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Haïti: Lancement du Fonds incitatif de paiement par téléphone
Cette initiative participe d'une volonté des initiateurs de vulgariser dans une plus large mesure les services bancaires, permettre une plus grande circulation de la monnaie en Haïti et aider des millions d'Haïtiens à émerger de la situation d'extrême pauvreté. Selon des statistiques récentes, plus de 3 millions d'Haïtiens possèdent un téléphone portable, dans un pays où seulement 10% de la population est bancarisée. Ce fonds d'incitation de l'USAID et de la Fondation Bill et Mélinda Gates va profiter de ce fait pour donner la possibilité aux détenteurs de portable d'envoyer, de recevoir et d'épargner de l'argent à l'aide de leurs appareils. Ce procédé, va contribuer non seulement à améliorer leur condition de vie, mais aussi à briser les frontières de notre système bancaire trop conventionnel pour s'ouvrir à d'autres moyens plus sûrs, plus économiques, a fait savoir Mme Greta K. Greathouse, directrice du projet Financement intégré pour le développement des filières et des entreprises en Haïti (HiFive). Dans sa présentation du Fonds incitatif de paiement par téléphone faisant partie du projet HiFive, Mme Greathouse a admis que ce partenariat USAID/Fondation Bill et Melinda Gates est très important pour Haïti, parce qu'il facilitera la livraison à distance d'aide en espèces des agences humanitaires aux victimes du séisme du 12 janvier. Définissant le HiFive, elle indique que c'est un projet de l'USAID qui s'étend sur une période de trois ans (du 1er juin 2009 au 31 mai 2012) et auquel est allouée une enveloppe de 37 169 702 dollars US. Le projet Hifive poursuit 5 objectifs principaux. L'un de ces objectifs est d'augmenter l'utilisation des TIC pour étendre l'inclusion financière au plus grand nombre, a précisé Mme Greta Greathouse, qui conclut son exposé en présentant à l'assistance les membres du HiFive. Selon les responsables de l'USAID, les expériences d'autres pays en développement, tel le Kenya en matière de services bancaires mobiles, sont concluantes. Ces expériences montrent, par exemple, que les utilisateurs commencent à conserver de l'argent à portée de main dans leur «porte-monnaie» mobile en cas d'urgence. « Encourager l'épargne et augmenter l'accès au crédit via ces services mobiles aidera les familles haïtiennes à améliorer leur stabilité financière et envisager un avenir meilleur ». Pour motiver les entreprises haïtiennes à investir dans le ''Mobile Banking'', le Fonds incitatif se dit prêt à récompenser les entreprises qui lanceront les services financiers mobiles en Haïti. Selon les initiateurs du projet, la première entreprise à lancer un service de paiement mobile au cours des six prochains mois recevra une prime de 2,5 millions de dollars. Le 2e opérateur à lancer un service et atteindre ce seuil en 12 mois recevra 1,5 million de dollars. En outre, six millions de dollars supplémentaires seront attribués aux premières entreprises ayant réalisé 5 millions de transactions. À part les opérateurs de téléphonie mobile, les entreprises habilitées à participer à ce concours de HiFive sont les banques de la place, les caisses populaires, les institutions de microfinance répertoriées sur tout le territoire et reconnues par la Banque centrale. Les opérateurs non bancaires sont également autorisés à participer au fonds incitatif. Plusieurs autres intervenants ont pris la parole au cours de cette cérémonie de lancement, dont Sarah Mattingly, directrice du projet de l'AED ; Carleene Dei, directrice de mission de l'Usaid en Haïti ; Stéphane Bruno, conseiller en technologie d'information et de communication du Projet HiFive. Présentant les aspects techniques de la question, Stéphane Bruno reconnaît que le service banking disponible à partir d'un téléphone portable peut avoir un effet multiplicateur sur divers autres services. Il admet cependant, du point de vue légal que certaines choses restent encore à faire. À ce sujet, il