaux concrets, probants , frappants et incontestables, Ceprosa devient un acteur important et incontournable dans la mise en branle d’activités sportives variées pendant la saison estivale pour offrir de saines distractions à la jeunesse surtout dans les milieux ou l’État n’est pas présent. Cependant, il n’est pas en mesure de répondre à l’appel de toutes les localités qui sollicitent ses bons offices.

Confrontés à un environnement complexe et en mutation rapide, les agents économiques attendent aussi, plus généralement de l’État, qu’il soit "réducteur d’incertitudes", c’est-à-dire qu’il soit un "État stratège", chargé de la préparation de l’avenir. Pour cela, il doit financer des dépenses comme l’éducation civique et sportive mais également exercer un rôle de veille, d’évaluation et de prospective. Un État "stratège" doit aussi coordonner des initiatives privées, via par exemple leur mise en réseaux, un discours mobilisateur en faveur de projets stratégiques, comme le fut la diffusion d’Internet, ou la tentative de construction de "pactes sociaux" et de compétitions sportives multiformes pour garder les jeunes occupés. Ceprosa est ouvert à toute forme de coopération.

Islam Louis Etienne

Nov. 2017

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