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National 12 Mars 2010
     
   
  Haïti: Les pièges de l'aide


Le président René Préval a créé un certain émoi en annonçant clairement que l'aide offerte généreusement à Haïti depuis le 12 janvier doit se muer en effort de reconstruction. Plus d'eau, plus de riz, plus de tentes. Des semences, des tracteurs, du travail et des maisons. Fini l'urgence et ses débordements. Le discours est sensé.

Les sinistrés l'appréhendent comme la fin de la bamboche. Comme si l'on pouvait être heureux sous une bâche, les pieds dans la boue. Les donneurs peuvent se dire aussi : « Ah ! qu'ils sont ingrats ces Haïtiens. Nous n'avons pas fini de nous déployer qu'ils nous chassent comme des malotrus ». C'est le ton qui fait la chanson, et chanter n'est pas notre point fort.

À Washington, le président Préval a fait mercredi sa grande visite à Obama. Un simple plan a été présenté. Il ambitionne de faire, à partir de nos ruines, une capitale idyllique dans un pays décentralisé. Ceux qui ont vu le plan disent que c'est maigre et se demandent où est la refondation dont on a tant vanté les atouts. D'autres estiment que penser Haïti en pays de rêve est déjà un effort intellectuel audacieux.
Une partie de la presse américaine sourit de nos illusions. De notre faiblesse de croire qu'il est déjà revenu le temps de rêver.

Le président Barak Obama lui-même a dû remettre les pendules à l'heure. Rappeler que le temps était à la pluie, pire, aux menaces des ouragans, et n'a pas pu faire harmoniser sa crainte d'une nouvelle catastrophe avec le voeu de René Préval de tourner la page pour passer à une autre phase, celle de la reconstruction, de la refondation.
Pour compliquer le tableau, notre réputation de pays le plus corrompu de la planète Amérique nous suit, nous poursuit, comme une certaine mauvaise notoriété accompagne partout le chat. La corruption à l'haïtienne a sept vies, tombe toujours sur le gigot et le ronge jusqu'à l'os.
Les médias américains, qui font l'opinion et que les politiques suivent pour s'éviter les baffes aux urnes, susurrent de plus en plus sur les signaux émis dans l'entourage du gouvernement. Il y aurait des potentats qui joueraient trop bien le double jeu public-privé, seraient prêts à signer des contrats avec leurs amis, ont pouvoir d'évaluer ce qu'il faut démolir et veulent décider de qui construira.

L'un des pièges de l'aide est qu'elle arrive quand on est à terre et que le donateur a le pouvoir, le devoir, de vous ausculter avant de vous donner l'extrême onction ou de vous oindre de sa grâce.

Haïti devra se montrer plus blanc que neige dans les mois qui viennent. Ne pas mélanger les genres, être d'une rectitude sans reproche, pour mériter l'aide. Et faire le ménage au moindre soupçon.

La solidité de nos vertus serait aussi illusoire que celle de nos immeubles, craint la presse américaine.
Voilà le pays à qui Obama promet 3 milliards de dollars.
L'aide américaine sera-t-il l'appât du piège qui mettra à nu le vrai visage de la corruption en Haïti ou un simple prétexte pour faire parader sans risque les marines?

Des esprits lucides estiment que les victimes du 12 janvier sont les otages de deux gangs qui lorgnent l'aide. Sont pris au piège de la répartition des fruits de leurs malheurs.

Si le gouvernement veut contrôler les ONG et les pays amis donateurs, ce ne serait que pour s'offrir le droit léonin de partager à sa guise le gâteau de la reconstruction. Et s'il veut passer à autre chose que l'urgence, c'est encore parce que le gouvernement s'est rendu compte que la répartition de l'eau, du riz, des latrines, des soins médicaux lui a échappée.
Pour avoir plus que les miettes, il doit être en charge. Rien que cela le motive. Les ONG veillent. Par intérêt et par devoir. Haïti inspire la compassion, et la compassion fait claquer les carnets de chèques. Quel micmac !!!

Le gouvernement haïtien et la société civile, le privé comme le public, doivent conduire l'urgence vers la reconstruction avec doigté. L'aide, on n'en contrôle ni la vanne ni le timing. Ni les flux ni l'orientation. Mais on peut mettre sur pied les mécanismes de surveillance et imposer la recherche de résultats. Et les victimes attendent les résultats.

Pour ce faire, il faudra réinstaurer, réinventer même, un ministère du Plan capable de jouer son rôle et où les employés, du planton au ministre, ne rêvent pas tous de se faire embaucher par une ONG ou par la prochaine agence qui aura à exécuter le projet de reconstruction avec les fonds colossaux de la communauté internationale.

 
     
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