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National 10 Mars 2010
     
   
  Haïti: «Goudougoudou», quelle onomatopée !


 
 
   
« Goudougoudou», c'est le mot utilisé par la majorité de la population haïtienne, notamment à Port-au-Prince, pour imiter, désigner, traduire ou interpréter le son ou le bruit provoqué par les mouvements du séisme du 12 janvier 2010 suivi de nombre de répliques. C'est, depuis, l'onomatopée la plus populaire par laquelle les gens expriment le sentiment de l'effet ressenti à l'intérieur des maisons, à l'occasion des secousses.



« Goudougoudou » rivalise d'exactitude ainsi avec le son du tonnerre qui, certaines fois, se traduit par « Blokotow Blow ». C'est, en réalité, dans l'imaginaire des Haïtiens, un vocable qui rend compte d'un bruit très fort. Mais depuis le 12 janvier 2010, son emploi beaucoup plus fréquent revêt une signification assez particulière. Il traduit, sous ce couvert, le son du craquement des toitures, de l'effondrement des murs, des «bétons» , de la danse que le sol semble exécuter sous l'effet des vibrations.







Un champ lexical dominant



«Goudougoudou» figure, par ailleurs, parmi une pléiade de mots formant désormais le champ lexical le plus dominant qui se dégage de la moindre conversation en Haïti. Des termes comme séisme, tremblement de terre, catastrophe, fissure, secousse, réplique, décombres, vibration, effondrement, magnitude, etc., complètent la liste.



Quant aux enfants ( à partir de deux ans ), des phrases créoles comme «Kay la krasze nèt », «Moun yo mouri» , «Moun yo ap kriye », sortent constamment de leur bouche innocente.



Il faut noter également qu'un « courant » provenant du domaine des télécommunications traverse la réalité de l'après-séisme. C'est que les répliques sont souvent désignées « péjorativement » de «bip » ou de «appelle-moi ». C'est-à-dire les membres de la population considèrent ces répliques comme des messages «téléphoniques » envoyés par « Goudougoudou ». Quelle omniprésence ! Ils promettent même, en signe de menace, d'appeler «Goudougoudou» pour sévir contre leurs ennemis potentiels.



«Goudougoudou » prend, en outre, le nom de «bagay » en créole, comme c'est le cas de presque tous les domaines de la vie, voire même des humains. L'équivalent français de «bagay » est «chose ». Mais l'usage du mot créole surpasse de loin celui du français, tant il est fait de façon abusive au sens péjoratif et dans un registre familier.



L'acte sexuel est, en ce sens, perçu comme «bagay ». Une personne également : «Gade lè bagay la non !... ». C'est donc dans ce contexte que «Goudougoudou » porte le nom de « bagay la ». « Men bagay la ! ». «Bagay la pral pase wi ! » .C'est en ces termes que circulent les rumeurs relatives au passage éventuel de «Goudougoudou ».



«Goudougoudou », figure d'une personne horrible



Cette onomatopée omniprésente dans le milieu haïtien tend aussi à dépasser le stade de simple expression pour revêtir le caractère d'une personne réelle, mais horrible et redoutable. Par exemple, pour expliquer, le plus souvent, leur refus de passer même une minute sous les bétons traités désormais de diables, les gens avancent que c'est par crainte de l'arrivée soudaine de «Goudougoudou ». Ce traumatisme arrive même à transformer les habitudes de chez nous.



Nombre de citoyens témoignent, en effet, qu'à l'heure actuelle, leur bain ne dure pas plus que deux minutes, si la douche se trouve à l'intérieur d'une maison couverte de béton. C'est le même cas de figure pour les toilettes, en ce sens que les gens n'y entrent que lorsque le besoin physiologique est vraiment pressant. Et s'ils refusent ou passent promptement les escaliers, c'est encore par crainte de l'arrivée soudaine de «Goudougoudou ».





Somme toute, «Goudougoudou» c'est quoi alors ? Ou encore c'est qui ? C'est un peu difficile à répondre. Mais c'est aussi certain que, depuis le 12 janvier 2010, personne ne peut s'empêcher de le prononcer ( emploi elliptique de mot ) par crainte ou par prudence. Ainsi, cette onomatopée qui traduit une réalité si brutale, se range tranquillement dans le rang des séquelles de ce séisme qui aura tant marqué la vie de la population haïtienne.

Lucmane Vieux

3 mars 2010
 
     
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