Quand mon cœur bat si fort de Rose Adèle: Un coup de cœur!

REGARDS

Publié le 2017-11-09 | Le Nouvelliste

National -

Certains titres de roman ont le même effet que l'habit qui ne fait pas le moine..."Quand mon cœur bat si fort" évoque l'amour romantique dans mon esprit. Et comme j'ai déjà les chansons plaintives d'Arly Larivière, une énième histoire d'idylle inassouvie n’était point dans mes projets.

Pourtant non, ce n'est pas un de ces romans à l'eau de rose. Dans une vidéo sur YouTube, l'auteure dissipe les doutes. Elle décrit son œuvre comme un essai biographique. Difficile de classer cette œuvre, moi j'ai plutôt lu un récit intime. Une intimité partagée sans retenue. Rose Adèle promène son lecteur à travers ses témoignages vers une autre forme de passion, pas souvent décrite dans notre littérature. Les rôles s'inversent, les enfants deviennent parents, les tâches et les rôles sont redistribués. C'est le vécu d’Adèle, dont le père et sa mère sont atteints de maladies neurodégénératives, le premier avec le Parkinson et la seconde l'Alzheimer. Ce bouquin aurait pu être le scénario d'un film.

C'est une histoire poignante où se côtoient la joie d'aimer et la vigueur de l'exprimer. Après le cycle normal: déni, colère, négociation, dépression, acceptation; c'est la conscience de la fugacité de la vie et de l'inconditionnalité de l'amour qui prend le dessus. Adèle traduit sa vie soudaine dans son roman, sa quotidienneté ayant basculé depuis qu'elle est devenue une ''aidante naturelle". Ses habitudes, ses projets, tout a basculé. Son premier deuil aura été celui de sa vie d'avant.

Rose Adèle se met à nu. Dans un langage simple, sans ambages elle se dévoile. Son implication, son engagement auprès de ses parents et les conséquences sur sa vie. Dans notre société du faire semblant, elle ose compter ses gourdes devant nous, en constatant les manques, les privations. La maladie, l'imminence de la mort remettent, peut-être, les valeurs en perspectives.

Elle a écrit son livre pour partager avec nous ce qui l'a traversée. Mais c'est plutôt elle qui nous traverse avec son lot d’émotions. Nous avons peur avec elle. Nous affrontons les subtilités de la maladie avec elle. Nous découvrons que la maladie est un univers en soi, avec son système et ses contraintes et son rythme. Tout s’accélère, y compris l'urgence, tout à coup, à dire, à crier son amour. Nous voulons rattraper le temps perdu, nous évitons de gaspiller celui qui reste.

Elle a écrit son livre pour témoigner que l'Alzheimer fait tout oublier, même le nom de sa propre fille. Mais on n'oublie jamais comment aimer et on se rappelle toujours comment donner la tendresse.

Mais la vie n'est jamais unidimensionnelle, c'est un champ d’équilibre instable. Son livre touche à la Vie, grand "V" , la maladie n’étant que la trame de fond. Tout ce qu'elle a vécu ces dernières années, les drames personnels comme les catastrophes sociopolitiques et naturels y sont relatés. C'est une visite guidée dans ses réalités. Quand on lit Rose Adèle, on a l'impression de l'avoir à nos côtés, nous susurrant sa vie à l'oreille. Un huis clos avec l'auteure.

Mes parents m'ont quitté, cela fait quelque temps. Cela s'est toujours passé assez rapidement. Pourtant, je me retrouve dans cette histoire. Ce récit a une authenticité haïtienne, des questions sur notre vie, nos problèmes, nos façons de faire, nos sensibilités, nos bontés. Tout Haïtien s'y retrouvera et l’étranger y fera notre connaissance.

L'auteure sera en signature, ce samedi, 11 novembre, au restaurant Aïoli, à Pétion-Ville, de 1h à 5h p.m. Bonne Lecture!

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