Elections

Les propositions de Luis Abinader, favori des sondages à la présidentielle, pour relancer les relations avec Haïti

Malgré la pandémie de Covid-19 qui continue de faire des ravages et des élections municipales chaotiques marquées en début d'année par une faille informatique puis un report, plus de sept millions d'électeurs dominicains sont à nouveau appelés à se rendre aux urnes le dimanche 5 juillet. L'enjeu est de taille : il s'agit cette fois d'élire le président et les deux branches du Congrès, le Sénat et la Chambre des députés.

Publié le 2020-06-29 | Le Nouvelliste

Si l'on en croit les sondages, le long règne du Parti de la libération dominicaine (PLD), au pouvoir depuis 1996 avec une brève interruption entre 2000 et 2004, pourrait prendre fin. En l'absence des traditionnels caravanes et meetings, annulés pour cause de coronavirus, la campagne s'est largement faite dans les médias. Selon les derniers sondages réalisés par les instituts les plus réputés, Luis Abinader, le candidat du Parti révolutionnaire moderne (PRM – opposition social démocrate), pourrait l'emporter dès le premier tour avec un score de 54 à 56%.

Malgré ses tentatives pour modifier la Constitution au cours des derniers mois, le président sortant Danilo Medina n'a pas pu se représenter. Le candidat qu'il a choisi, son ancien ministre des Travaux publics Gonzalo Castillo, ne dépasse pas les 30 à 35% selon les dernières enquêtes d'opinion. Dépourvu de charisme, piètre orateur, il s'est pourtant largement substitué à l'Etat dans la distribution de masques, d'aliments et de subsides aux populations touchées par le Covid-19. Sans effet sur sa cote de popularité.

Les multiples affaires de corruption, l'impunité et la division du PLD ont favorisé le PRM, un parti jeune, né en 2014 d'une scission du Parti révolutionnaire dominicain (PRD). Au terme d'une lutte à couteaux tirés avec son grand rival Danilo Medina, l'ancien président Leonel Fernandez a quitté le PLD en octobre dernier, et s'est lancé dans la course à la présidence à la tête d'un nouveau parti, la Force du peuple. Les sondages les plus sérieux ne lui accordent qu'entre 9 et 12% des intentions de vote.

Économiste âgé de 52 ans, descendant d'une famille originaire du Liban, Luis Abinader a capté la volonté de changement de la classe moyenne et d'une grande partie de la jeunesse. Ils ont manifesté au cours des dernières années leur rejet de la corruption du PLD lors de manifestations rassemblant des centaines de milliers de personnes organisées par la Marche Verte, puis récemment sur la Place du drapeau.

À la différence de Gonzalo Castillo, Luis Abinader a présenté un programme détaillé, élaboré par une équipe pluridisciplinaire de haut niveau. Contrairement à de précédentes campagnes électorales, la relation avec Haïti a été peu mentionnée au cours des dernières semaines. Seuls les membres de la famille de l'avocat d'extrême droite Marino Vinicio « Vincho » Castillo, qui figurent parmi les plus ardents défenseurs de Leonel Fernandez, ont réitéré leur proposition de construire un mur entre les deux pays.

Haïti figure en bonne place dans le programme de Luis Abinader. C'est le premier pays cité dans le document du PRM intitulé « Une politique extérieure pour le gouvernement du changement ». Quatorze pages de ce document, qui en compte 103, sont consacrées à la relation avec Haïti, plus qu'aucun autre pays ou groupement de pays comme les États-Unis ou l'Europe.

Le ton est donné avec franchise dès la première ligne : « Il n'existe pas de relation plus difficile pour la République dominicaine que la bilatérale avec le pays voisin d'Haïti.» Étant donné cette complexité et cette interdépendance, le PRM propose de construire « une politique d'État » basée sur un approfondissement des liens « qui unissent et différencient les deux peuples, qui ont été et continueront d'être indépendants et souverains... mais dont la collaboration est indispensable et inévitable ».

