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National 7 Septembre 2010
     
   
  Haïti: Comme un torchon qui brûle


 
 
M. Léon Jean-Baptiste, porte-parole de « l'Association de parents et d'élèves migrants à St-Marc », lors d'une conférence de presse donnée le vendredi 3 septembre 2010 à l'École Jérusalem de Pivert
  (Photo: Roberson Alphonse)
   
 
 
Un parent d'élève
  (Photo: Roberson Alphonse)
   
 
 
Parents et élèves assistant à la conférence de presse de « l'Association de parents et d'élèves migrants à St-Marc »
   
Le torchon continue de brûler entre des responsables du programme d'accueil des élèves venus des zones touchées par le séisme du 12 janvier et des directeurs d'écoles de St-Marc qui n'ont pas encore reçu l'allocation financière promise par le ministère de l'Intérieur et des collectivités territoriales, avons-nous constaté sur place, vendredi dernier.
« Nous informons l'opinion nationale et internationale que nous ne cesserons pas de dénoncer le directeur du ministère de l'Intérieur, Sénatus Jude, Joseph André Lafontant, responsable de USAID-LOKAL et le maire Bonard Charles qui refusent de payer des écoles ayant protesté afin de forcer les autorités à respecter leurs engagements », a déclaré M. Léon Jean-Baptiste, porte-parole de « l'Association de parents et d'élèves migrants à St-Marc »,lors d'une conférence de presse donnée le vendredi 3 septembre 2010 à l'École Jérusalem de Pivert,un quartier de la ville de Nissage Saget.

« C'est le maire Bonard Charles et Joseph André Lafontant qui avaient invité les directeurs d'écoles le samedi 6 mars 2010 à 10 heures du matin et les ont ordonné d'accueillir des élèves venus de Port-au-Prince sans percevoir une gourde. C'est avec douleur et beaucoup de tristesse que nous constatons que ce sont ces mêmes hommes qui menacent, exercent des pressions sur Le Nouvelliste, journal du pays, des journalistes conséquents dans l'exercice de leurs fonctions et des directeurs d'écoles ayant défendu leurs droits », a déclaré Léon Jean-Baptiste. Enfonçant le clou, M.Jean-Baptiste a indiqué que « tout ceci est pour détourner le reste de l'argent alloué à ce programme ». « Ils ont, a-t-il poursuivi, déjà donné de l'argent à 35 écoles proches de la marie alors que 32 écoles protestataires n'ont rien reçu ». Ce sont les élèves et les parents qui sont les victimes de cette situation, car les écoles n'ayant pas reçu l'allocation promise refusent de communiquer les résultats des élèves qui ont participé aux examens officiels, a ajouté Léon Jean-Baptiste. M. Jean Baptiste a par ailleurs appelé les journalistes et les organismes des droits de la personne à diligenter une enquête en vue de faire la lumière sur cette affaire.

L'autre son de cloche

« C'est déconcertant de voir le niveau de jugement de ces directeurs d'écoles. Je ne sais pas d'où ils sortent avec ces accusations de détournement », a réagi M. Banel Archedou, administrateur de la mairie de Saint-Marc. Une première tranche de 1 694 000 gourdes a été décaissée des 3 332 500 allouées par le ministère de l'Intérieur et des Collectivités territoriales le 10 août. On a payé 35 des 67 écoles avec lesquelles la BDS et la mairie avaient signé des contrats dans le cadre du projet de récupération scolaire. Le 12 août, la mairie a acheminé son rapport au MICT et attend le décaissement de la seconde tranche afin de payer tout le monde, a déclaré M. Archedou, qui rappelle que des directeurs d'écoles, à la radio, avaient demandé aux élèves déplacés se rendre à leurs établissements suivre des cours gratuitement.

Pour le programme de récupération scolaire à deux volets dont un concernant des enfants venant d'écoles non publiques, après analyse et discussion avec les directeurs d'écoles, le MICT a alloué 2 350 gourdes par élève. D'autres projets scolaires élaborés par la municipalité de St-Marc ont bénéficié du financement d'autres partenaires. La marie a, par ailleurs, bénéficié de l'appui technique de ARD/ Lokal, a expliqué M. Archedou rencontré le même vendredi 3 septembre 2010 à Pivert où il travaillait avec M. André Lafontant Joseph,lui aussi indexé par des directeurs d'écoles. M. Lafontant n'a pas souhaité réagir. « C'est un dossier qui concerne la justice », a-t-il dit, faisant allusion à son « action en diffamation » contre M. Max E. Chauvet, directeur du journal Le Nouvelliste, Frantz Duval, rédacteur en chef du journal, et de trois directeurs d'écoles de St-Marc : Paul Wisly, Roger Dorsainvil et Julien Rémy.

Joint par téléphone, M. Jude Sénatus a référé au ministre Paul Antoine Bien-Aimé,pour obtenir des informations sur ce projet et sur la liste des écoles ayant déjà reçu leur subvention. M. Sénatus a indiqué que le journal l'a « détruit » en publiant le remous du 7 juillet 2010,avant d'insister pour mettre un terme à notre conversation qu'il semble avoir vécu comme un patient chez le dentiste avec une rage de dents."Ne me rappelez plus.Effacez mon numéro de votre répertoire",a-t-il dit, vraisemblablement dépité.

