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National 12 Mars 2010
     
   
  Haïti: Des experts vont accoucher du PDNA pour Haïti


Des experts de tout calibre - d'Haïti et de la communauté internationale - travaillent depuis le 18 février afin de préparer le Programme d'évaluation conjointe des besoins post-séisme (PDNA en anglais). Ce document exposera les lignes directrices du développement du pays suite au sinistre du 12 janvier 2010. Au Karibe Convention center où ils ont élu domicile, ils se démènent comme de beaux diables pour livrer la marchandise à la date butoir du 12 mars aux autorités de la République.

 
 
Vue de la salle où travaillent les experts en groupe thématique
  (Photo: James Alexis)
   
 
 
Niqel Fisher interrogé par notre rédacteur Dieudonné Joachim
  (Photo: James Alexis)
   
 
 
Niqel Fisher, le représentant spécial des Nations Unies au groupe de coordination du PDNA
  (Photo: James Alexis)
   
Dans la matinée du 10 mars, comme chaque jour depuis le 18 février 2010, peu après sept heures, les experts et autres spécialistes, en veston ou en tenue décontractée, certains l'air épuisé, commencent à arriver à leur bureau. C'est la ruée vers l'hôtel Karibe dans les hauteurs de Port-au-Prince. Chacun a ses propres préoccupations. En retraçant les activités de la journée précédente, les fonctionnaires blaguent comme des gosses revenant de l'école. Ils décrètent la permanence au Karibe afin d'accoucher à tout prix du Programme d'évaluation conjointe des besoins post-séisme, dit PDNA, qui exposera les grandes lignes du développement du pays suite au tremblement de terre du 12 janvier 2010. Ce document, avons-nous appris, est indispensable pour la tenue de la réunion des bailleurs de fonds du 31 mars prochain; l'avenir et la crédibilité d'Haïti en dépendent.

Sur la cour de l'hôtel, les groupes de « copains » entrent en conciliabule avant de pénétrer dans la grande salle. Ils discutent en anglais, en espagnol, en français ou en créole. Bon nombre d'entre eux font partie d'une institution internationale comme les Nations unies, la Banque interaméricaine de développement (BID) ou de l'une des ONG évoluant sur le terrain... A deux pas de nous, un vieux barbu de taille moyenne, qui a vécu en Amérique du Nord avant de venir mettre son expertise à la disposition de sa patrie, crache à voix basse son dépit pour ce travail lassant. Alors qu'il sait qu'en dernier ressort, les experts grassement rémunérés venus d'ailleurs ont dans leur poche un canevas qu'ils sortiront à la dernière minute.

Il fallait voir les plis au visage de ce routier de l'administration haïtienne pour comprendre sa déception. Il est au bord de l'explosion. Plus calme, son jeune interlocuteur ne s'embarrasse pas de manières. Il se contente apparemment de faire son boulot. De terminer sa part du rapport. Le temps presse. L'échéance est pour demain. Pas question de rechigner. Tout compte fait, la date du 12 mars constitue un souci majeur pour tous.

Entre-temps, une source proche du PDNA indique que l'international est bien conscient de l'extraordinaire appétit de l'administration haïtienne dans la dilapidation des fonds publics. Cette même source nous laisse croire que même si le séisme du 12 janvier force l'attention de la communauté internationale, celle-ci néanmoins ne s'attend pas à des avancées extraordinaires. Le dernier rapport post-cyclonique n'avait pas donné de résultats significatifs. Depuis lors, même les plus optimistes deviennent sceptiques. En outre, le pays n'a jamais souffert d'une rareté de plan. Rapiéçage abracadabrant. Un plan exhumé d'une situation antérieure ressuscitera. Sans doute.

« La conférence des bailleurs de fonds du 31 mars est organisée essentiellement par le gouvernement des Etats-Unis et l'Organisation des Nations unies, c'est pourquoi elle aura lieu au siège de l'ONU à New York », a confié le représentant spécial des Nations unies au groupe de coordination du PDNA, Niqel Fisher. Le Canadien explique pourtant que cette décision avait déjà été prise depuis longtemps par le gouvernement haïtien et que le choix de la ville est dicté par les facilités de communication ou la couverture médiatique.

Si l'Union européenne, la Banque mondiale, les Nations unies et la BID participent aux côtés du gouvernement haïtien à l'élaboration du PDNA, les autorités haïtiennes auront-elles réellement les mains libres lors de la présentation de la version finale de ce fameux document? Ce dernier est décrit par Eustache Ouayoro, représentant résident de la Banque mondiale en Haïti, comme celui qui doit aider la communauté internationale à avoir une idée des dégâts et ce qu'ils peuvent faire pour soutenir le pays. « Nous suivons le leadership du gouvernement haïtien », a souligné M. Ouayoro. Un leadership encore à démontrer, selon plus d'un.

Haïti était confrontée à d'énormes difficultés de toutes sortes avant le séisme du 12 janvier, mais la récente catastrophe a aggravé sa situation. Cela a attiré, semble-t-il, l'attention de la communauté internationale. Les participants étrangers disent à qui veut l'entendre que le travail des groupes thématiques réunis en atelier va permettre d'évaluer les impacts humain et matériel du tremblement de terre dans les zones directement affectées et également ses effets dans le reste du pays, particulièrement en ce qui a trait à la migration.

Les efforts à entreprendre pour diminuer l'effet des désastres naturels à l'avenir, les grandes lignes d'un programme de développement décentralisé, comment construire un pays où l'éducation, l'emploi, les services de santé seront disponibles à toutes les couches de la population constituent quelques-unes des préoccupations qui doivent être éliminées dans le document dans lequel le gouvernement doit présenter, à New-York, sa vision et son plan d'action pour le pays entier.

L'implication de l'international risque d'absorber le manque ou l'absence de leadership des autorités haïtiennes. A la question de savoir si les équipes de rédaction vont pouvoir respecter l'échéance du 12 mars, Viqel Fisher répond sèchement : « Nous en avons l'intention, même s'il faut travailler jour et nuit. » Nous sommes le 10 mars en début d'après-midi, les groupes thématiques travaillent encore. « On est guidé par le plan d'action du gouvernement », répète Fisher.

Après le Cadre de coopération intérimaire (CCI), le Document de stratégie nationale pour la croissance et la réduction de la pauvreté (DSNCRP), le PDNA précédé du grand ballet des bailleurs de Washington en 2004, à Montréal en 2010, Haïti est le seul maître de son destin. Document préfabriqué ou simple fruit de leur imagination, les experts promettent de respecter les échéances afin de présenter la version achevée, comme prévu, le 31 mars, à la conférence des bailleurs qui se tiendra au siège de l'Organisation des Nations unies, à New York.

Dieudonné JOACHIM
djoachim@lenouvelliste.com
 
     
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