IFH/Jedi Mizik

John Steve Bruenasch: De retour à l'IFH après trente ans

Publié le 2018-02-28 | Le Nouvelliste

Roland Léonard

Il faut le voir sur scène : il est épatant.

C’est incroyable comme le temps passe vite ! C’était comme hier pour nous sa première prestation sur la scène de l’Institut français en Haïti. C’était un tout autre lieu, dans un tout autre local. On n’ose dire que la conjoncture politique était tout autre ; mais enfin il y avait tout de même de la contestation, de la lutte et un espoir fou dans le changement.

On ne s’est pas rendu compte de toutes ces années écoulées.

Un jeune chanteur, à la bonne et belle voix de ténor, pleine de résonance et de justesse, tranchait sur l’art approximatif de ses pairs, amateurs de sa génération. Il s’en distinguait par le talent éclatant dans ses chansons intéressantes, ses paroles frappantes, sa musique poignante aux accents mélancoliques. Autant de fleurs annonçant de futurs et bons fruits dans leur promesse.

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis ce jour. Malgré les désillusions, la vedette n’a pas démenti nos prédictions et ne nous a pas déçus. Elle a gardé la foi et poursuivi sa marche en avant. On a pu le constater de ses oreilles et de ses yeux, le jeudi 22 février.

Sur la cour intérieure et profonde de l’IFH, en plein air, la scène tapissée de velours noir est dressée. C’est une estrade moyennement élevée supportant des instruments, des amplificateurs, et cinq ou six microphones. Il y a malgré tout une sonorisation centrale, dirigée depuis l’arrière avec une console, un «channel mixer» dans les règles avec ses manettes. Un bon technicien est aux commandes.

Un public de curieux, assis à droite et à gauche sur les deux colonnes de rangées de sièges pliants, attend avec impatience. Il est stressé ou animé. Le début du concert accuse un léger retard.

Enfin, le directeur de l’institut, Jean Mathiot, vers les 7 heures p.m. annonce brièvement mais avec enthousiasme le tour de chant de Steve Bruenasch, pour le bonheur de ses fans.

La vedette est accompagnée par le gratin, la crème de musiciens actuels de scène : deux congas et un tambour africain ; une batterie ; une guitare-basse (Johnson Saint-Cyr) ; un clavier électrique (Paul) ; une guitare « stratocaster» (Clifford Sylvain); deux charmantes choristes ; une guitare électro-acoustique et classique (Chesnel Jean, auteur-compositeur de talent).

À la suite de ses compagnons Steve Bruenasch fait son apparition sur le podium sous les acclamations. Son « look» est soigné comme il se doit : képi, chemise à manches longues gris sombre assortis à son pantalon, « tee-shirt» deviné en-dessous, verres fumés. On est quand même une vedette et l’on tient à sa tenue de scène.

Il introduit son concert par un récitatif bref, un « woumble», qui nous permet d’apprécier l’excellence de son timbre et de son chant, avec les réponses du chœur, en écho. Oui, c’est bien une voix de ténor. Il s’ensuit une espèce de «nago» changeant pour un «konpa» : « Jodi-a-yé-yé commenté par un solo de piano.

On enchaîne ensuite avec son afro-boléro-rock bien connu où cette phrase est en relief : « Gen lontan n’ap chèche/ Kilès kap montre nou ? Le ton mineur, ton de la tristesse, est la dominante du programme. Place au populaire « Gede Makaya», une espèce de «petwo» doux, « rasin» comme on dit aujourd’hui.

… Et toute la soirée de ce tour de chant est consacrée aux «hits» du chanteur, figurant sur ses albums dont le dernier est vendu à l’entrée. Rythmes traditionnels, ballades pop-rock, « Koudjay», meringues populaires de type C, servent de support à des chansons très engagées cernant la chose publique, sans parti pris politique. Il y a les beaux commentaires à la guitare saturée de Clifford Sylvain, celle de Chesnel Jean, ou du pianiste.

Nous avons vibré particulièrement à l’écoute de « Jerushalaïm». Nous avons un faible pour le poème ou slam en français, déclamé sur un rythme «petwo», avec le riff instrumental de guitare « Si-si-Lamèsi» insistant de Clifford Sylvain.

Pour boucler son concert, le chanteur est descendu de l’estrade pour un bain de foule avec des spectateurs dansant et acclamant avec lui. Pour un peu plus, cette bande aurait défilé comme au « rara» sur la cour.

Il n’y a pas à dire : Steve Bruenasch est un grand chanteur, un excellent chansonnier. Jamais une vedette masculine actuelle ne m’a autant étonné par tout ce talent. C’est un bloc qui se justifie : auteur-compositeur-interprète ; ce n’est pas volé.

Il doit tout de même continuer à exercer techniquement sa voix pour la garder en forme. Il doit aussi faire évoluer sa musique vers un peu plus d’élaboration et de complexité pour ne pas tomber dans le ressassement, la répétition, la ressemblance. Il sait écouter les conseils : nous le savons. C’est un sage.

Roland Léonard Auteur

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