Haiti Konekte/1re édition

Pour une autre utilisation de l'Internet

« Une vision partagée de la transformation numérique d’Haïti » est le thème autour duquel s’est déroulée la 1re édition de « Haïti Konekte ». Ce colloque organisé, mardi, par le Group Croissance, de concert avec l'Association haïtienne pour le développement des technologies de l'information et de la communication (AHTIC) et d’autres partenaires, a été l’occasion pour tous les acteurs du secteur d’identifier les freins au développement de la technologie en Haïti et de proposer des pistes de solution afin d’en assurer une meilleure appropriation.

Publié le 2018-06-13 | Le Nouvelliste

Economie -

Avec seulement 12% de la population à avoir accès à l’Internet contre 64% dans la région Amérique et 45 au niveau mondial, Haïti doit nécessairement renforcer son écosystème technologique si elle veut arriver à une croissance inclusive et un niveau de développement durable. C’est un impératif. La tenue de ce symposium a ainsi eu pour objectif de dégager une vision partagée entre les leaders politiques, économiques et sociaux dans le but de permettre à l’économie haïtienne de devenir plus productive et plus compétitive. À l’heure où l'on parle d’intelligence artificielle, de robotique, blockchain… ce rapport 2017 de l'Union internationale des télécommunications (UIT) montre combien Haïti est en retard dans ce domaine aussi.

Comment en tant que société allons-nous profiter de ces technologies et nous positionner en tant qu’acteur, producteur technologique ou de service plus compétitif ?, s'est questionné Max Larson Henry, qui voit en « Haïti Konekte » une aubaine pour bien diagnostiquer les problèmes qui constituent un frein au développement et à l’appropriation des technologies. D'un autre côté, cette initiative offre l'opportunité pour tous les acteurs présents de poser les problèmes auxquels ils sont confrontés et proposer parallèlement des solutions ». Aux dires de celui-ci, ce secteur est porteur d’opportunités pour un pays comme le nôtre vu les avancées et les résultats enregistrés ces vingt dernières années.

Connecter d’abord Haïti localement et avec le monde est le pari qu’Haïti doit gagner. Pour le P-DG du Group Croissance, si nous ne sommes pas complètement « alphanetisés» dans les années à venir on sera mis en quarantaine. Aussi, il précise que « ceux qui réussiront sont ceux qui prendront les meilleures décisions ». 90% des données de l’humanité ont été créées rien que ces deux dernières années, a rappelé l'économiste. L’entreprise Google détient une domination de 77% en matière de données. Pour Kesner Pharel, Haïti doit parvenir à la création de générations de données.Il faut changer notre façon d’utiliser l'internet. Il faut aller vers la création des données, créer des niches.

À ce forum plusieurs panels la situation actuelle du secteur des communications au niveau mondial, régional et local ; les télécoms, vecteurs de croissance, un secteur à accompagner en Haïti ; perspectives d’investissements du secteur, le monde numérique et les médias entre autres. Régulateurs, opérateurs, société civile étaient unanimes à reconnaitre que le secteur est vital et porteur d’opportunités. Des engagements doivent en ce sens être pris, selon les intervenants.

Le Conseil national des télécommunications doit se mettre à niveau en faisant voter la loi-cadre et tenir compte des changements qui s’imposent dans le secteur, a recommandé Jean Baptiste Schiller du Conatel. Il a fait remarquer que leur plus grand handicap demeure l’investissement. Le dernier grand investissement date de 2009. Il a plaidé pour la mise en place du fonds de développement prévu par la loi. Du côté des opérateurs, la venue des OTT dans le paysage technologique entrave leur fonctionnement en faisant baisser les profits alors que des problèmes d'infrastructure routière, de location d’espace, de franchise douanière, taxation ne cessent de réclamer leur attention. Pour le représentant de Access Haïti, Allen Bayard, il est essentiel que l’éducation numérique de la population soit prise en charge. « Si on veut changer le pays il faut attaquer l’éducation ». Vu qu’il n’est pas question de bloquer les OTT en raison de l'effet boule de neige, il revient à ces compagnies de trouver d’autres modèles car celui de appel/ argent ne tient plus la route à l’heure du data, a préconisé Schiller Jean Baptiste du Conatel.

Pour Marteen Boute, P-DG de la Digicel, le poids de l’énergie est lourd à porter dans un pays où l’utilisateur n’est pas prêt à payer et où l’État est défaillant. Interférences, trafic, coupures intempestives sont les grandes difficultés auxquelles fait face le consommateur qui, la plupart du temps, a accès à un service pour lequel l’investisseur local ne gagne rien alors qu’il doit sans cesse dépenser. WhatsApp, Imo et les grands bénéficiaires par contre n’ont rien à payer à l’État.

Pour ce qui est de la transition numérique que doivent opérer les médias, intervenant au panel, le rédacteur en chef du journal Le Nouvelliste, Frantz Duval, a insisté sur le fait que le paysage médiatique tel que nous le connaissons va certes changer mais « on risque d’avoir des canaux, pas de contenus ». Pour la simple bonne raison qu'aucun montant d'investissement n'est alloué aux médias pour la production comme cela se pratique ailleurs.

Avant d’arriver à la création de données susceptibles de nous pousser vers le développement et la croissance inclusive, tout le système doit être pris en compte, a indiqué Jean Marie Altema, ex- DG du Conatel. Un régulateur fort qui comprend ses régulés est le premier acte à poser si l'on veut effectivement exploiter « le numérique qui est en nous et autour de nous». Il revient encore à l’État de donner le ton. Si le choix des autorités est de faire de ce secteur un vecteur de croissance , les pouvoirs publics doivent inévitablement s’engager, a soutenu l’économiste Charles Castel, ex-gouverneur de la banque centrale.

Martine Isaac
Auteur
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