Goud décision du gouvernement haitien !

REGARDS

Publié le 2018-03-06 | Le Nouvelliste

National -

L’habitude est une seconde nature, disait Cicéron. Mais une mauvaise habitude est comme une mauvaise dent, arrache-la, conseille Baden Powell. La double employabilité monétaire est une mauvaise habitude. Un pays, une monnaie est la règle admise. C’est l’État qui doit monopoliser le flux de devises. Il faut contrecarrer les spéculateurs en devises et reprendre le contrôle de notre monnaie.

Des 193 pays de la planète, seulement quatre ont eu la pratique : Cuba, Chine, Venezuela, Argentine.

CUBA, isolée par l’embargo, a introduit en 1994 le CUC (le peso convertible). Cette mesure de Fidel Castro devait contrecarrer la descente aux enfers du peso. À 150 pesos pour 1 dollar, il fallait sauver l’économie cubaine qui venait de perdre un allié de taille, le bloc soviétique. La double employabilité monétaire aurait tué l’économie de l’île castriste.

En CHINE, confronté à un taux d’inflation de 20% l’an, entre 1992-94, et soucieux de réussir sa transition vers une économie de marché, le gouvernement pris la décision de la double employabilité contrôlée du dollar et du Yuan ou RMB chinois. En 24 ans, Chine devint la plus grande réserve mondiale de dollars 3140 milliards, après les USA, avec 4 mille milliards. Pour y arriver, les autorités chinoises ont exercé un contrôle millimétré et rigoureux des déplacements de capitaux. La double employabilité ne s’exerce ici qu'avec une précaution chirurgicale par un État autoritaire. Aucun point commun avec la gabegie observée à Port-au-Prince.

Le VENEZUELA, du point de vue économique, est la grenouille de Jean de La Fontaine qui se veut grosse comme un bœuf. Sa politique de change dual, bolivar-dollar, sous fond d’instabilité politique et de déficit budgétaire financé par l’émission de billets, a entraîné le pays dans une spirale inflationniste sans précédent de 56,2% en 2013. N’ayant pas pu exercer un contrôle strict comme le géant chinois et leur confrère cubain, ce pays expérimente dans la douleur une politique de monnaie concurrentielle.

L’ARGENTINE, un pays qui, dans les années 60, avait les mêmes perspectives économiques que le Canada, est devenue le modèle du mauvais élève à ne pas suivre. Une économie où le dollar régnait en maître, avec 70% des prêts et dépôts du système bancaire en devises américaines qui devient une monnaie parallèle. C’est la conséquence directe du plan de convertibilité peso-dollar. On est en 2001, 5 présidents se succèdent en 10 jours. La crise s’est poursuivie une année entière avec des résultats catastrophiques qui conduisirent à la faillite économique du pays, incapable d’honorer une dette de plus de 90 milliards de dollars. Nous aurions pu connaître, à terme, pareil effondrement.

Une autre pratique peu répandue, la dollarisation, une action qui n’est autre que le renoncement total à sa souveraineté monétaire. C'est une fausse solution appliquée par un contingent réduit de pays, sur l’échiquier mondial. Le Panama, l’Équateur, le Salvador, des pays de l’Amérique latine pris dans la tourmente de crises macroéconomiques majeures sont parmi les rares à avoir adopté cette mesure désespérée.

La DOLLARISATION totale est l’équivalent économique d’une occupation militaire. D’ailleurs il est drôle de constater, en Haïti, que les mêmes qui crient à un retour de l’armée pour assurer notre intégrité et souveraineté réclame la dollarisation pour continuer à louer leurs maisons en dollars. On aime le kaki de l’armée mais l’argent n’a pas de couleur ni d’odeur. Avec la dollarisation, on perd le pouvoir de contrôle des flux de capitaux et on s'expose au danger du «crunch credit» l'effondrement de crédit dû à une crise de confiance.

