Hommage au Prof. Roger Petit-Frère

Publié le 2019-08-13 | Le Nouvelliste

Avec notre statut d’êtres humains, nous ne sommes pas éternels, que nous soyons pauvres, mi-pauvres, multimillionnaires ou  multimilliardaires. Nous devons tous partir un jour pour des plans supérieurs ou inférieurs de conscience, selon nos actes.

Mais, il y a des départs qui frappent plus que d’autres. J’ai appris en efffet avec émotion ce samedi après-midi 10 août, sur Radio Kiskeya, la nouvelle du décès du Prof. Roger Petit-Frère, mon ancien professeur de méthodologie et de sciences sociales à l’Institut National d’Administration, de Gestion, et des Hautes Etudes Sociales (INAGHEI). Je ne savais pas qu’il n’était plus.

Il fut le patron de ma thèse, le bachelor of arts mentionné ci-dessus. Son titre : Sur la Crise jamaïcaine (1972-19….). Je fis en la circonstance un voyage de quelques jours en Jamaïque avec les moyens du bord. Dans ce travail de recherche, j’analysais les performances et faiblesses de l’administration du Premier ministre socialiste jamaicain Michael Manley avec ma fougue de jeune étudiant.

Roger, s’il falllait le caractériser, était un intellectuel simple, très analytique, et visionnaire.

Simple, trop même, il me recevait toujours chez lui dans une salle presque vide, mais impeccablement propre.  C’était un para-salon avec quelques chaises presque sans meubles car il me disait que le salon était une invention bourgeoise.  Cependant, ce qui m’intéressait ce n’était pas vraiment un salon classique, sompteux mais ce qu’il m’enseignait techniquement en dehors des cours. La maison n’était pas trop loin de l’INAGHEI.

Diplômé du Canada, il avait une façon particulière d’approcher la dynamique politique et économique des pays en développement avec une indépendance analytique hors pair.

Visionnaire, il me prédisait subtilement le chute inévitable de la dynastie Duvalier.  Néanmoins, sans être un poltron, loin de là, il me recommandait toujours un minimum de prudence, car à cette époque, le Duvaliéro-Jean-Claudisme, même près de sa fin, était en pleine force. La répression faisait rage. Des disparitions suspectes se multipliaient. Grégoire Eugène, professeur à l’INAGHEI de Droit Constitutionnel, une autre de mes sources d’inspiration, publiait alors son livre « Plaidoyer pour les partis politiques ».  Il fut emprisonné, et dut laisser le pays.

En tout état de cause, après la soumission de la thèse ci-dessus, j’obtins la mention Bien.

La thèse eut un certain retentissement à tel point qu’au moins trois agents de probablement SD (Service Doc), camouflés en vendeurs de surettes s’étaient installés et se relayaient devant chez moi au Canapé-Vert avec des talkies-walkies. 

Il n’y avait pas de réunion de militants dans cette maison familiale.  Aussi, cette communauté de « vendeurs de surettes » s’en alla après environ un mois de surveillance.

Entre autres, le Canapé-Vert où je réside maintenant se transforme lentement mais sûrement en un quartier de non-droit ou la drogue devient prépondérante et des non- résidents font un bruit musical excessif le soir, le tout arrosé d’alcohol et de toutes sortes de bêtises. On se demande s’il ne s’agit pas d’une stratégie bien cuite, localement inspirée, pour déstabiliser ce pays, et intimider les secteurs sérieux car d’autres quartiers enregistrent le même phénomène.

Mais, retournons au professeur Petit-Frère.  Je l’ai rencontré rarement ces derniers temps. On se saluait. Mais, vraiment, c’est une grande perte que la sienne. Je ne le savais pas aussi âgé, 77 ans selon Radio Kiskeya qui a relayé ce samedi avec la voix harmonieuse de Liliane l’hommage public, systémique, de l’Université d’Etat où il enseignait.

J’y ajoute ici le mien, beaucoup plus modeste.  Honorons comme nous pouvons les belles et courageuses têtes de ce pays.  Paix à ton cerveau et à ton âme, Roger.  Respect !

Claude Beauboeuf, Ph.D.,DDS, BA, Economiste, Consultant Auteur

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