Le document souligne que les conflits sont souvent provoqués par des perceptions négatives construites de part et d'autre de la frontière, à partir « d'idées souvent basées sur des mensonges historiques ». Le PRM propose de « dépolitiser la relation bilatérale ». « Le gouvernement du changement apportera un soutien constant au peuple haïtien tout en déclarant qu'il n'y a pas – et qu'il ne pourra y avoir – de solution dominicaine à l'odyssée haïtienne ».

La politique du gouvernement du PRM à l'égard d'Haïti sera fondée sur quatre axes fondamentaux : une politique extérieure transparente et de bon voisinage, le développement intégral de la frontière, une politique de sécurité nationale effective et la promotion du développement d'Haïti.

Le PRM propose de relancer la commission mixte bilatérale en la dotant de moyens techniques nécessaires, et de régler les sujets clés pour la normalisation de la relation bilatérale que sont le dossier migratoire et « la nationalité des descendants de parents étrangers en situation irrégulière ». La solution à ces problèmes sera recherchée « avec sensibilité et respect des normes nationales et internationales qui obligent l'État dominicain ».

Le document souligne « l'importance stratégique du marché haïtien pour les exportations dominicaines ». Ces exportations sont passées de 114 millions en 2000 à 1,423 milliard de dollars US en 2014. Le PRM note que « le commerce avec Haïti est totalement asymétrique » en faveur de la République dominicaine. « Le gouvernement du changement examinera de manière proactive la production haïtienne afin d'encourager une augmentation des achats dominicains pour parvenir à une meilleur équité dans les échanges.»

L'instabilité politique en Haïti a eu pour conséquence « d'importants- mais discrets- investissements haïtiens en République dominicaine dans les zones franches, le secteur hôtelier, les transports, les télécommunications, la commercialisation de carburants, l'immobilier et la restauration ». Pour la plupart, ces investissements ne sont pas comptabilisés comme haïtiens. Le PRM propose de clarifier ces données, de même que celles concernant les grands contrats de construction et d'infrastructure d'entreprises dominicaines en Haïti. Il rappelle aussi que, selon les statistiques de la Banque interaméricaine de développement (BID), environ 20% du total des envois de fonds de la diaspora haïtienne provient de la République dominicaine.

Concernant la région frontalière, le PRM propose d'avancer vers « l'éradication de la pauvreté », de lutter contre la corruption dans cette zone et d'installer des services douaniers modernes. Le projet CODEVI, qui a créé 14 000 emplois en Haïti et 4 700 en République dominicaine, est cité en exemple et le PRM propose d'ouvrir les marchés binationaux six jours par semaine.

« Réduire le différentiel de pauvreté entre la RD et Haïti est d'importance vitale pour notre pays »,  conclut le document du candidat Luis Abinader. « Afin de réduire l'afflux de migrants haïtiens, d'augmenter les exportations vers Haïti et de diminuer les problèmes sanitaires, alimentaires et environnementaux en Haïti, l'intérêt national vital (de la RD) est de coopérer avec le développement économique et social de la nation soeur.»

Jean-Michel Caroit Auteur

Réagir à cet article

Nous avons remarqué que vous utilisez un bloqueur de publicité.

Notre contenu vous est présenté gratuitement à cause de nos annonceurs. Pour continuer à profiter de notre contenu, désactivez votre bloqueur de publicité.

C'est éteint maintenant Comment désactiver mon bloqueur de publicité?

How to disable your ad blocker for our site:

Adblock / Adblock Plus
  • Click on the AdBlock / AdBlock Plus icon on the top right of your browser.
  • Click “Don’t run on pages on this domain.” OR “Enabled on this site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
Firefox Tracking Prevention
  • If you are Private Browsing in Firefox, "Tracking Protection" may casue the adblock notice to show. It can be temporarily disabled by clicking the "shield" icon in the address bar.
  • Close this help box and click "It's off now".
Ghostery
  • Click the Ghostery icon on your browser.
  • In Ghostery versions < 6.0 click “Whitelist site.” in version 6.0 click “Trust site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
uBlock / uBlock Origin
  • Click the uBlock / uBlock Origin icon on your browser.
  • Click the “power” button in the menu that appears to whitelist the current website
  • Close this help box and click "It's off now".