De la MINUSTAH à la MINUJUSTH sans dédommager les parents des victimes

Publié le 2017-06-26 | Le Nouvelliste

Editorial -

La délégation du Conseil de sécurité qui a visité Haïti du 22 au 24 juin 2017, dans la perspective de la mise en place prochaine de la Mission des Nations unies pour l’appui à la justice en Haïti (MINUJUSTH), n’a rien promis sur le dédommagement des victimes du choléra causées par le contingent népalais de la MINUSTAH depuis 2010. Voulant s’enquérir de la situation du pays sur le plan de la gouvernance, la délégation s’est entretenue avec les représentants des grands Corps de l’Etat dans le cadre de cette visite de terrain. Sans ambages, le chef de la délégation, le Bolivien LIorentty Soliz, conçoit la MINUJUSTH comme une mission qui s’inscrit dans le cadre d’une stratégie visant à assurer une transition continue et progressive vers le développement. Si au niveau de l’organisation mondiale le passage de la MINUSTAH à la MINUJUSTH se justifie par l’adoption de la Résolution 2050 du Conseil de sécurité qui définit les termes de cette mission, en Haïti, il n’en est pas ainsi. Il fallait, selon toute vraisemblance, laver les souillures de cette mission qui a endeuillé les familles haïtiennes à travers l'épidémie de choléra qui continue de faire des victimes au sein des couches les plus défavorisées, avant de parvenir à la transition vers une nouvelle mission. Comment le Conseil de sécurité peut-il prévoir un engagement à long terme de la MINUJUSTH, par la mise en place d’un budget incluant ses besoins de fonctionnement sous toutes ses formes, tandis que rien n’est prévu à court terme pour dédommager les victimes de l’épidémie de choléra ainsi que l’aménagement des structures d’assainissement et le renforcement du système d’adduction d’eau potable pour éviter la propagation du choléra dans les zones marginalisées ? Il est certain que dès l'apparition de l’épidémie, l’ONU n’avait pas voulu assumer ses responsabilités, malgré l’évidence des études qu’elle avait commanditées pour déterminer l’origine de l’épidémie. Les grands contributeurs de l’ONU ne veulent rien fournir parce que les différents représentants du secrétaire général de l’ONU en Haïti ont toujours traité le dossier du choléra avec désinvolture. L’attitude Ponce Pilate des différents présidents qui se sont succédé au timon des affaires depuis l’apparition de l’épidémie rend l’ONU de plus en plus confortable. Aucune campagne de soutien auprès des pays de la CARICOM et de l’Amérique latine n’a été engagée par l’Etat haïtien pour responsabiliser l’organisation mondiale dans le cadre de ce dossier. Les parents des victimes assisteront-ils à cette transition de la MINUSTAH à la MINUJUSTH sans être dédommagés ? Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com

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