Sispan'n leve men w sou fanm... La violence domestique est criminelle, point barre !

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Publié le 2018-03-09 | Le Nouvelliste

National -

Selon une étude menée par le Bureau de lutte contre les violences faites aux femmes du ministère à la Condition féminine et aux Droits des femmes, 30% des femmes ont déclaré avoir subi des violences psychologiques, physiques et sexuelles de la part de leur partenaire masculin.

Ce phénomène persistant de la violence domestique (gason k ap bat fanm) est une atteinte flagrante et inadmissible aux droits de la femme. D’où vient cette culture de la violence faite aux femmes ? Bien sûr, il existe des cas très marginaux, voire exceptionnels, d’hommes subissant des sévices corporels de leur conjointe.

Comment comprendre la persistance d’une telle pratique? Remontons le cours de l’histoire pour expliquer la genèse de ce comportement condamnable. Durant la colonie, nos ancêtres africains, esclaves donc réduits au stade de biens meubles, n’exerçaient aucun contrôle sur leur régime matrimonial.

Le colon français, sexiste et misogyne, dictait sa conduite à l’homme africain et élaborait la vie de « couple » de leurs esclaves. D’ailleurs, il s’agissait pour lui, plus de «croisements» que, véritablement de liens familiaux que visait le maître. Malgré tout, les liens se tissaient et l’amour triomphait et des familles se formèrent mais dominées par la législation et la mentalité françaises de maltraitance des femmes.

Le code civil français stipule d’ailleurs en 1804 «la femme est la propriété de son mari, comme l’arbre fruitier est celle du jardinier».

C’est ce code civil napoléonien, viscéralement machiste, confinant la femme dans un rôle mineur, que les Haïtiens vont adopter.

Sachez chers compatriotes que nos lois, jusqu’en 2005, excusaient le «meurtre commis par le conjoint sur la femme, en cas de flagrant délit d’adultère, (article 284)»

Notre société doit rendre hommage aux ministère à la Condition féminine et aux Droits des femmes, au ministère de la Justice et de la Sécurité publique, aux organisations féminines réunies au sein de la CONAP pour avoir permis la promulgation du décret qui s’attaqua à de nombreuses injustices envers les femmes en abrogeant certains articles de lois remplacés par des énoncés plus justes. Cela contribue à renverser la mentalité discriminatoire qui a cours dans notre pays, en renforçant la législation désuète et attentatoire aux libertés fondamentales de la femme.

Soulignons le leadership de Mme Adeline Magloire Chancy ainsi que la collaboration de M. Bernard Gousse, alors ministre de la Justice, dans l’aboutissement de ce décret publié dans Le Moniteur, le 11 août 2005, sous le gouvernement transitoire de Gérard Latortue et de Boniface Alexandre; 201 ans après l’indépendance. Des juristes féminins, grâce à leurs éminents travaux, auront également favorisé l’élaboration de ces lois.

L’ONG Amnesty International déclare les violences contre les femmes comme le plus grand scandale du monde moderne. C’est un fléau mondial que le juridique doit aider à éradiquer. En ce sens, prenons au mot les déclarations du président de l’Assemblée nationale, M. Joseph Lambert, lors de la Journée du 8 mars 2018 : « Le Parlement haïtien supporte les femmes haïtiennes dans les combats qu’elles mènent… J’ai choisi de m’associer à ce mouvement… »

M. Lambert n’a fait aucune allusion aux nombreux cas de violence contre les femmes. Le législateur n’a pipé mot sur le projet de loi contre la violence faite aux femmes dont les discussions ont été amorcées en 2009 et introduite au Parlement en 2015. Ce serait passer de la parole aux actes si l’honorable sénateur pouvait durant son mandat faire promulguer cette loi.

Au moment où vous faisiez vos promesses aux femmes, Monsieur le président de l’Assemblée nationale, un vide juridique demeure autour de la notion du harcèlement sexuel, pratique courante dans notre société.

Votre appui aux femmes qui, incidemment, est l’émanation de votre place au Parlement (légiférer afin d’améliorer les conditions de vie de la population) pourra se manifester à travers une collaboration avec les ministères concernés et les nombreuses associations féminines et de la société civile, en général.

Autre chose, la violence conjugale peut entraîner le meurtre, car selon les statistiques, une femme a plus de risque de se faire trucider par son conjoint que par un inconnu. La possibilité de refuge dans les moments de crise et d’un isolement provisoire du mari violent prévient des meurtres dans de nombreuses sociétés. Réfléchir à un encadrement légal des centres d’hébergement, et élargir la loi pour permettre à la police d’intervenir en cas de plaintes contre l’époux menaçant et violent seraient des pistes à explorer par le Parlement haïtien.

Plusieurs organisations ont été pionnières dans la création d’espaces pour les femmes victimes de se reconstruire physiquement et psychologiquement. SOFA, KAY FANM pour ne citer que ces deux. En 2009, Mme Yvonne Hakim Rimpel fonda un centre d’hébergement portant son nom, d’autres à travers le pays, en nombre insuffisant, bien sûr, ont vu le jour, Asosyasyon Fanm Solèy, Fanm Deside.

La lutte pour l’égalité et la parité de genre passent par le respect de l’intégrité physique de la femme. Non à la violence faite aux femmes. Et si le mal est combattu par les législateurs, ils seront finalement perçus par la population comme des mâles nécessaires.

Aly Acacia
Auteur
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