annonce que le groupe de travail sur les TIC du projet HiFive a soumis un ensemble de textes de loi reconnaissant à l'avenir la preuve électronique dans les affaires juridiques haïtiennes. Kesner Pharel, P.D.G du Group Croissance, intervenant à cette cérémonie, a mis en garde les naïfs qui pensent que ce fonds incitatif ou le mobile banking peut à lui seul résoudre les multiples problèmes de l'économie haïtienne. Si on ne crée pas d'emplois, s'il n'y a pas d'activités entrepreneuriales, ce n'est pas le support du mobile banking qui va permettre à l'économie haïtienne de croître, soutient M. Pharel L'économiste du Group Croissance a également fait valoir l'importance d'une bonne circulation de la monnaie dans une économie. Tel n'est pas le cas pour l'économie haïtienne où la monnaie ne circule pas. « Il y a une trop forte concentration de la monnaie au niveau du département de l'Ouest » a fait remarquer le P.D.G de Croissance qui a énuméré les différentes formes de monnaies qui ont prévalu à travers le temps. Il a cité à cet effet : la feuille de thé et le riz qui ont été utilisés comme monnaie. Par la suite, ça a évolué avec les métaux précieux, pour arriver à la monnaie fiduciaire (billet), puis la monnaie structurante (le chèque). La monnaie électronique, selon l'économiste Pharel, est aussi une monnaie structurante. Pourquoi la monnaie électronique est-elle fondamentale ? Une étude de la Banque centrale réalisée à partir d'informations collectées au 30 septembre 2009, tenant compte de la division territoriale du pays en région, montre que : la région Nord qui comprend les départements du Nord, du Nord-Ouest et du Nord-Est ont une population de 9 millions dans le nord du pays où le total des dépôts bancaires ne représente que 6,3% (6 milliards de gourdes). La région Transversale qui regroupe les départements de l'Artibonite et du Centre, contient 22,4% de la population haïtienne et les dépôts bancaires ne représentent que 4,2% (3,9 milliards de gourdes). La région Sud, qui comprend les départements du Sud, du Sud-Est, de la Grand'Anse et des Nippes, représente 20,7% de la population et les dépôts bancaires de cette région représentent 4,3% de l'ensemble du système (4 milliards de gourdes). Tandis que le département de l'Ouest, qui représente 37% de la population, compte 85% des dépôts, soit 78,5 milliards de gourdes À rappeler qu'au 30 septembre 2009, le total des dépôts au niveau du système bancaire s'élevait à 92 milliards de gourdes. Fort de ce constat, Kesner Pharel a profité pour faire remarquer que « quand on s'amuse à mettre tous nos oeufs dans un seul panier, la terre n'a qu'à secouer pendant quelques secondes pour qu'on ait des résultats aussi catastrophiques que le 12 janvier, où plus de 100% du PIB a disparu ». La monnaie électronique pourrait aider dans la déconcentration de la monnaie haïtienne, conclut l'analyste économique. Charles Castel, prudent Le gouverneur de la Banque Centrale, Charles Castel, qui a pris la parole à la suite de Kesnel Pharel, a reconnu d'emblée que le Mobile Banking ne saurait être une panacée. «On ne peut pas bâtir quelque chose à partir de rien, l'économie réelle doit fonctionner, les gens en sont de plus en plus conscients et cela augure d'un avenir réel pour l'ensemble de notre population», a-t-il argué. Au nom de la Banque centrale et de la population haïtienne, Charles Castel a remercié la Fondation Bill et Melinda Gates et l'USAID pour cette initiative visant à l'inclusion financière des Haïtiens. « Nous pensons que tout ce qui peut donner accès aux services bancaires considérés comme des services de base à notre population défavorisée est quelque chose d'important», soutient M. Castel qui croit que c'est important de la part des initiateurs d'oeuvrer dans ce sens. Car, estime-t-il, vu le coût élevé de l'installation d'une succursale de banque, on ne peut pas s'attendre à ce que les banques aillent dans les régions les plus reculées du pays. Tandis que le téléphone mobile peut apporter beaucoup