Les associations de magistrats divisées sur le mot d’ordre de grève dans le système judiciaire suite au vote du budget

Publié le 2017-09-12 | Le Nouvelliste

National -

Alors que l’Association professionnelle des magistrats annonce un mot d’ordre de grève à partir du 13 septembre pour dénoncer le vote du budget 2017-2018 qui traite le pouvoir judiciaire en parent pauvre, l’Association nationale des magistrats estime de son côté que le moment n’est pas opportun. « Nous sommes en vacances judiciaires. Et dans les vacances judiciaires, les tribunaux fonctionnent avec un effectif réduit juste pour pouvoir offrir un service minimum essentiel aux justiciables», explique le président de l’ANAMAH, Durin Duret Junior. Il pense qu’une grève dans ce contexte va priver les justiciables de ce minimum de service essentiel.

Le juge Durin Duret Junior fait remarquer que l’année judiciaire s’est achevée de façon prématurée sans que les juges aient eu le temps de vider leurs mains à cause de la grève des greffiers. « C’est pendant les vacances qu’ils prennent des ordonnances pour faire passer les affaires comme des urgences », dit-il. Le président de l’ANAMAH a aussi des réserves sur la durée et la forme de la grève. « Deux semaines pour une grève symbolique ! Je pense qu’on devrait la redéfinir», s’exclame Durin Duret Junior. « On ne fait pas une grève de manière symbolique. Elle ne doit être utilisée, avec parcimonie, qu’après avoir épuisé tous les recours», poursuit le juge, qui n’est pas totalement contre l’idée de la grève.

« Nous sommes pour la grève mais pas dans n’importe quelle condition», a-t-il affirmé. Il pense qu’un mot d’ordre de grève peut être toujours observé mais pas avant la reprise des activités judiciaires le premier lundi du mois d’octobre prochain. Dénonçant «l’incrédulité» de l’exécutif et du législatif qui se sont accaparés la part du lion, le président de l’ANAMAH dit vouloir agir de manière «lucide» dans l’intérêt des magistrats.

Le RNDDH appuie le mot d’ordre de grève

La démarche des acteurs au niveau de la chaîne pénale dans le but d’avoir de meilleures conditions de travail est légitime, estime le directeur exécutif du RNDDH, très critique envers le budget 2017-2018 tel que voté par le Parlement. Pierre Espérance appuie le mot d’ordre de grève lancé par

l’Association professionnelle des magistrats haïtiens. « Nous soutenons l’appel à la grève», affirme-t-il tout en dénonçant le fait que la justice soit traitée de cette façon par les autorités qui pourtant ne jurent que par une justice moderne combattant la corruption et l’impunité. Pierre Espérance pense que cette grève d’avertissement peut porter l’exécutif et le législatif à se ressaisir avant la rentrée de la nouvelle année judiciaire et l’entrée en vigueur du prochain budget.

Parce que le budget n’est pas encore publié dans le journal officiel Le Moniteur, Pierre Espérance soutient qu’il y a toujours une possibilité de revoir à la hausse l’enveloppe allouée au CSPJ. « L’exécutif peut toujours modifier le document et le renvoyer par-devant le Parlement qu’il convoquera à l’extraordinaire», conseille-t-il.

Suite au vote du budget par les deux chambres du Parlement, l’Association professionnelle des magistrats haïtiens a lancé, lundi, un appel à un arrêt de travail aux magistrats de tous les cours et tribunaux de la République, du mercredi 13 au vendredi 22 septembre, invitant particulièrement les juges de paix à observer scrupuleusement ce mot d’ordre. « Au cas où les pouvoirs politiques continuent à afficher leur mépris à l’égard du pouvoir judiciaire et que les principales revendications des magistrats ne sont pas prises en compte, l’arrêt sera observé de manière illimitée après la reprise des travaux judiciaires, le premier lundi du mois d’octobre 2017», a indiqué le président de l’association,

Wando Saint-Villier.

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