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| Haïti: Crédit pour tous au plus pauvre des pays ''Existe-t-il une personne plus pauvre que le plus pauvre des hommes dans le plus pauvre des pays? Demanda un jour Mireille Neptune Anglade à l'une de ses deux filles. Devant le silence de sa fille de dix ans, Mireille Anglade répond: ''oui, sa femme... et bien souvent ses enfants'' En ce 8 mars, cette phrase de la militante féministe, auteure de « L'autre moitié du développement », morte le 12 janvier en compagnie de son mari, n'est toujours pas démentie. La réponse n'a pas changé. En Haïti, après le séisme, le rôle des femmes s'est accru, leurs responsabilités aussi. Il a fallu une femme pour nous le rappeler en face. La gouverneure du Canada, notre compatriote Michaëlle Jean, a tenu des propos forts sur le poids de la femme dans le processus de reconstruction du pays. Avant son arrivée, sur son blog, la gouverneure avait déjà laissé lire : « Les Haïtiennes sont reconnues pour leur tempérament, leur détermination, leur courage et leur force. Le mouvement des femmes dans ce pays de tous les défis est central et remarquablement fiable et organisé ». « Il n'est pas surprenant que le Programme alimentaire mondial des Nations Unies se soit tourné vers ces organisations pour la distribution des vivres sur le terrain», a-t-elle ajouté. «Sans les femmes d'Haïti et sans leurs perspectives et leur concours, la reconstruction n'est pas viable. Il faut leur rendre hommage et soutenir leurs efforts. Elles ont besoin d'être entendues et que leurs voix résonnent au-delà des frontières » rapporte Radio Canada en citant Michaëlle Jean. Arrivée ici ce lundi, Michaëlle Jean a profité d'une de ses prises de parole pour souligner la nécessité de reconstruire l'économie. « La question de l'emploi est fondamentale. Il faut faire en sorte qu'il n'y ait pas de prédateurs qui profitent de la situation de précarité pour réinstaller des réseaux de criminalité, en utilisant la vulnérabilité, le sentiment d'impasse des jeunes ». Bien dit. Dans d'autres lieux, on discute de crédit et de reprise de l'économie. Il faut reconstituer les stocks de crédit au moindre coût pour débiteurs et créanciers, semble être l'objectif de la mise sur pied d'un fonds de garantie par les autorités financières après le 12 janvier. Cette décision sera-t-elle suffisante ? Ne faut-il pas, en sus, faire exploser l'offre de crédit et l'éclater ? Le sortir de son petit chemin étriqué qui ne permet qu'à une infime partie des consommateurs et des entrepreneurs d'en profiter ? Un petit nombre de bénéficiaires, et, surtout ce sont les mêmes, se partagent les «avantages» non négligeables du crédit d'année en année. Le fait est connu. Statistiquement prouvé. Régulièrement dénoncé. Le tremblement de terre va-t-il remettre les compteurs à zéro ? Permettre vraiment de réamorcer la pompe ? Pour tout le monde ? Il faut faire repartir le crédit. Redonner leur chance aux entrepreneurs les plus « chanceux » qui avaient déjà accès au crédit. Mais ne faut-il pas aussi, pour une fois, aller au-delà des convenances ? Mettre sur pied spécifiquement un fonds pour ceux qui sont vierges de tout historique de crédit, ouvrir la porte à d'autres, sans fermer aucune fenêtre aux plus anciens. Ne serait-il pas aussi de bon sens d'inventer un fonds pour supporter, inciter, encourager, les investissements hors de Port-au-Prince ? Et, là aussi, partir à la recherche d'une nouvelle clientèle pour les créanciers et de nouveaux débiteurs pour les assoiffés de crédit. Pour ceux qui ne connaissent pas d'autre route que celle qui mène aux usuriers aux taux assassins. Le crédit à la consommation, dans un pays où la capitale et ses millions d'habitants viennent de perdre leurs biens, n'est-il pas aussi essentiel que le crédit pour les grandes entreprises ? Un programme de crédit pour le logement, pour les nouvelles constructions comme pour réparer les anciennes est inévitable, sauf si nous voulons encore une fois repartir dans les mêmes chemins. Enfermer la ville dans le piège du kole pyese qui nous a donné ce que nous disons ne pas aimer voir. Le crédit agricole, oublié de toujours et de tout le monde, et son corollaire le risque en milieu rural, seront-ils enfin mesurés et servis ? Un vrai système d'assurance qui s'adresse à tous, qui vise tout le monde, qui veut de tout le monde, est-ce un rêve trop grand ? Le microcrédit qui a plus de clients que le crédit bancaire, sera-t-il enfin reconnu comme un vrai vecteur de relance ? Aura-t-il plus de moyens à sa disposition et des ambitions... plus ambitieuses ? Au moment où les documents qui seront présentés à Santo-Domingo sont en phase de finalisation, en prévision de la conférence des donateurs à New York, le 31 mars, il est bon de rappeler aux experts qu'ils ont la charge, cette fois, de bien plus de sinistres et de sinistrés qu'ils ne le pensent... Il faut mille nouvelles formes de crédit, mille projets, mille nouvelles voies pour redessiner le paysage économique du pays. Pas un replâtrage du système ancien. Cela ne suffira pas et ne nous sortira pas de l'engrenage d'un pays en panne. La décentralisation effective doit aussi passer par celle du crédit, de la recherche de richesses, de la création de revenus. Que chacun s'occupe de ses petites affaires, cela est normal. Que l'affaire de tous soit ramenée à l'affaire de quelques-uns est inintelligent et d'une immoralité grossière après le 12 janvier. Ce pays, le plus pauvre des pays, où le plus pauvre des hommes est une femme et ses enfants, s'appelle Haïti. Nous ne devons pas l'oublier en écrivant les plans du futur dans le confort des salles de réunion. |
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