Oh !!! Cap-Haïtien…

Publié le 2018-04-26 | Le Nouvelliste

National -

Le Cap-Haïtien explose. Son expansion, rapide, arbitraire, repousse de plus en plus les limites de la vieille ville. L'emprise au sol est impressionnante et les piémonts sont partagés entre les riches au nord, à Rival, et les pauvres, au sud. Vu du quai, le tout - les cahutes de bric et de broc et les villas - est repoussant, tel l'esquisse d'un beau désordre, un parfait gâchis qui souligne la faiblesse des pouvoirs publics et la mise à mort des notions élémentaires d'urbanisme et d'aménagement du territoire.

Sur tout le littoral, du port jusqu'à Petit'Anse, les fatras dansent, ondulent, racontent la dépendance vis-à-vis de la République dominicaine qui fournit tout ou presque au commerce de la ville. La mer, là, ne se souvient plus du temps de son bleu. Elle est marron. Sale. Elle est un dépotoir. Un peu comme à Port-au-Prince, la difficulté d'y circuler constitue l'expression du boom démographique du Cap-Haïtien, qui, à côté des facilités portuaires, dispose d'un aéroport international. Il semble que tout ça, tous les éléments pour que la ville soit le chef-lieu d'un pôle économique en croissance nécessitant ajustements et planification constitue une surprise. Une grosse surprise.

La ville, avec ses faiblesses en matière de fiscalité, n’a pas assez d'emprise, d’autorité, de moyens. Les Capois, comme partout ailleurs dans le pays, rechignent à payer la CFPB, l'impôt locatif, la plus importante source de revenus des municipalités. Comme d'autres villes, Cap-Haïtien vit du bon vouloir d'un chef de Port-au-Prince, d’un projet exécuté avec du financement international. Pour le drainage. Pour le ramassage de détritus. Pour la mobilisation d’équipements lourds...

La ville, entre-temps, paraît occulter ses faiblesses, rêve, ambitionne un essor pour le tourisme. Ils sont comptés par millions les investissements ces dernières années dans la construction de chambres d’hôtel, sans une organisation agressive, structurée de Cap-Haïtien, du Nord, du grand Nord comme destination attrayante pour le tourisme local, communautaire et international. De bon cœur, on gomme une évidence. La ville doit être d'abord vivable pour ses habitants avant d'être attractive pour le touriste. Jusqu'au bout, il y a preneur, adepte du "tout marketing" pour minimiser les conséquences des défaillances en matière de gouvernance. Parfait mensonge, porteur pourtant d'une perversion, le renforcement du fatalisme chez les gens, en principe, les premiers acteurs de la transformation de leurs conditions socioéconomiques.

Le Cap-Haïtien, cependant, entre le port et le terminus du boulevard, dispose d’un havre de paix. C'est l'adresse des restaurants branchés, de quelques hôtels cotés où débarquent étrangers et locaux en quête de petits plaisirs, de ces après-midi sans fin sur quelques bancs publics face à la mer rageuse ; de découverte de la vieille ville dont chaque rue raconte une petite histoire dans la grande histoire de nos ancêtres, des batailles épiques livrées dans les environs pour l’indépendance d’Haïti. Ce patrimoine, en péril, n'interpelle pas outre mesure. La maison de Firmin, le fort Magny et les autres vestiges à grande valeur historique au Cap ne sont connus, promu massivement auprès du grand public. Pour une appropriation de la mémoire.

Au Cap-Haïtien, la vie se vit. Avec des rêves grandioses de téléphérique pour rendre la citadelle accessible alors que le minimum, la collecte des fatras, est un défi immense dans cette ville à deux visages, schizophrène...

Roberson Alphonse

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