de choses au système. « Cependant, il faut mitiger les risques de déstabilisation du système financier, affirme le gérant de la banque des banques d'un ton prudent. Nous ne voulons pas créer des problèmes dans le système, car, jusqu'à présent, s'il y a une chose relativement stable dans le pays c'est le système financier. Et les récents événements ont prouvé la résilience de ce système. Selon Charles Castel, il ne faut pas qu'en voulant améliorer la situation économique de la population on crée des brèches irréparables dans le système et induire la méfiance des gens. À cet effet, le dirigeant de la Banque centrale encourage les différents opérateurs téléphoniques et les banques du système à se mettre ensemble pour créer des petits dépôts gérés par les banques qui auront ainsi un lien direct entre celles-ci et leurs clients. Ces précautions prises par la BRH ne présagent pas d'une volonté de la banque des banques de faire obstacle au Mobile banking. Nous ne voulons pas qu'on nous reproche d'empêcher les opérateurs de recevoir les incitations de la Fondation Gates. Nous travaillons déjà à la mise en place des lignes directrices », indique Charles Castel. Les principales préoccupations qui vont être reflétées dans les principaux objectifs des lignes directrices sont d'assurer que le marché n'est pas dominé par un seul opérateur, de protéger les déposants, de prévenir le blanchiment d'argent, etc. Charles Castel croit que si le monde a évolué vers la dématérialisation de la monnaie, la monnaie reste toujours la monnaie. « Le Mobile banking ne change pas la réalité de la relation juridique existant entre un banquier et un client », nuance M. Castel, qui a noté l'absence des coopératives d'épargne et de crédit parmi les institutions de microfinance habilitées à concourir dans le Fonds incitatif de paiement par téléphone. Etant des institutions qui oeuvrent depuis longtemps à la bancarisation de la population haïtienne, au-delà des incitations, ces entités méritent une attention particulière parce qu'elles s'inscrivent déjà dans l'inclusion financière en facilitant non seulement l'épargne, mais surtout le crédit dans les milieux retirés. Une assistance composée principalement d'hommes d'affaires, de fournisseurs de services bancaires et d'opérateurs téléphoniques a pris part à cette cérémonie de lancement. Parmi cette assistance, on pouvait remarquer la présence du ministre à la Condition féminine et aux Droits de la Femme, Mme Marjorie Michelle et le directeur général du Conatel, Montaigne Marcelin Interrogé sur les possibilités de matérialisation de ce projet, le PDG de Digicel Haïti Maarten Boute estime que le plus difficile c'est de déployer le réseau mobile dans les zones où il n'y a pas de services bancaires. La raison principale avancée est que cela coûte très cher. « Nous espérons que ce système de portefeuille mobile va nous permettre de le faire. A notre niveau, ça reste une nouvelle expérimentation. Un projet similaire au Kénya a pris plus de six ans avant d'être rentable. Nous espérons que les leçons apprises là-bas vont nous aider à l'être beaucoup rapidement que lui », a déclaré le numéro un de Digicel Haïti. Pour Robin Padberg, le PGD de la Compagnie Voilà, la matérialisation de ce projet doit passer tout d'abord par l'autorisation de la Banque centrale haïtienne. « Car en ce qui a trait aux avoirs des individus, il y a des lois en vigueur qui régissent ces genres de transaction ». Et selon Padberg c'est la mission de la BRH de veiller à la stricte application de ces lois pour ne pas causer préjudice au système. D'un autre l'autre côté, ajoute-t-il, ce projet fait obligation aux opérateurs téléphoniques d'avoirs des relations avec les banques, les caisses d'épargne, les institutions de micro finance, les maisons de transfert. « C'est important pour nous de commencer à voir comment nous allons nous y prendre pour travailler ensemble dans le cadre du Mobile banking ». Cyprien L. Gary |
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