Chèques zombis, la pointe de l’iceberg…

Publié le 2018-01-26 | Le Nouvelliste

Editorial -

Des découvertes de chèques zombis par-ci, des découvertes par-là. Le ministère de l’Education nationale et de la Formation professionnelle a récupéré 72 millions de gourdes de ces fameux chèques dans seulement trois des dix départements géographiques du pays et la police nationale en a récupéré pour environ 50 millions, rien que pour ces trois derniers mois. Cette courte chasse aux zombis permet de retourner 122 millions de gourdes au Trésor public. Et si la chasse s’étendait dans les différents ministères, l’État pourrait récupérer des centaines de millions de gourdes qui pourraient être utilisées à d’autres fins.

Les nouvelles sur les chèques zombis choquent ou frustrent certains et font rire d’autres qui connaissent bien le mode de fonctionnement des institutions publiques. Certains fonctionnaires font tout pour voler l’État, sans s’inquiéter. Il y a ceux qui travaillent rudement pour gagner leur pain quotidien, ceux qui remplissent les couloirs des ministères et des directions générales dans l’attente de leurs chèques à chaque fin de mois et ceux qui figurent sur la liste du payroll mais qui ne se présentent jamais sur leur lieu de travail. Les absentéistes ou les inexistants. Vu la faiblesse des institutions, les chèques des personnes qui ne sont plus en poste (révoquées, à l’étranger) depuis plusieurs années continuent de sortir régulièrement. Ces chèques sont récupérés par une mafia qui peuple les ministères. Idem pour les chèques des personnes décédées depuis plusieurs années, comme c’est le cas au sein de la police nationale.

Cette pratique de voler l’État ne date pas d’hier, la liste des zombis ne fait peut-être que s’allonger. La question : pourquoi est-ce que cette pratique se perpétue ? Tout semble être mis en place pour qu’elle perdure, pour que l’on continue de voler Etat en toute quiétude. La découverte de ces chèques n’a débouché sur aucune arrestation, aucun procès alors que ces zombis et leurs complices ont une identité. L’État agit en zombi et la mafia en profite.

En dépit de la volonté déclarée au plus haut niveau de l'État pour lutter contre la corruption, les signaux clairs à cet effet tardent. On est encore au stade de l’oral, le reste ne suit pas toujours. Les suspects ne sont ni poursuivis ni sanctionnés selon la loi.

Cinq mois après la révocation de l’ex-ministre des Affaires sociales et du Travail Roosevelt Bellevue, dont le nom a été cité dans un dossier de surfacturation de kits scolaires, aucune suite n’a toujours été donnée pour déterminer son innocence ou sa culpabilité. L’enquête se poursuit, comme beaucoup d’autres.

L’État, malgré ses maigres ressources, continue d’être une vache à lait. Ce ne sont pas les zombis qui n’en profiteraient pas, même si en réalité nos zombis sont bien vivants. Et mènent leur vie en toute impunité.

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