''De Trump Tower au Mister Merde'' : une offre politique et diplomatique tant attendue

Publié le 2018-01-29 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

Pour une deuxième fois après avoir indexé tous les Haïtiens comme porteurs du virus du sida, le fameux " Mister Merde" frappe violemment la porte de la première république noire indépendante du monde. Haïti a été le théâtre d'une épopée unique et singulière dans l'histoire, avec comme héro Toussaint Louverture et Jean-Jacques Dessalines le Grand. Leurs tactiques et théories sont enseignées dans les plus grandes écoles militaires du monde dont le Vietnam, l'Israël, la France ainsi que les Etats-Unis d'Amérique. Cela fait d'elle la terre des libertés et de l'émancipation des peuples. Cette idée de liberté sera suivie et insérée dans la Déclaration universelle des droits de l'homme et constitue le fondement même de cette œuvre gigantesque dédiée aux libertés. Très bien défendu d'ailleurs par l'un de ses fils, Émile Saint-Lot, pour avoir été l'un des signataires de ladite déclaration à Paris (France) avec la première dame des Etats Unis d'Amérique, Eleanor Roosevelt le 22 novembre 1946, il a laissé une marque indélébile dans l'histoire du monde diplomatique moderne. Cette République "trou de merde", selon le pauvre Donald Trump, a fait de lui ce qu'il est aujourd'hui en raison de plusieurs faits historiques que je me réserve le droit de citer afin de laisser au stylo de l'histoire le soin d'écrire le prochain ouvrage dont les filles et fils de " Mister Merde" prendront lecture et de présenter leurs excuses au peuple haïtien, aux pays d'Afrique, et de l’Amérique latine au nom de leur père déviant connu sous le sobriquet de "Mister Merde". '' J'ai servi le peuple haïtien comme représentant des Nations unies et je sais que le premier pays qui s'est libéré de l'esclavage, qui a survécu à l'exploitation étrangère et aux catastrophes physiques peut aussi surmonter les insultes, quel que soit le pouvoir de ceux qui les ont lancées '', propos de Juan Gabriel Valdes, ancien chef de la Minustha en Haïti en réponse à Monsieur Trump.

Monsieur l'ambassadeur, pour avoir été chef d'une mission de tutelle et d'exploitation en Haïti, vous êtes conscient du poids des mots bien choisis que vous avez utilisés dans votre tweet. Monsieur Trump lui aussi est conscient qu'Haïti ne peut connaître un essor de développement acceptable et réel si elle ne se libère pas de l'assistanat international à la place de l'exploitation à bon escient de ses ressources minières et naturelles.

En effet, le richissime président américain offre au moins pour une fois aux Haïtiens le prétexte de tirer leur épingle du jeu, de regarder l'avenir à travers d'autres opportunités et d'ouvrir d'autres canaux diplomatiques.

Malheureusement, les dirigeants haïtiens préfèrent banaliser le dossier pendant que le monde et notamment d'autres autorités américaines tels que les sénateurs Linda Dorcena Forry, Marco Rubio, Mia Love, l'ancien ministre de la Culture de France Jacques Lang, le journaliste de CNN Anderson Cooper, etc... s'insurgent et présentent leurs excuses pour une déclaration aussi ignoble, haineuse, raciste, anti-diversité et gravissime venant du pathétique président américain qui lui aussi est fils d'immigrant car son grand-père a émigré aux Etats-Unis en 1885.

Les autorités haïtiennes restent dans un mutisme complice et conscient. Or, pour une énième fois, elles ont raté depuis l'épopée de 1804 une occasion politique et diplomatique de replacer Haïti sur la carte mondiale. Sachant que ce qui a fait d'Haïti ce qu'elle a été aux yeux de l'humanité, c'est qu'elle a refusé l'offre criminelle que lui avait faite Napoléon Bonaparte de rétablir du système d'exploitation et d'oppression dont Trump en est le chef sous d'autres formes.

Napoléon B le démontre par la capture du précurseur de l'indépendance Toussaint Louverture et du coup, son lieutenant Jean Jacques Dessalines le Grand avait compris l'opportunité de cette offre politique et diplomatique. Ce précurseur défenseur des droits de l'homme, JJ Dessalines, en avait aussi profité pour changer la donne et amener à libérer le peuple du joug esclavagiste afin d'ouvrir le pays vers d'autres horizons où tout être humain peut être traité comme un être à part entière et non selon le bon vouloir de son semblable qui se croit être supérieur en raison de son ethnie raciale. Son idéal prônait une offre que je qualifie d'offre universelle et humaniste. Le génie tacticien militaire du nouveau monde, Jean Jacques Dessalines le Grand, porteur des idéaux de liberté de 1804, avait invité tout être humain assoiffé de liberté à se rallier aux siens et, au nom de la liberté souveraine, déclaré libres" tous ceux et celles qui souffrent de l'esclavage dans les autres pays dès qu'ils foulent le sol d'Haïti, la mère de la liberté pour tous quelle que soit la couleur de leur peau".

