L’Haïti de Jovenel Moïse est différente

Publié le 2018-02-08 | Le Nouvelliste

Editorial -

Dans sa conférence-bilan à l’occasion du 1er anniversaire de sa prestation de serment, le président Jovenel Moïse s’est donné un satisfecit. Il a présenté une Haïti qui prend définitivement la voie du développement. Le chef de l’État maîtrise bien l’adage qui dit qu’on n'est jamais mieux servi que par soi-même. Il prend le soin de dresser lui-même son bilan. Au-delà du bilan du chef de l’Etat, la réalité reste ce qu’elle est.

Le bilan du chef de l’État s’est tourné autour des travaux d’infrastructures en cours dans le cadre de la Caravane du changement, le socle de son programme quinquennal. À partir de ladite caravane, qui éclipse très souvent les ministères et d’autres organismes publics, Jovenel Moïse souhaite transformer le pays en un vaste chantier. Avant lui, feu le président René Préval avait, sans fanfare ni tambour, doté le pays de nombreuses infrastructures. Le Centre national des équipements (CNE), sous la seconde présidence de René Préval, était présenté comme le plus grand centre d’équipements lourds de la Caraïbe. Doter le pays de matériels lourds n’est pas une invention de Jovenel Moïse. La nouveauté, c’est peut-être de les faire défiler.

Pendant les 12 premiers mois de son quinquennat, Jovenel Moïse prétend redonner confiance à la population. C’est vrai que la Caravane du changement est lancée dans tout le pays à partir de cette semaine, c’est vrai que plusieurs centres de réception et de livraison de documents d'identité (CRLDI) ont été inaugurés, c’est vrai qu’une commission de lutte contre l’insécurité foncière a été créée, c’est vrai que les Forces armées d’Haïti ont été théoriquement remobilisées, c’est vrai que certaines institutions publiques ont saisi des millions de gourdes de chèques zombi. Quelles sont les conséquences de tout cela sur le quotidien de la population ?

Jovenel Moïse et son équipe ont leur réponse qui contraste avec la réalité. Nos jeunes, pessimistes par rapport à leur avenir, continuent de s’embarquer quotidiennement en nombre imposant pour le Chili. La relance de la production nationale reste un vœu pieux. L’insécurité foncière continue de faire rage. Retirer un passeport ou une CIN dans les centres de réception et de livraison de document d'identité constitue encore un privilège. La corruption gangrène toujours nos administrations. La position de la présidence et celle du groupe majoritaire au Parlement sur le rapport parlementaire sur la gestion des fonds PetroCaribe nous dit ce qu’il faut attendre de la lutte contre la corruption de l’actuelle administration.

Le chef de l’État est obsédé par la volonté de construire des routes, des salles de classe et d’autres infrastructures. Il n’y a rien de mauvais dans cette volonté, sauf que le président Jovenel doit éviter de commettre la même erreur que ses prédécesseurs qui résumaient la gouvernance du pays à la construction d’infrastructures. Qu’en est-il des enseignants qui vont travailler dans les salles de classe ? Qu’en est-il des médecins qui vont travailler dans les hôpitaux ? Qu’en est-il des juges qui vont siéger dans les tribunaux construits ? Qu’en est-il des techniciens qui vont réparer les équipements achetés ? La construction d’infrastructures doit marcher de pair avec la formation des personnels qui vont les utiliser.

La première année de la présidence de Jovenel Moïse est marquée par des promesses à n’en plus finir, le lancement de quelques projets, la publication de certains arrêtés dont on attend la mise en application. Il reste quatre années au chef de l’État pour faire atterrir l’Haïti qui est dans sa tête.

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