Dans cette brève titrée « Jude Sénatus et André Lafontant Joseph dans le collimateur des responsables d'écoles de Saint-Marc » « le journal avait rapporté au conditionnel les allégations de certains directeurs d'écoles de St-Marc largement diffusées dans des correspondances de journalistes travaillant pour des radios de Port-au-Prince à St-Marc : « Où sont passés les six millions de gourdes donnés par l'USAID après le 12 janvier pour subventionner le fonctionnement de certaines écoles privées de la ville de St-Marc ? Les responsables de ces établissements scolaires pointent du doigt Jude Sénatus et André Lafontant Joseph, respectivement directeur de la section des collectivités territoriales au ministère de l'Intérieur et responsable du projet USAID/LOKAL, qui auraient détourné cet argent. Les directeurs menacent de ne plus remettre aux élèves les fiches d'examens pour exiger qu'une enquête soit menée autour de cette affaire ».

M. Lafontant, professeur de mathématiques, syndicaliste et personnalité publique depuis plus d'une vingtaine d'années avait, après la publication de la brève du 7 juillet, déclaré dans une conférence de presse : « Je ne suis dans le collimateur d'aucun directeur d'école privée, puisque je n'entretiens pas de rapport avec eux. L'affaire des six millions de gourdes allouées par l'USAID pour les écoles privées après le 12 janvier 2010 est une information qui n'est pas fondée. »

« Les accusations des directeurs envers André Lafontant Joseph viennent probablement du fait que l'USAID-LOKAL était impliquée dans pratiquement toutes les activités qui sont à la base du projet d'appui aux écoles qui ont accueilli les élèves migrants dans la ville après la catastrophe », avait pour sa part déclaré Louis Siegel, directeur de l'USAID-LOKAL dans un article du journal paru le 6 août 2010 titré « Les responsables des écoles privées de Saint-Marc persistent et signent ».

Quelques semaines après le drame du 12 janvier, une campagne pour recenser les élèves migrants a été initiée par l'USAID-LOKAL, qui a ensuite procédé, en collaboration avec l'administration communale, à l'évaluation des besoins en vue de la relance des activités scolaires, avait fait savoir Louis Siegel, tout en soulignant que l'apport de l'USAID-LOKAL dans le cadre de ce projet est strictement d'ordre technique. « Nous n'avons promis aucune aide financière aux directeurs d'écoles », avait-t-il martelé.

L'affaire...

« A la base de cette affaire, il y a un problème de communication qui concerne toutes les ONG et tous les bailleurs de fonds. Pour la majorité des projets en exécution en Haïti, on ne sait pas qui fait quoi et pour quel montant. Cela prête à des équivoques et à des attentes qui peuvent conduire à des écarts. On ne peut cependant pas demander à la presse de se taire », avait estimé Frantz Duval cité dans un article titré « René Préval à l'écoute des médias », rapportant une conversation téléphonique du journaliste avec le chef de l'État qui voulait se renseigner après la publication d'un précédent article, « Faire taire la presse », dans lequel était rapportée l'action en justice intenter contre le journal pour diffamation.

« Toute atteinte à la liberté de la presse est grave, quelle que soit la forme que les censeurs adoptent. Au Nouvelliste, sans être ébranlé dans la conviction d'avoir fait que notre travail, nous prenons cette affaire très au sérieux. Tous les médias et tous les journalistes doivent être en alerte, car une assignation peut faire autant, sinon plus de mal que les balles. D'autant que tous les médias sont visés dans cette affaire », avait indiqué Frantz Duval, interrogé depuis la Floride.

« Je demande aux associations de médias, aux associations de journalistes et aux confrères de la presse de donner le plus large écho à ce qui se passe à Saint-Marc en général, et dans cette affaire en particulier. Se ti bouton ki mennen maleng », avait poursuivi le rédacteur en chef du Nouvelliste.

« Pour le moment, Le Nouvelliste cherche à comprendre les motivations cachées derrière ces assignations, qui sont une première dans l'histoire de la presse des dernières décennies, surtout pour le motif évoqué. Est-ce des motivations économiques ou d'autres motifs qui alimentent cette série d'actions en justice contre Le Nouvelliste ? Est-ce le désir de mettre fin à une trop longue période de détente entre la presse et le reste de la société qui s'exprime ? Est-ce une campagne sournoise d'intimidation qui commence ? Il est trop tôt pour le savoir. Mais en remontant le lit de la rivière, on découvrira un jour la source de ces assauts », avait écrit à la "Une" Frantz Duval le 1er septembre.

St-Marc, comme un champ de mines

St-Marc est une ville très politisée où il y a toujours des possibilités de manipulations de toutes sortes, a fait remarquer un notable de la ville de Nissage Saget sous couvert de l'anonymat, estimant que les directeurs contestataires ont peut-être « été hâtifs dans leur mouvement ». Ce notable s'est également dit confus par les rôles multiples joués par M. André Lafontant Joseph dans ce dossier.

M. Lafontant travaille pour USAID/LOKAL comme directeur adjoint. C'est d'ailleurs à ce titre qu'il avait signé l'invitation aux directeurs d'écoles à la réunion du samedi 6 mars 2010 en vue de discuter du programme de récupération scolaire. Et selon M. Archedou, l'administrateur de la mairie de St-Marc, M. Lafontant de ARD/LOKAL fournit un appui technique dans le cadre d'autres projets scolaires. Est-ce qu'il y a cumul de chapeaux, conflit d'intérêt ou d'autres incompatibilités ?, s'est-il interrogé avant d'insinuer que des comptes politiques sont peut-être en train d'être vidés dans cette affaire. Le torchon continue de brûler. Quand l'écran de fumée se sera dissipé, la vérité apparaîtra peut-être au grand jour, a-t-il philosophé sur un ton sarcastique.

Quand la deuxième tranche du programme sera-t-elle versée ? Quelles sont les 35 écoles ayant déjà reçu les fonds promis par le MICT ? Seul le ministre de l'Intérieur pourra, comme le dit Jude Sénatus, répondre à ces questions en sa qualité d' ordonnateur de fonds publics.

Roberson Alphonse
ralphonse@lenouvelliste.com
 
     
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