On réalise à la lumière des exemples précités la nécessité universelle de l’intervention étatique. Le vagabondage monétaire pratiqué de manière irresponsable et complaisante en Haïti n’est pas viable. Aucun pays ne peut laisser n'importe qui afficher ses prix dans la devise de son choix, appliquer le taux de son choix et vendre ses produits et services dans la devise de son choix.

Au XXe siècle, les crises répétées du système capitaliste (misère ouvrière, krach boursier des années 1930, poussée inflationniste des années 70). Le marché économique ne peut fonctionner sans normes, sinon c’est la catastrophe. L’interventionnisme de l’État fut une idée nouvelle introduite par John Maynard Keynes. Cette nouvelle vision qui marqua le terme du capitalisme sauvage sera nuancée, plus tard, par Milton Friedman qui apporta l’aspect du contrôle monétaire.

Obama a sauvé l’industrie automobile américaine à coups de milliards, pour maintenir l’économie américaine à flots et garder des centaines de milliers d’emplois.

Généralement, les objectifs de l’arrêté ne sont pas ouvertement contestés. D’ailleurs, le décret sous Avril, en 1989, défendait les pratiques de cambistes. Son caractère subit fait peut-être grincer des dents. Ce ne fut pas réalisé avec la sérénité et la transparence auxquelles on serait en droit de s’attendre, dit-on!

Dans notre société atomisée et antagoniste, où l’intérêt collectif est absent des négociations usuelles, serait-ce une stratégie du gouvernement, cette mise en scène du « fait accompli » plaçant d’emblée certains acteurs en situation réactionnaire?

Remettre la gourde en selle est un premier geste. Nous sommes en droit de nous attendre, comme nation, à un train de mesures économiques articulé autour d’une politique monétaire et de production nationale.

Je suis d’ailleurs convaincu que le forum économique du secteur privé doit accueillir favorablement cette nouvelle mesure puisque, éventuellement, ils seront placés en première loge pour profiter d’une relance de la production nationale.

Au fait, si nous sommes dans cette galère des 66 gourdes pour un dollar, c’est bien le secteur privé haïtien et les politiciens qui nous y ont emmenée. Bon, nos intellectuels n’ont pas toujours su nous indiquer la direction non plus, d’où notre tendance à ramer à contre-courant.

L’absence de politiques économiques de l’État et les choix d’investissement des gens d’affaires d’Haïti nous ont jusqu’à présent conduit à l’échec collectif, à l’exil économique et à un mal-être social qui font augmenter l’importation de voitures blindées, alors qu’à côté dans les pays voisins les riches circulent en voiture décapotable.

Je suis persuadé de l’intelligence et du talent qui règnent dans notre pays. Malheureusement, nous peinons à les mettre à son profit. Nos problèmes sont systémiques. Cette mesure seule ne sera pas la solution. En revanche, vilipender ce premier bon geste ne fera que retarder la solution.

Adoptons une approche globale et transparente publique-privée. Quel que soit le contenu des circulaires réclamées par le secteur privé, vous savez mesdames et messieurs que la gourde ne reprendra pas un poil si vous ne vous engagez pas avec le gouvernement à briser le cycle destructeur des balances de paiement déficitaires. La confiance est la base d’une économie en santé. Elle se construit.

Citoyens haïtiens et toutes les élites : bourgeoises, économiques et intellectuelles ; mettons notre génie au profit du pays! Le FMI n’a pas pu sauver l’Argentine de la faillite, ni la Grèce, encore moins l’Afrique. Seuls les nationaux sauvent leur patrie! Brisez vos « Ti chèz ba » ; déchirez vos « kat pelouz ». À force de vous assigner le rôle passif et impuissant de spectateurs, vous assisterez, un jour, aux funérailles de notre société.

Et gare à ceux-là qui disent que nous avons atteint le fond. Sachez que le succès et l’échec sont sur une même ligne verticale et que chacun tend en directions opposées vers l’infini.

Aly Acacia
Auteur
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