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| EDITO | ||||
| Haïti: Port-au-Prince entre miracle et exploit Le premier grand débat sur l'avenir de Port-au-Prince a eu lieu ce mercredi au Karibe à l'initiative de l'Association Touristique d'Haïti (ATH) et de la Chambre Haïtino-Américaine de Commerce (AMCHAM). Et comme a dit maître Frédérick Salès l'un des panélistes, nombreux sont ceux qui sont restés sur leur faim. D'abord, si le débat sur la reconstruction a été assez enrichissant, il a manqué l'essentiel, soit les réponses à trois questions : combien cela coûtera ? Qui financera ? Dans quel délai ? Les cent-cinquante millions de dollars dont dispose l'Etat haïtien ne pourront pas suffire pour une intervention significative sur plus de 200 hectares, doutent les analystes. Il faudra tout acheter ou indemniser les propriétaires, faire les plans d'aménagement, refaire tous les réseaux (drainage, adduction d'eau, voirie, électricité, téléphone, fibre optique et équipements urbains) puis construire une vingtaine de bâtiments imposants pour donner le ton. On parle de milliards de dollars pour faire du sérieux. Pour ce qui est du financement, il est inquiétant de voir que personne, aucune agence internationale ni investisseur privé, ne s'est manifesté depuis plus d'un mois qu'on dit qu'il va se passer quelque chose au centre-ville. La Fondation du Prince Charles qui a été portée sur les fonts baptismaux de l'opinion ce mercredi est inconnue de tout le monde... Elle est la seule instance qui se serait intéressée à la reconstruction de la ville. Il est singulier de remarquer que devant l'assemblée des hommes d'affaires l'Etat n'ait annoncé aucune nouvelle taxe ou rentrée pour supporter la reconstruction et que cela passe comme une lettre à la poste. Qui va donc payer : la planche à billets ou exhumer des ressources extraordinaires ? Et la question du temps. Aucun projet sérieux ne peut s'exécuter rapidement. Et le temps presse. Comment allons-nous concilier ces deux exigences ? Si le volontarisme des deux responsables publics - Ronald Baudin, ministre de l'Economie et des Finances et Charles Castel, gouverneur de la Banque de la République d'Haïti - a émerveillé l'assistance tant c'est une qualité qui manque à nos décideurs publics, le déballage du projet par les architectes et urbanistes Leslie Voltaire et Paul Emile Simon a un peu déçu. On a retrouvé dans leur présentation multimédia le vieux fond du plan directeur du Tourisme. Un document que l'on ressort à chaque fois qu'il faut parler de la ville, du pays et de son avenir. Le document, rare plan complet qui existe pour un secteur, a le mérite d'exister et le malheur de traîner les défauts de sa première mouture. Quand il a été réalisé au cours du premier mandant du président René Préval, le ministère du Tourisme venait de naître. Personne dans les ministères importants ne prenait au sérieux les spécialistes français qui essayaient d'accoler un peu de tout pour faire la carte d'un plan touristique. Plus d'un, dans les sphères du pouvoir doutait même du retour des touristes. Le plan fut fait. Comme un rêve. Abandonné, puis remis au goût du jour, il garde d'immenses lacunes et un sens de l'idéal qui l'obère. Il ne prend pas assez en compte dans quel pays nous vivons vraiment. Son péché mignon est d'être plaisant à regarder et hors contexte si on veut l'exécuter. Cela n'a pas changé en dépit des dépoussiérages successifs opérés sur le texte. Les handicaps de 1999 persistent aujourd'hui. S'aggravent. Le plan était orienté tourisme, nous sommes dans la reconstruction et on le ressort. A voir les perspectives de la future rue Bonne Foi présentées ce mercredi, il faut se pincer et se demander de quelle ville nous parle-t-on ? Il doit exister quelque part un projet pour vider la capitale de ses habitants. D'un bon deux millions d'entre eux, tout au moins. Autre faiblesse du projet, sera-t-il soutenable de vouloir édifier de beaux bâtiments pour les ministères, de faire sortir de terre des centres commerciaux et des hôtels pour qui on va chercher preneurs, sans un solide réseau de logements sociaux en périphérie et au coeur même du centre-ville ? Il ne servira à rien de refaire une Brasilia ou une capitale qui n'est pas irriguée par la présence vibrante de gens qui y vivent à toute heure. Où sont les banques d'Épargnes et de logement, l'EPPLS, le ministère des Affaires sociales, le ministère des Travaux publics dans cette affaire ? Il manque un peu de souffle, de vie dans le projet. Il est heureusement assez tôt pour y remédier. Dans une de ses déclarations, l'urbaniste Paul Emile Simon a souligné qu'avec le séisme et les destructions massives qu'il a provoquées la ville de Port-au-Prince a perdu ses repères. Il ne faut pas que les architectes politiques et techniques du projet de reconstruction de Port-au-Prince perdent, eux, la mémoire. Il n'y aura pas, nous voulons le croire, de grillage, de mur pour séparer le nouvel eldorado du centre-ville du reste de la capitale. Alors pensons pour la ville telle qu'elle était le 11 janvier. Cherchons à l'améliorer, pas à la défaire. Fixons les grandes lignes, les normes, les directives et que l'Etat investisse assez pour donner le ton. Et n'oublions pas que dans une capitale aussi ancienne que la nôtre, c'est aux urbanistes de se mettre au service de la ville, pas à la ville d'entrer dans le projet des urbanistes. Nous n'avons ni assez de temps ni suffisamment d'argent pour accomplir le miracle de la transformation radicale, mais le devoir de tout changer pour le mieux-être de la population. Et ce sera un exploit. Frantz Duval duval@lenouvelliste.com |
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