Priorités principales pour Haïti

Publié le 2017-05-15 | Le Nouvelliste

National -

Comme tous les pays, Haïti a des ressources limitées. Il est donc nécessaire d’établir des priorités. Comprendre les coûts et les avantages de différentes politiques et propositions peut aider les décideurs à se concentrer sur les investissements les plus efficaces. Au cours des derniers mois, nous avons partagé les recherches de Haïti Priorise avec les lecteurs du Nouvelliste. Ces rapports de recherche ont été rédigés par plus de 50 économistes haïtiens et étrangers, qui ont étudié 85 propositions concrètes qui amélioreraient le bien-être de la nation. Récemment, ces chercheurs ont présenté tous leurs résultats à un panel d'éminents économistes à Port-au-Prince, composé de Ketleen Florestal (conseillère des directeurs exécutifs d'Haïti au Groupe de la Banque Mondiale et au Fonds Monétaire International), Philome Joseph Raymond Magloire (Ancien gouverneur de la Banque centrale), Kesner Pharel (économiste haïtien renommé et commentateur économique) et Vernon Smith (économiste lauréat du prix Nobel). Le groupe s’est entretenu avec les chercheurs, a délibéré, avant de se mettre d’accord sur une liste des investissements les plus efficaces pour Haïti. Comme l'a déclaré Vernon Smith, « Une telle connaissance est nécessaire pour que des décisions éclairées soient prises pour l'avenir de la nation ». Pour ce faire, les conclusions ont été présentées au président Jovenel Moïse, au Premier ministre Jack Guy Lafontant, au président du Sénat Youri Latortue et à d'autres membres du Cabinet, y compris le ministre de la Planification et de la Coopération Externe, Aviol Fleurant. Cependant, comme l'a déclaré Ketleen Florestal: « Les recherches et les conclusions de Haïti Priorise constituent une lecture très utile non seulement pour le gouvernement, mais aussi pour les donateurs et les ONG, et pour ceux qui s'intéressent à l'avenir de cette nation. » C’est dans cet esprit que nous partageons avec les lecteurs du Nouvelliste les principales priorités identifiées par Haïti Priorise. Il est important de noter que le groupe d’experts a étudié et classé par priorité des propositions spécifiques, et non des défis, tout en notant que la résolution des défis, y compris la réduction de la violence familiale et l'augmentation des salaires (en particulier pour les femmes), est importante pour Haïti. Dans ces pages, nous avons décrit six des dix premières initiatives du groupe d’expert qui feraient toutes une énorme différence au début de la vie d'un enfant : ajouter des micronutriments à un aliment de base comme la farine de blé, améliorer l'accès à l'éducation de la petite enfance, amplifier les efforts de vaccination pour les enfants de moins d'un an, améliorer les soins de santé maternels et néonatals, fournir plus de services de planification familiale et améliorer l'accès à un personnel qualifié pour les accouchements. Il nous reste donc à décrire les trois dernières des dix premières interventions identifiées par le groupe d’experts. Deux d’entre elles ont déjà été décrites dans ce journal. La formation de bénévoles en Haïti pour intervenir en tant que personnel paramédical et premiers intervenants aurait un coût annuel de seulement 80 millions de gourdes, mais permettrait de sauver environ 700 vies chaque année. Chaque gourde produirait 16 gourdes de bien social, selon l’économiste appliqué au Ministère de la Santé Publique et de la Population, R. Christina Daurisca. Comme l'a conclu Raymond Magloire, « le faible coût de la formation des premiers intervenants en fait un investissement très intéressant pour la santé. En l'absence d'un réseau d'ambulances national, il est judicieux de considérer ce que nous pouvons accomplir avec des bénévoles formés. » Et la rationalisation des importations avec un système de douanes portuaires électronique a été analysée pour le port de Cap-Haitien. Cela réduirait les retards bureaucratiques, renforcerait la sécurité aux frontières et réduirait les coûts portuaires, créant des avantages d'une valeur de 5,24 milliards de gourdes, selon les recherches de Yvrose Guerrier, chef de département au Ministère de la Planification et de la Coopération Externe. Chaque gourde dépensée créerait 7 gourdes d’avantages. La création des conditions pour des installations électriques autonomes, transparentes et efficaces a été la principale recommandation du panel. (Ketleen Florestal s'est retiré du classement des propositions relatives au secteur de l'énergie afin d'éviter les conflits d'intérêts potentiels.) La proposition, étudiée par Juan Belt, Bahman Kashi et Jay Mackinnon de Limestone Analytics, coûterait 2,25 milliards de gourdes. En tirant des enseignements des réformes réalisées dans le programme d'amélioration du service d'électricité de Kaboul et de l'expérience des auteurs en travaillant dans le secteur de l'électricité en Haïti, ils suggèrent une approche en deux phases pour la réforme du service public, Électricité d'Haïti (EDH). Cela permettrait d'abord de créer des changements dans le cadre institutionnel et réglementaire du secteur de l'énergie, de structurer et de réformer les structures de gouvernance des 10 unités d'EDH et d'établir des tarifs correspondant aux coûts. La deuxième phase, qui dépendrait du succès de la première, comprend la fourniture de conseils techniques et de fonds d'investissement limités pour une amélioration continue de la prestation des services et de l'efficacité financière. Cela réduirait les pertes importantes actuelles d'EDH. Belt et ses collègues soulignent que, même si l'on considère seulement une réduction des pertes techniques, le projet serait toujours très rentable. Ils notent que « même alors, le projet pourrait facilement avoir un retour sur investissement important. Le projet pourrait éliminer la nécessité de verser des subventions annuelles de 200 millions de dollars, ce qui débloquerait un potentiel pour toute une gamme d'investissements avec une plus grande capacité de production, de distribution et de transmission. Kesner Pharel va encore plus loin, en notant que « libérer 200 millions de dollars par an signifie que cet argent pourrait être mieux dépensé dans des domaines comme la santé et l'éducation, et ainsi accomplir beaucoup plus de choses pour Haïti. » Il trouve que « il existe de nombreux besoins d'infrastructures, mais parmi eux, la réforme de l'électricité est indispensable. La réforme sera difficile, mais elle est essentielle. » Mais il y a aussi beaucoup de vols d'électricité (typiquement par des intermédiaires corrompus). Réduire ces vols et apporter une meilleure électricité à tout le monde en Haïti grâce à la réforme d'EDH générerait des avantages pour Haïti d'une valeur de 723 millions de dollars (49 milliards de gourdes). Chaque gourde ou dollar dépensé pour cette proposition générerait des bénéfices d'une valeur de 22 gourdes. De manière cruciale, la réforme de l'EDH éliminerait l'un des obstacles les plus importants au développement économique de la nation. Les dix premières priorités classées par le groupe d’experts, couvrant les domaines de la santé, de la vaccination, des infrastructures et de l'éducation, représentent, ensemble, un portefeuille de placements qui générerait des rendements incroyables pour Haïti.

Bjorn Lomborg est fondateur et président du Copenhagen Consensus Center, auteur de The Nobel Laureate’s Guide to the Smartest Targets for the World 2016-2030 et de The Skeptical Environmentalist, et professeur invité à la Copenhagen Business School. Gaelle Prophete est gestionnaire de projet pour Haïti Priorise et une consultante dont le travail couvre les organismes publiques, privés et internationaux dans divers secteurs.

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