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National 14 Mars 2010
     
   
  Haïti: Des pertes en cascade


Si l'Eglise épiscopale existe encore après le séisme du 12 janvier 2010, étant composée de membres ou personnes physiques, les biens « meubles et immeubles» de cette communauté à Port-au-Prince sont, par contre, quasiment anéantis. Or, qui dit biens de l'Eglise épiscopale dit biens de la société haïtienne en général, estime Mgr Jean Zaché Duracin, qui attribue ces pertes à celles de la population entière.

 
 
Le Musée d'Art Haitien
   
Du complexe Sainte-Trinité (cathédrale, section musicale, salle Sainte-Cécile, école professionnelle, école primaire et fondamentale, guest-house ainsi que le shop où l'on vendait des articles comme livres, cartes postales, produits artisanaux, etc.), passant par le complexe Saint-Vincent ( école classique, clinique avec salle d'opération, atelier de fabrication de prothèses et d'orthèses) pour aboutir au collège Saint-Pierre, à l'Université épiscopale d'Haïti et au Musée d'art haïtien, la seule de ces institutions épiscopaliennes restant debout, mais avec des dommages considérables, l'Eglise épiscopale d'Haïti de la Communion anglicane est ébranlée (sur le plan physique ou matériel) dans tout son fondement, et demeure l'une des principales victimes du séisme du 12 janvier 2010. S'il est évident que les pertes enregistrées sont énormes sur les plans économique et spirituel, vu l'importance que cette Eglise accorde à l'art et à la culture en Haïti, les dégâts sont encore plus considérables sur les plans culturel et social.

Sur le plan social
L'Eglise épiscopale d'Haïti détient une bonne partie du trésor national en matière intellectuelle, sociale et culturelle, soutient l'évêque du diocèse, Mgr Jean Zaché Duracin, rappelant que ces biens appartiennent à toute la société et méritent d'être appréciés à leur juste valeur. A ce titre, il cite, entre autres, le premier et le plus grand centre du pays qui accueille les personnes à besoins spéciaux: l'école Saint-Vincent fondée en 1945. Ce centre, ouvert à tous les enfants à capacité réduite en Haïti, a permis à beaucoup de ces derniers de gagner leur vie. Il a également contribué aux efforts visant à présenter les membres de cette catégorie sociale sous un autre jour et à faire tomber les tabous et les préjugés dont ils étaient souvent victimes au sein de la société.

Sur le plan culturel
L'école de musique Sainte-Trinité fondée en 1913 demeure, pour sa part, la plus grande école du pays qui prend en compte la formation musicale des enfants, poursuit l'évêque Duracin. Dès leur plus jeune âge, les élèves sont initiés à l'art de combiner les sons d'une manière agréable à l'oreille. Ce sont les pépinières. La plupart d'entre eux progressent, en passant par les « Petits chanteurs » jusqu'à l'Orchestre Philharmonique Sainte-Trinité (OPST) et même plus loin encore. « Que de mélomanes avisés sont émus en voyant disparaître aujourd'hui la salle Sainte-Cécile, le lieu de rendez-vous par excellence en matière de musique savante et populaire », s'exclame le prélat, soulignant l'apport de l'OPST à la musique haïtienne en général. Malheureusement, se plaint-il, une bonne partie des instruments de l'orchestre a été détruite.

Sur le plan artistique
La cathédrale Sainte-Trinité, achevée en 1928, représente un véritable monument historique, selon le jugement de Mgr Duracin. Parmi les articles qui ont été détruits à l'intérieur de cet édifice, il cite le carillon de 13 cloches et un orgue dont le type est épuisé. Ce sont, dit-il, des biens très rares. C'est, selon lui, seulement en Angleterre qu'il existe ce type d'orgue qui servait toujours lors des célébrations eucharistiques.

En ce qui a trait à la peinture, il fait référence, avec un sentiment de regret, aux fresques de la cathédrale qui attiraient touristes locaux et étrangers, qui recevaient des visites à longueur de journée. Cet immense trésor culturel perdu ne se retrouvera jamais, se désole Mgr Jean Zaché Duracin d'une voix tremblante et d'un ton nostalgique. Il rappelle que la plupart des oeuvres détruites existent depuis le XIXe siècle.

Le Musée d'art haïtien est la seule des institutions épiscopaliennes considérées qui se tient debout, mais avec de larges fissures, profondément endommagé. Les pertes sont surtout enregistrées au niveau de la grande salle d'exposition qui accueillait l'oeuvre des grands maîtres de la peinture haïtienne des années 30, 40, 50. Citons, entre autres, Hector Hyppolite, André Pierre et Castera Bazile.

Cette collection qui est la plus grande en matière de peinture haïtienne est d'une valeur incalculable, soutient Mgr Duracin. Elle est gérée par un board nommé par l'évêque de l'Eglise épiscopale d'Haïti.

Que ce soit au niveau de la peinture, de l'art, de la musique ou de l'éducation, toute la population ressent les pertes enregistrées par l'Eglise épiscopale d'Haïti, souligne l'évêque du diocèse. Et , dans un contexte où une bonne partie des habitants rejoint les handicapés de naissance, il estime que le rétablissement d'un centre comme Saint-Vincent fait plus que figure d'urgence, surtout l'atelier de fabrication des prothèses et des orthèses.

Le collège Saint-Pierre, l'Université épiscopale d'Haïti, la section musicale de l'école Sainte-Trinité avec la salle Sainte-Cécile, l'école primaire et fondamentale, l'école professionnelle et, par-dessus tout, la cathédrale, lieu de rassemblement des fidèles sur le plan spirituel, mais aussi lieu des grandes célébrations sociales, mariage, funérailles, etc., souffrent de reconstruction, fait remarquer le prélat. Il estime, en ce sens, que l'Eglise épiscopale d'Haïti demeure un secteur incontournable dont la participation s'avère nécessaire dans toute politique de reconstruction du pays.

Lucmane Vieux
 
     
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