Mesures et nouvelles orientations diplomatiques

Si j'étais à la place des autorités établies de ce pays, j'aurais rappelé l'ambassadeur d'Haïti à Washington Monsieur Paul Altidor, pour consultation et en aurais profité pour définir d'autres stratégies diplomatiques. Car la diplomatie et l'armée sont les deux faces d'une pièce de monnaie. Elles marchent de pair. En l'absence de cette armée, une diplomatie forte avec des objectifs clairs s'impose. Puis, je mobiliserais toutes les ressources diplomatiques nécessaires tant sur le plan régional que sur le plan international afin de contraindre " Mister Merde " à faire le retrait de ses déclarations et à présenter ses excuses au peuple haïtien. A défaut, je rappelle à l'ambassadeur d'Haïti à Washington laissant l'ambassade sous la responsabilité d'un chargé d'affaires pendant toute la durée du mandat de M. Trump à titre de protestation comme ils le font à Port-au-Prince sans geler les relations bilatérales. Par cette position, si rien n'est fait par le gouvernement américain, j'en profiterais pour redéfinir et réorienter les relations diplomatiques d'Haïti en fonction des intérêts économiques, politiques, sociales et culturelles durables avec d'autres pays comme la Chine, la Russie, le Japon, l'Inde, l'Allemagne et des pays d'Afrique. Dans cette même veine, une vraie coopération Sud-Sud facilitera une exploitation adéquate de nos ressources minières. Aussi, Haïti aurait pu saisir cette occasion en or pour lancer une campagne médiatique internationale au profit d'une attraction touristique et d'investissement extraordinaire. Quand Monsieur Trump fait du slogan "America first " son cheval de bataille, en en Haïti first en revanche sera notre slogan une fois dans l'intérêt des Haïtiens. Le président devrait profiter pour réunir tous les secteurs de la vie nationale afin de donner, d'une part, une réplique concertée à "Mister Merde" et, d'autre part, lancer les états généraux sectoriels de la nation aux yeux du monde entier. Cet acte fera du président Jovenel Moïse, un vrai, «Ti David» comme on le surnommait lors de sa campagne électorale. Par cet acte, Haïti redonnera ainsi le nouveau signal de la révolution diplomatique contemporaine et pourra sortir de ce bourbier politicoéconomique qui le plonge dans l'instabilité chronique depuis des décennies.

L'identité américaine dans un miroir historique

Sans être accusé d'exagération dans ma réplique à D. Trump ou à tout le peuple américain, il convient de rappeler pour l'histoire et pour la vérité que les autorités américaines ne sont pas à leur premier coup d'essai. Ce type de position a été déjà prise et a choqué le monde dans les années 1900 à travers le Asian Barred zone, loi prise par le congrès américain contre les Asiatiques connue comme "l'Immigration act. 1917 asiatic Barred zone”. À cela, les Asiatiques ont été pendant longtemps traités par cette loi et par la société américaine en étrangers absolus, dangereux ou tout au moins indésirables. Car la jurisprudence notamment de la Cour suprême des États-Unis, confirme cet ostracisme raciste. Leur immigration a été pendant de longues années découragée ou interdite aux États-Unis. Mais grâce à leur force conjuguée, les Asiatiques vers les années soixante deviennent la minorité modèle, celle qui travaille dur et qui réussit. Cette réussite sociale alors censée prouver que la discrimination à cessé de jouer un rôle significatif dans la prospérité des différents groupes raciaux, et que seules les valeurs culturelles sont déterminantes. Ainsi la paix mondiale dont rêve l'humanité devient une réalité.

L'égalité par le droit et non par l'origine ethnique.

Il semblerait que D. Trump n'a pas eu le temps de lire son confrère raciste, haineux.... Monsieur Gobineau dans son piteux texte sur "l'Inégalité des races humaines " faisant l'apologie d'une race supérieure aux autres à l'époque où l'esclavage était considéré comme une mode de vie, d'exploitation et d'enrichissement illicite de l'homme par l'homme. Cette forme d'enrichissement illicite fait de D Trump aujourd'hui l'un des milliardaires du monde. Haïti attend de vous, Monsieur le président, la restitution d'une partie de ses ressources pillées et volées. La réplique sur papier vous est déjà donnée par Anténor Firmin considéré comme l'un des plus grands anthropologues contemporains dans son fameux ouvrage, "" De L'égalité des races humaines "" en réponse à Cobineau en 1885 et à vous en particulier en 2018 monsieur le président.

En conclusion, on comprend pourquoi une chape de silence enveloppe cette œuvre combien importante dans la pensée raciale du 19e siècle et de l'histoire du racisme de nos sociétés dites modernes a été aussi peu commentée. L'essai " De l'égalité des races humaines" a été une réponse sans appel contre l'essai du confrère de Trump, Gobineau, jugé et considéré aux yeux de Firmin simplement comme une pathologie.

À ce titre, comme le rappelle Ghislaine Gelois: "Si le concept de race à été évacué des sciences humaines, interdit en biologie, l'idée de race continue, elle, à avoir de beaux jours devant elle. Racisme biologique ou génétique, racisme institutionnel, racisme de préjugés, racisme de comportement, racisme culturel, montrent bien la survivance de la pensée inégalitaire dans toutes les sociétés et aucune n'est épargnée. A côté de cette réfutation des peuples, l'essai d'Anténor Firmin reste et demeure un document exceptionnel, d'une rigueur impeccable pouvant aider à faire face aux puissants comme D. Trump.''

Haïti a déposé une copie de cette œuvre anthropologique et historique pour vous Monsieur le président, à votre ambassade.

Me Ikenson Edumé, professeur de droit des affaires à l'UEH. edumeikenson@gmail.com Auteur
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