Haïti/Education-Inclusive

Scolariser les enfants handicapés, un défi à relever par l'État haïtien

La loi relative à l’intégration des personnes handicapées et des conventions signées et ratifiées par Haïti font obligation à l’État haïtien de rendre accessible l’éducation aux personnes atteintes d’un handicap. Cependant, les pratiques liées à l’éducation nationale ne favorisent pas l’inclusion des enfants de cette catégorie. Ce qui laisse le champ libre à quelques organisations non gouvernementales de prendre en charge quelques enfants de cette catégorie marginalisée.

Publié le 2018-02-08 | Le Nouvelliste

National -

L’éducation inclusive est le nouveau concept élaboré après le Forum mondial sur l’éducation organisé par l’UNESCO en 2015 à Incheon, en République de Corée. Une telle éducation s’adapte aux besoins de tous les élèves, et prend aussi en compte leur société et respecte leur culture. L’inclusion consiste à garantir le droit à l’éducation de tous les élèves en respectant leurs multiples besoins, capacités et caractéristiques tout en éradiquant toutes les formes de discriminations dans l’environnement d’apprentissage.

Si les mises en place ne permettent pas l’intégration massive des enfants handicapés, certaines organisations tentent de soutenir ces enfants. C’est le cas de la Société haïtienne d’aide aux aveugles (SHAA), une organisation à but non lucratif, dont l’un de ses objectifs est de travailler à la scolarisation des enfants/jeunes non-voyants. La « SHAA ne dispose pas d’école. Mais nous intégrons des enfants dans des écoles publiques et privées – dont les lycées Anténor Firmin et Jean-Jacques – et nous les accompagnons par le biais de professeurs itinérants et d’instructeurs », a indiqué Michel A. Péan, coordonnateur national de la SHAA, fondée en 1952. Les professeurs itinérants et les instructeurs sont responsables de l’encadrement pédagogique et de la réhabilitation de l’enfant malvoyant.

« Les infrastructures scolaires inadaptées et l’absence d’une formation spéciale des enseignants constituent les principaux handicaps à l'inclusion de ces enfants », a soutenu le docteur Michel A. Péan, estimant que l’État doit prendre plus au sérieux ses responsabilités. En plus de ces deux difficultés, le numéro un de la SHAA a précisé que les documents adaptés aux enfants handicapés coûtent très cher et ne se vendent pas en Haïti. Ce manque constitue l’un des problèmes à l’intégration des enfants handicapés. « L’État devrait penser à subventionner ces ouvrages tout comme il octroie chaque année des subventions aux autres livres », a-t-il conclu.

Aurélien Fièvre, directrice exécutive du centre Saint-Vincent pour enfants handicapés, également à but non lucratif, abonde dans le même sens. « C’est difficile de dire qu’il existe en Haïti une politique d’éducation inclusive. De nombreuses dispositions légales ont été prises, mais en termes d’implémentation il n’existe quasiment rien », a constaté Mme Fièvre, déplorant qu’en Haïti le handicap soit jusqu'à aujourd'hui un sujet tabou.

« L’obstacle à l’inclusion des enfants en difficulté d’apprentissage est lié au manque de prise en charge de l’État et de sensibilisation de la société haïtienne autour de la question. D'un autre côté, l’identification du problème renvoie au cursus scolaire qui ne tient pas nécessairement compte des diverses catégories d’enfants vivant avec une incapacité », a-t-elle précisé, ajoutant que le centre scolarise 200 enfants handicapés. Elle a également invité les parents d'arrêter de cacher leurs enfants congénitalement malformés et de les accepter tels qu’ils sont tout en les scolarisant.

Quant au Centre d’éducation spéciale (CES), institution haïtienne non gouvernementale à but non lucratif, il fournit chaque année des conditions d’apprentissage à environ 250 enfants à déficiences moteurs. Le CES n’est pas non plus épargné aux problèmes attachés à l’intégration de ces enfants. Fondé depuis 1976, ce centre travaille tant à la prévention, à la détection, à la stimulation précoce qu’à la réhabilitation de l’enfant à déficience intellectuelle en vue de son intégration dans la société.

L’insuffisance en matière de ressources humaines – par rapport à la migration externe du personnel – et le manque de moyens financiers constituent les problèmes majeurs rencontrés par le CES. Les responsables témoignent n'avoir pas pu attirer des spécialistes qui traitent le problème du handicap mental par rapport aux faibles moyens des centres.

À propos du nombre d’enfants handicapés

De nos jours, aucune enquête n’a révélé le nombre d’enfants handicapés vivant sur le territoire haïtien et en âge d’être scolarisés. La dernière enquête menée en ce sens date de 1998 et a été réalisée par la Commission d’adaptation scolaire et d’appui social (CASAS), créée en 1991, chargée de scolariser et d’intégrer tous les jeunes handicapés au sein du système scolaire tout en les assistant. Citant cette enquête, le Dr Michel A. Péan a confié que la CASAS a répertorié près de 120 000 enfants handicapés sur le territoire national. Parmi eux, seulement 2 019 enfants, soit 1.7%, était scolarisé.

Qu’a fait l’État au profit des enfants handicapés?

Louis Pierre Janvier, coordonnateur de la CASAS, reconnaît que l’État ne détient aucune école publique spécialisée et ni les infrastructures des écoles, ni les modules ne sont adaptés aux enfants handicapés. « Cependant, la CASAS a intégré environ une centaine d’enfants handicapés dans des écoles privées et publiques et a permis à quelques parents d’obtenir des demi-bourses dans des écoles », a affirmé le coordonnateur de la CASAS avant de lancer que c’est la direction de génie scolaire qui est chargée de faire respecter les normes de construction scolaire.

La CASAS, a-t-il témoigné, travaille en vue d’instituer une école spéciale dans les dix départements du pays. « Elle œuvre à l’élaboration d’un manuel en éducation inclusive qui sera utilisé à la formation des cadres de l’enseignement au niveau des écoles normales supérieures », a renchéri M. Janvier. Après l’élaboration de ce manuel et de quelques circulaires, le MENFP exigera des écoles normales qu'elles forment les futurs enseignants afin qu'ils soient capables d’enseigner à n’importe quel élève.

La dernière mesure prise par le gouvernement haïtien date du 25 octobre 2017. En marge d’une conférence de presse, le secrétariat d’État à l’Intégration des personnes handicapées et la Direction générale des impôts (DGI) avaient annoncé que conformément aux articles 19 et 40 de la loi du 13 mars 2012 sur l’intégration des personnes handicapées, les prestataires de services particuliers (hôpitaux, écoles) ayant apporté leur concours à des personnes à mobilité réduite bénéficieraient de privilèges fiscaux.

Caleb Lefèvre caleblefevre07@gmail.com Auteur
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