12 janvier 2010 – 12 janvier 2020 : dix ans déjà !

Publié le 2020-01-14 | Le Nouvelliste

Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 a mis le pays à genoux. Toutes les institutions ont été touchées dans leur structure physique et dans leur âme. Des mots réconfortants pour le secteur culturel marquent les esprits. On retient « Quand tout tombe, il reste la culture », « La culture est un paratonnerre », « C’est la culture qui nous sauvera ». Autant de manières de vanter la résilience chez l’Haïtien. 

Un fait est à constater : ce qui est. Bien avant le séisme, le secteur culturel allait mal. Notre ministère de la Culture, aux yeux de plus d'un, demeure le ministère du carnaval. Ce n’est pas le tremblement de terre qui a fait voler en éclats ses structures, sa mission, ses projets pour le pays. Ce phénomène de la nature l’a tout simplement rendu muet. La bâtisse du ministère de la Culture a tremblé dans sa fondation, des pans de mur effondrés ont causé mort d’homme et des blessés. Ce qui prévalait pendant des mois : enterrer nos morts, construire des abris provisoires, attendre l’aide internationale, survivre au jour le jour.

La tragédie a laissé muets et sans mouvement les survivants, fissurés dans leur cœur et dans leur âme. Toutefois les artistes, les écrivains, les intellectuels, les peintres, les cinéastes s’inspirent de leur situation. Dans des pages blanches, sur les planches, dans des notes de musique ou sur un chevalet, ces magiciens ont tous projeté leur regard créateur sur le tremblement de terre. Ces œuvres sorties droit du cœur nous ont fait voyager entre compassion, tragédie, douleur, solidarité...

Les écritures du séisme

Le tremblement de terre a beaucoup inspiré nos écrivains. Parmi eux figurent l’académicien Dany Laferrière avec « Tout bouge autour de moi »; Marvin Victor, « Corps mêlés »; Yanick Lahens, « Failles »; Kettly Mars « Aux frontières de la soif »; Dominique Batraville et son « L’ange de charbon » et Guy Régis Jr avec « De toute la terre le grand effarement ».

« Tout bouge autour de moi » (ed. Grasset), de notre Dany Laferrière, est un vibrant témoignage du séisme. Dans ce récit, l’auteur retrace les principaux moments du désastre. Il a décrit comme une leçon de vie la manière d’être debout quand tout tombe aux alentours.

Corps mêlés, le premier roman de Marvin Victor, paru chez Gallimard en décembre 2010, le plus beau roman haïtien sur le séisme, met en relief Ursula Fanon, une femme de 45 ans. Elle est complètement déboussolée à Baie-de-Henne parce que sa fille Marie-Carmen est enterrée vivante sous des tonnes de béton à l’avenue  Magloire Ambroise. La douleur étreint cette mère qui n’arrive pas à dire à son mari que Marie-Carmen est morte puisqu’il ignore son existence. Quel drame !

« Aux Frontières de la soif » (éditions Mercure de France), de la romancière haïtienne Kettly Mars, raconte l’histoire de Fito Belmar, marié, incapable  de satisfaire au lit, qui se tourne vers les petites filles dans les camps des réfugiés de Canaan. Dans ce récit, la romancière donne à voir de la prostitution des jeunes femmes cherchant à  subvenir aux besoins de leurs familles au lendemain du séisme. 

« Failles » (Sabine Wespieser), signé Yanick Lahens, est aussi un témoignage vivant du séisme. Ce récit relate le chaos et les petites joies du quotidien fissuré. Comme l’évoque le roman « Collier de débris » de Gary Victor, ce livre campe la solidarité qui a animé les Haïtiens après la tragédie du 12 janvier 2010.

 « De toute la terre le grand effarement » de Guy Régis Junior met en scène deux putes anonymes de la grand-rue. Perchées sur un arbre, après l’effondrement du bordel « Bel Amou », le soir même du mardi 12 janvier 2100, ces putes s’adonnent à compter les étoiles  filantes. Une manière pour elles, à défaut de statistiques officielles convaincantes, de dénombrer les cadavres. À la manière de Markenzy Orcel, dans Les Immortelles, Guy Régis Jr donne la parole aux immortelles de la grand-rue.

