Le Parlement haïtien est-il un antre de la corruption ?

Publié le 2018-01-19 | Le Nouvelliste

Editorial -

Le journaliste vedette Gary Pierre Paul Charles a jeté un gros pavé dans la mare de la corruption en Haïti. Il accuse dans un tweet le Sénat haïtien d’être un antre de mauvaise gestion.

Rien n’indique pour l’instant que l’homme de Scoop FM a raison, dispose de preuves pour étayer ses accusations. Rien ne l’indique.

Pour le moment, Gary Pierre Paul Charles n’a que sa réputation de chasseur de scoops. Il est celui qui a lancé en août dernier le scandale des kits scolaires. Il s’en est suivi le renvoi d’un ministre et l’annonce d’une enquête qui, jusqu’à cette date, n’a eu ni suite ni conclusion connue. Le journaliste, ces derniers jours, a sorti le premier une affaire de containers qui traversent la frontière grâce à des « parlementaires contrebandiers ». GPPC a aussi indexé une affaire de chèques zombis au sein de la Police nationale d’Haïti. A chaque fois, des millions de gourdes sont en jeu et des hommes puissants à la manœuvre.

Pour répondre aux accusations de Gary Pierre Paul Charles, des proches du Sénat sont montés au créneau pour soulever un point. Le journaliste agirait par vengeance parce que sa compagne n’aurait pas eu des avantages au Parlement.

Le Sénat a sorti une note de presse. Elle ne comporte pas de démenti. Elle explique qu’un inventaire financier est en cours, selon un tweet à partir d’un compte au nom du sénateur Joseph Lambert, président du Sénat. On y apprend aussi que le budget du Grand Corps a été dépensé à cette date à moins de 30% mais que certaines rubriques du budget le sont déjà, après trois mois, à 90%.

Dans la même note, on apprend que « l’assemblée (des sénateurs) a autorisé le bureau à opérer des réaménagements sur les ¾ restants du budget pour les trois prochains trimestres de l’exercice fiscal afin de répondre convenablement aux besoins du Sénat et des sénateurs ».

Le budget, une loi de finances, va subir « des réaménagements ». Le budget national s’entend. Car le budget du Sénat n’appartient pas, en principe, au Sénat. Il ne peut pas le « réaménager » à sa guise. Le budget du Senat fait partie d’un tout qui est sous la responsabilité du gouvernement pour toute rectification.

Mais voilà, nos sénateurs sont puissants.

Et c’est en apprenant ce projet de nos sénateurs que revient en mémoire que le Parlement haïtien dispose d’un pouvoir immense en matière budgétaire qui laisse craindre toutes les dérives.

Les parlementaires décident de leur budget. Négocient le montant de l’enveloppe avec le gouvernement. Alimentent les rubriques. Votent le texte. Dépensent à leur guise les crédits. Se donnent quitus de la gestion des fonds. Avant de recommencer le manège au prochain exercice.

Il n’y a ni contrôle, ni audit, ni sanction possible contre un parlementaire haïtien pour question budgétaire. Il n’y en a jamais eu.

Il n’y a jamais eu non plus de recherches pour évaluer si on aurait pu mieux utiliser les fonds disponibles.

Cette année, députés et sénateurs, en sus de ce qu’ils grappillent dans les ministères et entreprises publiques, « gèrent » près de cent dix millions de dollars. 110 000 000 de dollars américains. Le double de leur budget de l’an dernier.

Le Parlement n’a renforcé ni ses procédures comptables, ni ses procédures de passation de marchés, ni son système d’achat, ni ses capacités de faire l’inventaire de ses biens, selon des sources proches de la « Maison du peuple ».

Et dire que ce sont seulement la transparence totale et un contrôle rigoureux qui pourraient prémunir tous nos élus des accusations de corruption et des rumeurs de malversations.

Frantz Duval
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