Enquête PetroCaribe: acte II

Quoiqu'il ne soit pas seul à bord, le sénateur Evalière Beauplan veut réussir là où son prédécesseur Youri Latortue a échoué: produire un travail susceptible de créer l'unanimité à l'assemblée des sénateurs. Pour s'y prendre, il enquille les auditions, porté par le désir de faire jaillir la lumière sur l'utilisation de l'argent de PetroCaribe.

Publié le 2017-07-07 | Le Nouvelliste

National -

Avec Youri Latortue, on était parfois dans la mise en scène, avec parfois des anciens fonctionnaires qui bégayaient sous le flot de questions des commissaires, sous les feux des caméras, avec Evalière Beauplan, aux commandes de la commission de suivi et d'approfondissement de l'enquête, toutes les audiences sont tenues à huis clos. Loin des micros. Michael Lecorps, ancien directeur général du BMPAD, à l'issue de son audition, est apparu calme, lui qui croit avoir été «assassiné» par le rapport Latortue. Seul dans la salle des commissions, après le départ des commissaires, il soutient n'avoir rien à se reprocher, apportant tout un lot de documents relatifs aux résolutions de décaissement qui portent sur son passage à la tête du BMPAD, intuition charnière dans la gestion et l'utilisation de l'argent de PetroCaribe qui coula sur l'île entre 2008 et 2015. Michael Lecorps n'est pas volubile mais ne fuit pas les micros, comme d'autres auditionnés qui ont filé à l'anglaise. Sur la méthode, Evalière Beauplan, porté par le désir de pondre un travail objectif, pense qu'une enquête est une enquête et que la publication de certaines informations peuvent altérer le déroulé des auditions. Tout est cadré, millimétré. Les informations glissent aux compte-gouttes. Il faut attendre le rapport en août prochain. « Il faut faire quelque chose pour montrer qu’en Haïti les gens ne sont pas tous des corrompus », affirme Beauplan, peu après l'audition de l'ancien Premier ministre Michèle Duvivier Pierre-Louis. Cette rencontre avec la cheffe de la Fokal ouvre déjà de nouvelles pistes, souligne le parlementaire, de souche Lavalas, qui indique que, – alors que ce n'était pas prévu – deux autres ministres seront appelés pour être entendus par la commission. Le président de la commission de suivi et d'approfondissement de l'enquête sur l'argent de PetroCaribe veut réussir là où son prédécesseur Youri Latortue a échoué: faire un travail susceptible de créer l'unanimité au sein de l'assemblée des sénateurs. Il y tient fortement, s'arc-boutant au fait que les commissaires sont issus de plusieurs chapelles politiques confondues. «Les réponses de l’ancien Premier ministre Duvivier Pierre- Louis les renvoient à d’autres questions et à d’autres ministres», révèle Evalière Beauplan, sans donner davantage de détails sur la teneur des discussions. L'enquête est secrète. Ce n'est pas Michèle Duvivier Pierre-Louis qui vous en dira plus. Sereine, elle s'est bornée à dire, qu'au moment de quitter la Primature en 2009, elle a exigé trois audits croisés, respectivement de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif, de l’Unité de lutte contre la corruption, et de l’Inspection générale des finances. Comme Michael Lecorps avant elle, Michèle Duvvier Pierre-Louis, avait apporté au Bicentenaire des documents dans sa besace qu'elle a remis aux commissaires. Ces derniers, dont Hervé Fourcand, Onondieu Louis et Antonio Chéramy, promettent de faire œuvre utile. Les auditions vont davantage se multiplier. Wilson Laleau, ex-indéboulonnable ministre de l'administration Martelly/Lamothe, Laurent Salvador Lamothe, ex-Premier ministre qui s'est plaint cette semaine à Montréal de la «politisation» de la question de décharge, Marie-Carmelle Jean-Marie, ancienne ministre des Finances de Michel Martelly, Jean-Max Bellerive ex-Premier ministre, tous épinglés d'avoir mal géré l'argent du PetroCaribe dans le rapport Latortue, sont entre autres attendus au Bicentenaire. La tâche s'annonce ardue pour les commissaires.

Réagir à cet article