Le compas direct n’est pas mort, Nemours non plus

Publié le 2018-02-02 | Le Nouvelliste

Editorial -

Ce 2 février marque le centième anniversaire de naissance du maestro Nemours Jean Baptiste. La Fondation Compas Direct et la famille Jean Baptiste ont rendu hommage, vendredi, à l’inventeur du compas direct, rythme le plus populaire de la musique urbaine d’Haïti. En l’église Ste-Bernadette, en plein cœur du quartier de Martissant où Nemours a fini ses jours, une messe a été dite à sa mémoire.

Si les musiciens, animateurs d’émission, promoteurs et autres amants du compas étaient rares dans l’assistance, l’enceinte de la paroisse était au quart remplie d’enfants des écoles avoisinantes. Cela n’est pas signe que le compas direct recrute de nouveaux adeptes dès le primaire, mais l’expression d’un certain désintérêt pour cette forme de musique qu’il représente. Le prêtre, qui connaît les classiques de la musique haïtienne, n’a pas manqué de fredonner des tubes des Gemini All Stars et des Skah Shah pendant son homélie.

Le prélat a aussi souligné les lacunes des autorités qui ne supportent pas assez le compas. Il a tiré des flèches contre le phénomène bòdègèt et les autres formes d’expressions musicales qui occupent le haut du pavé de nos jours.

A écouter son message, il était évident que l’histoire du compas mérite d’être écrite. Celle de la musique haïtienne en général aussi.

Le compas en son temps a tué des formes musicales réputées très proches du terroir et des standards de notre musique folklorique. Les différentes formations musicales emmenées par Nemours Jean Baptiste ont asphyxié, par exemple, Le Jazz des Jeunes au répertoire riche et diversifié. Au début, le compas était une forme d’acculturation, disaient les puristes, qui lui reprochaient ses inspirations étrangères. Le compas a survécu à ces critiques. Il a perduré. Il s’est imposé. Mais le compas n'a pas toujours existé dans la musique haïtienne.

Le compas a aussi démontré, depuis 1955, qu’il savait se défendre.

N’a-t-on pas vu Nemours lui-même présenter sur les fonts baptismaux, à Cabane Choucoune, les Shleu Shleu, le premier des vrais minijazz haïtiens ? N’a-t-on pas vu le compas survivre à la folie du rock, du reggae, de la musique antillaise (Exile One, Les Aiglons) puis du zouk des Kasav et co ?

La musique racine et toutes les tendances world beat n’ont-elles pas été à la mode puis se sont démodées en ne laissant au compas direct que quelques rides ? N’a-t-on pas vu le disco passer sa route, le rap se faire intégrer par les orchestres compas ? Le rabòday ne se marie-t-il pas merveilleusement avec le compas au carnaval ?

En fait, comme il a été inventé un jour, comme il a su résister et s’adapter au fil des ans, le compas direct disparaitra un jour, quand un génial maestro, un producteur inventif ou un DJ inspiré saura mieux que Nemours Jean Baptiste ce qui fait plaisir à notre âme et à nos penchants.

En attendant, Bon 100 ans Nemours et vive le compas !!!

Frantz Duval
Auteur
Ses derniers articles

Réagir à cet article