« Jovenel Moïse et les parlementaires doivent assumer leurs responsabilités », selon des leaders de la société civile

Publié le 2017-09-12 | Le Nouvelliste

National -

Moins d’une semaine après le vote du budget au Parlement haïtien, des organisations issues notamment du mouvement populaire ont gagné les rues ce mardi pour dénoncer ce vote qu’elles qualifient de scélérat. Rony Desroches, secrétaire exécutif de l’Initiative de la société civile (ISC), croit que certains ajustements étaient nécessaires au secteur social dans le budget voté. « Dans une courte discussion avec la commission Finances du Sénat, nous leur avons proposé d’apporter certaines modifications dans le budget ; c’est dommage que les sénateurs aient voté le budget, sans la prise en compte de ces recommandations », regrette Rony Desroches.

« Je suis contre tout ce qui peut fragiliser la situation socioéconomique et politique dans le pays », a-t-il expliqué dans une interview accordée au journal. Selon lui, le problème d’Haïti ne se résume pas uniquement à la seule question de budget. Il y a aussi des difficultés qui sont liées au manque d’emplois, à la création de richesses et à la croissance économique. Ces trois activités économiques combinées allaient créer un peu plus de bénéfices et, certainement, répondre davantage aux attentes de la population haïtienne, a-t-il indiqué.

Plus loin, Rony Desroches critique la DGI, l’APN et le ministère des Finances qui, selon ses propos, ont beaucoup trop insisté sur l’augmentation des taxes sur les masses défavorisées. « Ces institutions auraient dû mettre en place un système leur permettant d’élargir l’assiette fiscale et de collecter les fonds nécessaires pour aider le gouvernement de répondre à ses obligations », a-t-il souligné. C’était l’un des moyens pour l’équipe gouvernementale d’éviter ces manifestations qui pourraient stopper toute volonté des investisseurs à venir investir dans un pays instable, a-t-il fait remarquer.

Pour sa part, Edouard Paultre, responsable du Conseil haïtien des acteurs non étatiques (CONHANE), se dit indigné que les recommandations faites aux commissions Finances du Parlement n’aient pas été prise en compte dans la loi de finances 2017-2018. Il croit dur comme fer que la société civile a été écartée par l’administration Moïse/Lafontant dans l’élaboration de ce budget qui, aujourd’hui, représente une pierre d’achoppement pour l’actuelle équipe et les parlementaires. Monsieur Paultre regrette que les dirigeants haïtiens se succèdent et adoptent les mêmes habitudes, augmentant les taxes à leurs intérêts.

« Il faut des hommes et des femmes sérieux dans les plus hautes fonctions de l’État capables de freiner le gaspillage des fonds publics », soulignant aussi que « les impôts doivent servir les intérêts de la majorité des masses défavorisées et décapitalisées ». Le représentant du CONHANE plaide pour de nouvelles réflexions qui prendront en compte la réforme budgétaire du pays. Sinon, nous aurons toujours à faire face à ce type de problèmes, où les dirigeants augmentent les taxes et la population, en vue de répliquer, manifestent pour dénoncer l’augmentation des impôts, a poursuivi Edouard Paultre.

« Les autorités, sans le savoir, ont mis dans la main de l’opposition une arme qui peut leur être préjudiciable avec le vote de la loi de finances », a-t-il articulé. « Nous leur conseillons vivement de revoir le budget tout en apportant des modifications pour éviter le pire », a préconisé Edouard Paultre. « Nous espérons que le chef de l'État haïtien, garant de la bonne marche des institutions, prendra toutes les mesures appropriées pour ramener l’ordre et la stabilité dans ce pays dans le but d’attirer les capitaux nationaux et étrangers », a conclu M. Paultre dans cette interview exclusive accordée au journal.

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