Environnement

Un chercheur expose trois mythes répandus sur la déforestation en Haïti

Au fil des décennies, un ensemble de mythes sur la déforestation en Haïti se sont répandus et installés comme acquis dans presque toutes les sphères de la population. Sur son site Web, l’anthropologue et sociologue interdisciplinaire Andrew Tarter en a listé trois parmi les plus répandus et a entrepris de les déconstruire l’un après l’autre.

Publié le 2017-05-08 | Le Nouvelliste

National -

La soi-disant « 2% » de couverture forestière d’Haïti est le premier mythe auquel s’est attaqué le chercheur. C'est peut-être le plus insidieux de tous les mythes concernant la déforestation en Haïti. Selon lui, il a engendré d’autres mythes sur le charbon et les énergies alternatives. Une grande partie d'Haïti est sèche et ne favorise pas la croissance de grandes forêts denses, note l’anthropologue citant un observateur forestier ayant déjà fait la remarque en 1945. Andrew Tarter remet également en cause la plupart des histoires sur les vastes ressources en bois d’antan d'Haïti qui, selon lui, étaient probablement très exagérées. Il est encore évident, poursuit-il, que beaucoup de montagnes dans plusieurs régions du pays n'ont jamais été couvertes de forte végétation mixte. « Quelque 30% d'Haïti est actuellement couverte d'arbres et / ou de forêts, et environ 3/4 d'Haïti est couvert d'arbustes et / ou de végétation dense », avance le scientifique, invoquant des chiffres relevant du plan forestier du gouvernement haïtien de 1975. En considérant la topographie et le climat d'Haïti, estime l’USAID en 1979, «les forêts devraient occuper 55% de la terre». En revanche, un rapport de la Banque mondiale de 1982, citant un rapport de 1980 du DARNDR (Département de l'Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural, aujourd’hui Ministère de l'Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR), estimait à 35% la couverture forestière d’Haïti. « Si la couverture forestière d'Haïti est seulement de 2% - comme cela a été signalé depuis au moins les années 1970 - et que la production de charbon de bois entraîne la déforestation, comment se fait-il que les Haïtiens aient continué à répondre à leurs besoins énergétiques domestiques grâce à la production de charbon de bois ? », s’interroge Andrew Tarter pour casser le mythe #2 selon lequel la production de charbon de bois conduit à la déforestation en Haïti. Actuellement employé en tant qu'associé de recherche en Haïti par l'Institut des sciences alimentaires et agricoles de l'Université de Floride (UF / IFAS), le professeur Tarter insiste sur le fait que la production de charbon de bois n'a jamais été, ni par le passé ni maintenant, le principal moteur de la déforestation en Haïti. « Les références historiques concernant la production active de charbon en Haïti sont pratiquement absentes dans la littérature jusqu'à la fin des années 1920 ou au début des années 1930 », souligne Andrew Tarter qui désigne la production agricole comme étant le facteur numéro un de la coupe des arbres en Haïti. « La production agricole reste le facteur numéro un de la coupe des arbres en Haïti, se manifestant fréquemment par le défrichage des jachères arboricoles sur les terres agricoles. Le charbon en Haïti est fabriqué à partir de cette jachère arboricole ou produit à partir de rotations d'arbres sur des parcelles de bois sur des terres agricoles improductives ou formellement productives », explique Tarter. Et enfin, le mythe #3 que renverse Tarter est celui qui tend à faire croire que la solution à la déforestation en Haïti implique la promotion d'énergies ou de technologies alternatives. « Ce n'est pas seulement un mythe, mais aussi une théorie qui a été testée plusieurs fois dans l'histoire du développement d'Haïti. La promotion d'énergies ou de technologies alternatives est une approche erronée pour prévenir la déforestation fondée sur le mythe selon lequel la production de charbon entraîne la déforestation en Haïti. De plus, en dépit d'un plaidoyer continu, les Haïtiens n'ont pas adopté d'alternatives au charbon de bois à grande échelle », précise le sociologue interdisciplinaire. Contrairement à ces alternatives, fait remarquer ce dernier, les Haïtiens ont adopté les téléphones cellulaires et les motos sans l’aide d’aucune campagne d'éducation ni de plaidoyer pour les convaincre de leur valeur. Au détriment des cuisinières solaires et des briquettes faites à partir de déchets agricoles. « Si les énergies alternatives ou les technologies sont un bon moyen pour ralentir la production et la consommation de charbon de bois, pourquoi les Haïtiens […] sont-ils réticents à les adopter à grande échelle? », s’interroge encore une fois Andrew Tarter tout en faisant remarquer qu’actuellement, les Haïtiens, en milieux ruraux et urbains, ont rapidement adopté l'utilisation de panneaux solaires, non pour remplacer le charbon, mais pour charger leurs téléphones cellulaires. « Une première étape pour comprendre la dynamique unique de la production et de la consommation de charbon en Haïti est de mettre à jour notre connaissance de la quantité de charbon utilisé chaque année en Haïti et d'où provient ce charbon de bois », recommande en dernier lieu le chercheur. Source : http://andrewtarter.com

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