Œuvres artistiques pour rendre hommage aux victimes du séisme

Les peintres, les sculpteurs, les galeries d’art n’ont-ils pas été aussi fissurés dans leur âme ? De façon voulue ou pure inspiration, les artistes peignent l’horreur de la tragédie du 12 janvier 2010. Leurs œuvres d’art portent l’empreinte de ce mardi noir. Franketienne, Gérald Dorvélus, galéries Art Etche et Monnin saluent la mémoire des disparus du séisme.

La toile intitulée Désastre (122x 152), signée de l’artiste polyvalent Frankétienne, rend hommage aux victimes du séisme. Cette peinture, acrylique sur canevas (tissus), peinte entre le 15 et le 16 janvier 2010, représente les victimes sur l’épave de la ville.

L’artiste peintre Jean-Ménard Derenoncourt, à qui l’institution américaine Smithsonian avait accordé une bourse pour étudier la conservation et la restauration d’œuvre d’art à l’université Yale aux États-Unis, ce rescapé du séisme du12 janvier 2010, est un peintre figuratif. Il a attendu le 10e anniversaire de ce séisme pour entrer d’emblée dans l’univers abstrait. Il a une une toile qui a pour titre « Silence ». Les mouvements abstraits des âmes qui montent dans un paysage chaotique prennent la forme ailée des anges en route vers l’inconnu.

Le peintre Gérald Dorvélus reproduit une inscription 4 :53, l’heure du tremblement de terre. Cette peinture en jaune pâle sur une flèche d’église s’impose et traduit toute l’ampleur de la tragédie. Cet artiste qui a peint l’horreur de la catastrophe du 12 janvier 2010 a expliqué dans une interview comment cet événement l’a amené à réfléchir sur la vie.

À l’initiative des galeries Art Etche et Monnin, un livre intitulé « Séisme - Haïti, 12 janvier 2010 » présente des œuvres post-séisme réalisées par des artistes de renom et jeunes peintres. Ce sont  des témoignages de dévastation et des cris du cœur. Des cris d’espoir.

Films et documentaires sur le séisme

De nombreux films et documentaires ont vu le jour au lendemain du tremblement de terre. Un ensemble de cinéastes et réalisateurs connus du milieu ont produit des films (long et court métrage). Le séisme à l’écran : Assistance mortelle du cinéaste haïtien Raoul Peck, Resilient Hearts ou kè vanyan de l’actrice américano-haïtienne Claudine Oriol, J-12 par le cinéaste américain d’origine haïtienne et Serenade for Haïti du réalisateur Owsley Brown pour le compte de l’école de musique Sainte-Trinité. Retenons que le cinéaste haïtien, Kendy Vérilus, avait saisi des images-chocs du drame du 12 janvier. Ce dernier a livré, en soixante et une minutes, une charge d'émotion dans « Haïti, l'année zéro », un film documentaire qui a bouleversé les spectateurs. Le jour du drame, il avait une caméra à l'épaule, a-t-il révélé. Il en a profité pour filmer sur le vif.

Ces productions cinématographiques mettent en image douleurs, blessures et résilience d’un pays meurtri.

Le séisme en chanson

Le séisme 2010 a aussi fait chanter artistes et groupes d’artistes. Les voix se sont aussi mêlées pour rendre hommage aux victimes. Par la parole et la chanson, ces stars ont dédié aux victimes et disparus des pièces qui restent. Émeline Michel, James Germain, Réginald Polycard, Kreyòl La et Bélo donnent à entendre des notes et des pièces édifiantes et poignantes.

Le musicien compositeur et arrangeur, le classique Jean Robert, alias « Jean » Jean Pierre, a produit une musique de belle facture sur le séisme. Il avait enregistré en République dominicaine un poème symphonique sur la tragédie qui nous a fait verser tant de larmes.

Réginald Policard a rendu hommage aux victimes avec « Pa di m ». Tirée de l’album « Momentum » de l’artiste et chantée par son fils Jeffon, cette musique est d’une grande force expressive. Émeline Michel a, pour sa part, consacré, dans son album Quintessence, deux morceaux aux victimes du séisme : « Dawn » et « Deuil ». La chanson mythique de feu Michael Jackson « We are the world » a refait le tour de la planète en signe de solidarité au pays. « Ayiti leve » du groupe musical Kreyòl la (la bande à Ti Joe Zenny) s’est aussi illustrée. Cette chanson a appelé tout un chacun à se relever. « Rise again », signée Shaggy, Sean Paul et Sean Kingston et Bélo, entre autres, a semé et sème encore l’espoir dans les cœurs meurtris.

Elien Pierre elienpierre60@yahoo.com Auteur

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