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| Une image de libération d'esclaves. Tableau un peu condescendant envers les colonisateurs |
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Devoir de mémoire ou devoir d'oubli ?
"Le vaincu tente de prendre sa revanche en réécrivant l'histoire à sa façon et avec un succès certain pour peu que l'ancien vainqueur soit porteur de cet étrange virus de la haine de soi et d'une culpabilité maladive qui semble assez répandu de nos jours dans quelques contrées occidentales. Gramsci, Nietzsche et Weber ont très bien expliqué l'origine de ce processus." Le vaincu a encore des blessures non cicatrisées. Débat sur le souvenir et l'amnésie face au colonialisme et les repères conventionnels de réfiexion.
Haïti: C'était au cours d'un dîner dans un restaurant de la place Boyer. Au cours de notre conversation très animée et relativement arrosée, mon cher Robinson, évoquant la récente tentative de « réparation » des prétendus méfaits de la colonisation italienne en Libye et voyant mon air plutôt sceptique, tu as évoqué les réparations demandées par les Haïtiens ou plus exactement le remboursement des sommes versées en compensation pour l'Indépendance. Certes, il y a un côté spécifique dans la demande haïtienne qui fait que l'on ne peut pas la comparer aux autres exigences de réparation émises par d'anciennes colonies.
Disons, pour faire simple, qu'elle semble avoir plus de légitimité. Mais enfin il va bien falloir s'arrêter un jour de se référer au passé. Est-ce que nous autres, anciens Gaulois, allons demander réparation aux Italiens parce que les Romains nous ont colonisés ? Réparation aux peuples scandinaves de nous avoir envoyé des hordes de barbares ? Les malinkés de Guinée vont-ils demander réparation aux Peuls de les avoir envahis et convertis à l'islam à coup de glaives ? Mais raisonnons un peu.
Depuis quelques années, les Européens sont sommés de se souvenir. C'est même un devoir, curieuse injonction à une époque où l'on se soucie davantage de droits que de devoirs. Se souvenir de quoi ? Eh bien! de ce qu'il n'ont pas fait! Car, bien sûr, ce devoir de mémoire ne s'adresse qu'aux méfaits réels ou supposés que les générations antérieures ont commis, sans quoi l'on ne parlerait pas de mémoire et encore moins de devoir.
Ils sont donc priés d'expier, d'entrer en repentance, de se flageller, et finalement de réparer, ce qui lève le voile sur la motivation réelle de certains de leurs procureurs : ce devoir de mémoire pourrait bien n'être au fond qu'une vulgaire affaire de gros sous, pourquoi pas? Mais dans ce cas autant présenter la marchandise telle qu'elle est au lieu de l'envelopper dans le papier de soie de grands principes. Mais passons sur l'erreur commune qui consiste à juger les faits d'une époque reculée avec les valeurs contemporaines (ça s'appelle un anachronisme), sur le fait que les générations actuelles n'ont rien à voir avec les faits reprochés, pauvres de nous, sur le fait également que l'histoire de l'humanité, depuis ses débuts, n'est qu'une série de colonisations et de massacres, et qu'à ce titre tout un chacun en quelque lieu de la planète et à toutes les époques a toujours été, de façon sérielle, à la fois colonisé et colonisateur, maître et esclave, dominant et dominé et convenons que cela a au moins le mérite de nous forcer à nous interroger sur les rapports de la mémoire et de l'Histoire avec un grand H qui n'est en somme qu'une mémoire (très) sélective. Continuer > |
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La question se pose alors de savoir si l'on peut vraiment conférer un statut scientifique à cette discipline. Certes non quand on voit à quelles manipulations elle est soumise. L'auteur de ces lignes a hélas un âge suffisant pour avoir été le témoin de nombreux changements dans l'appréciation de faits que l'on nous présente toujours comme objectifs, sans compter que désormais, en France du moins, le politique s'en mêle et décrète, par des lois mémorielles, ce qui est vrai de ce qui ne l'est pas au grand dam des historiens. Faites l'expérience, prenez un livre d'histoire des années 60 et comparez-le avec un livre d'histoire actuel. Si après cela vous persistez à croire encore que l'Histoire est une science exacte, c'est sans doute que vous êtes historien de métier et que vous défendez votre beefsteak si toutefois l'exercice de cette profession vous permet d'en acheter. L'Histoire est toujours écrite par les vainqueurs, dit-on. Le vaincu tente de prendre sa revanche en réécrivant l'histoire à sa façon et avec un succès certain pour peu que l'ancien vainqueur soit porteur de cet étrange virus de la haine de soi et d'une culpabilité maladive qui semble assez répandu de nos jours dans quelques contrées occidentales. Gramsci, Nietzsche et Weber ont très bien expliqué l'origine de ce processus.Certes, pendant un certain temps, mais ensuitediscipline est une dame certes aguichante, mais aux moeurs douteuses, qui se laisse violenter par le plus offrant. En bref, l'Histoire est une discipline identitaire mais certainement pas scientifique.
