A propos de la date de la mort de Capois-la-mort

Publié le 2004-12-28 | Le Nouvelliste

Culture -

L\'enseignement de l\'histoire traîne chez nous, en Haïti. Le problème c\'est que nos historiens sont paresseux et nos professeurs sont limités. Ils ne font pas de recherche. De plus, ils ne s\'intéressent pas ou s\'intéressent peu à la véracité de certains faits authentiques. Ce qu\'ils ont lu ou entendu dans leur plus jeune âge façonne en grande partie leur pensée d\'adultes. Au niveau secondaire par exemple, les professeurs qui émettent des idées ou qui écrivent des documents sur l\'histoire à Port-au-Prince, pour ne pas dire en Haïti, ne sont pas nombreux. On peut même les compter sur les cinq (5) doigts d\'une main. Je lis entre autres les efforts de narration ou de reproduction ou d\'analyse des professeurs Jean-Reynold Jean-Pierre, de Wesner Emmanuel, de Rémy Zamor (décédé),de Fed Clerfon (décédé).... Mais étant donné que l\'histoire fait partie des sciences humaines, les divergences de vue sont inévitables. Me voici en tout cas surpris de voir certains professeurs dispensant des cours de sciences sociales en terminale accepter, reproduire et répéter la date du 8 octobre 1806 comme celle de la mort du héros de Vertières, une mise en garde ou une invitation à redoubler de précaution dans la conquête de l\'objectivité autour de la mort de François Cappoix dit Capois-la-mort. Ce Cappoix, farouche et fidèle partisan de Dessalines, a été assassiné d\'ordre de Christophe par les Généraux Romain et Dartiguenave au fossé de Limonade. Au sujet de sa mort, les opinions de nos historiens et de nos professeurs d\'histoire présentent des confusions qu\'il faut chercher à dissiper. Selon Joseph de St. Rémy des Cayes, Cappoix, dénoncé comme conspirateur, a été assassiné le 8 octobre 1806 par les agents de Christophe, sur l\'ordre de Dessalines. Selon Thomas Madiou, informé de l\'imminence d\'une prise d\'armes dans le Sud contre Dessalines, Christophe se serait empressé avant la chute même de l\'Empereur d\'éliminer Cappoix, le seul dans le Nord susceptible par son immense prestige d\'être un obstacle à son ambition de succéder à l\'Empereur. Pour le biographe de Cappoix, le docteur François Dalencour, Cappoix est mort le 19 octobre 1806. Il a même suggéré l\'érection d\'une stèle funéraire en bronze ou en fer forgé au fossé de Limonade avec le buste de Cappoix portant l\'inscription : « Le Général François Cappoix, le héros de Vertières, fut assassiné le 19 octobre 1806 » Mon ancien professeur de sciences sociales au Nouveau Collège Bird (promotion 1983-1984, philo), Monsieur Wesner Emmanuel, dans son livre « Période Nationale 1804-1915 », Collection W2 YPPE, leçon 5 page 35, écrit : « Le 8 octobre, Capois fut assassiné aux fossés de Limonade. Quant au professeur Jean-Reynold Jean-Pierre qui a réalisé un grand effort d\'analyse historique dans son ouvrage : « Histoire d\'Haïti, Période Nationale », Tome I, Les Héros (1804-1843), il va plus loin en condamnant Christophe par un procès d\'intention : « Christophe aussi bien que les auteurs du Pont-Rouge, aurait pu éliminer Dessalines. La preuve ? C\'est que le 8 octobre 1806, Christophe venait de liquider Capois-la -Mort, l\'homme de confiance de Dessalines. Et ceci expliquerait même son émotion quand il a appris la liquidation de l\'Empereur. Ce qui veut dire qu\'on l\'a précédé (tome 1, page 131) Mes recherches et la logique des faits me poussent à souligner que tous ces historiens ou professeurs d\'histoire cités plus haut pataugent dans l\'erreur. Car l\'assassinat de Capois-la-mort est bien postérieur à celui de l\'Empereur. C\'est le 19 octobre que Christophe mande auprès de lui au Cap les Généraux Romain et Dartiguenave, alors en tournée, cantonnés à Port de paix et à Marmelade. Ce jour-là, Capois était à Port-de-Paix et Christophe lui avait également écrit le priant de venir au Cap afin de marcher avec lui sur Port-au-Prince pour venger Dessalines. C\'est donc après l\'arrivée au Cap de ces trois Généraux que Christophe délégua Romain et Dartiguenave avec un détachement de dragons pour tendre une embuscade à Capois au fossé de Limonade où ce dernier, mettant pieds à terre à la rencontre des deux sbires, fut abattu à coups de pistolet et de sabre pour avoir voulu venger l\'Empereur. Capois est mort parce qu il constituait un obstacle majeur à l\'ambition de Christophe de succéder à Dessalines. Car Capois était à la tête d\'un nombre considérable d\'officiers de la deuxième (2ème) Division du Nord qu\'il commandait depuis le 28 avril 1805 et qu\'il pouvait entraîner à sa suite. De plus et surtout, pour toute véracité, on peut lire à la page 53 de « Quand la Nation demande des Comptes » dû à la plume d\'Alain Turnier, une lettre datée du 19 octobre 1806 que Capois avait envoyée à Goman de Port-de-Paix, sa ville natale, où il se trouvait, en l\'absence du Général Romain, commandant de la région, dans le but de retrouver des adhérents prêts à crier vengeance. Il ressort donc de ces considérations que l\'assassinat de Cappoix n\'a pas eu lieu le 8 octobre 1806. Il se situe indubitablement après le drame du 17 octobre. Il convient d\'adopter la date du 21 octobre 1806 indiquée par Beaubrun Ardouin comme celle de la mort de Capois-la-mort, commandant de la 2ème Division comprenant le Cap et Ouanaminthe.

Pierre Josué Agénor CADET Email : pijac02@yahoo.fr Auteur
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