Si l'Histoire est une discipline identitaire, c'est qu'elle propose donc un stock dans lequel on va puiser pour se fabriquer une identité. Mais notre identité est-elle vraiment le produit de notre passé ? En partie, mais comment ? Certainement pas génétiquement, car on sait désormais qu'il n'y a pas de transmission héréditaire des caractères acquis. Ce sera alors par la fourniture de modèles d'identification. La personnalité, donc l'identité, se construit en effet par l'identification à des modèles pris à la fois dans le milieu proche, le père et la mère le plus souvent, mais également dans des modèles extérieurs dont certains appartiennent au passé, donc à l'Histoire. Mais est-il encore raisonnable de ne prendre que des modèles identificatoires se situant dans le passé, si glorieux et si riche soit-il ? Non, car le risque serait alors celui d'un repli identitaire, d'avancer en regardant uniquement dans le rétroviseur, comme d'avoir une voiture dont la boîte de vitesse ne comporterait que la marche arrière. Vous imaginez la difficulté pour avancer! Bien sûr, les modèles identificatoires relevant de l'Histoire permettent de se dire : nous avons fait cela, nous en avons été capables, donc nous pourrions à nouveau réécrire des pages d'Histoire glorieuses. À ce titre-là ils sont utiles et normatifs, car ils proposent une ambition, un niveau à atteindre qui est dans le domaine du possible puisque déjà atteint dans le passé. Pour autant, sont-ils encore opérationnels dans un contexte mondialisé qui réclame, pour y faire sa place, l'adoption de valeurs modernes, quel que soit le jugement que l'on porte sur celles-ci ? C'est douteux, car on ne peut vivre dans un cimetière ou un musée, et la psychologie nous apprend que l'excès de mémoire collective ou individuelle est pathologique, qu'intelligence et excès de mémoire ne sont pas synonymes et qu'ils sont même antagonistes, puisque l'intelligence est un outil d'adaptation qui implique une ouverture vers l'avenir et la mémoire un outil de répétition du présent ou du passé. Or l'avenir ne peut advenir que si précisément la place pour l'accueillir n'est pas encombrée par le passé, sinon l'avenir ne sera que la répétition du passé. Il nous faut donc écouter Renan : « Celui qui veut faire l'Histoire doit oublier l'Histoire ». Et puis, pour nos amis chrétiens, rappelons que c'est en se retournant vers le passé que la femme de Lot s'est transformée en statue de sel, qu'Abraham n'est devenu le père des croyants que parce qu'il a obéi à l'injonction de tout quitter et d'aller vers l'inconnu, que la naissance du Christ a d'abord été annoncée à des bergers, donc à des nomades. etc.
Mais est-il besoin de ces références bibliques pour prouver la supériorité du nomadisme sur la sédentarité ? du mouvement sur l'immobilité ? de l'ouverture vers l'avenir au lieu de la fermeture sur le passé ?
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Linaa Scoila |
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