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National 10 Mars 2010
     
   
  Haïti: Des journalistes parlent pour eux-mêmes


Les journalistes haïtiens continuent chaque jour à remplir leur mission qui est d'informer, en dépit du fait qu'ils sont victimes, au même titre que le reste de la population, du tremblement de terre. Motivés par l'amour du métier et la passion d'être toujours là où l'action se passe, ces travailleurs de la presse ne se laissent pas abattre par les vicissitudes de la réalité post-catastrophe. Ils se confient à Le Nouvelliste.

 
 
Les journalistes a la DCPJ
  (Photo: Robenson Geffrard)
   
 
 
Esther Dorestal, journaliste à radio Métropole
  (Photo: Robenson Geffrard)
   
On les voie partout. Là où il y a de l'action et de l'information, ils y sont pour informer et former l'opinion de la population. Ils sont considérés comme la voix des sans voix. Pourtant, comme tout le monde ou presque, ces journalistes n'ont pas été épargnés par la catastrophe du 12 janvier dernier, qui a eu d'importantes répercutions sur toutes les couches sociales en Haïti.

Si certains de ces travailleurs de la presse critiquent les responsables des médias qui, selon eux, n'ont rien fait pour leur venir en aide, d'autres croient qu'il ne faut pas mélanger vie professionnelle et vie privée tout en n'étant pas moins victimes du tremblement de terre.

Esther Dorestal, journaliste à radio Métropole

Le tremblement de terre du 12 janvier a totalement changé la vie de Esther Dorestal. Rien n'est plus comme avant pour elle. Cette jeune fille journaliste mène son existence entre la radio Métropole où elle travaille et sous sa tente - où elle vit désormais- placée quelque part dans la capitale, qui est devenue sa nouvelle demeure, puisque sa maison a été totalement détruite par le séisme.

« Je me bats avec moi-même tous les jours pour garder un moral stable afin de continuer à servir la population en l'informant », a expliqué Esther. Elle pense que les journalistes devraient avoir le même traitement que les policiers qui n'ont pas besoin d'aller faire la queue pour trouver de la nourriture, de l'eau et des soins médicaux pour leur famille.

En outre, Esther estime que les patrons des médias devraient avoir un autre comportement vis-à-vis des journalistes. Toutefois, en dépit de nombreuses difficultés, cette jeune journaliste se laisse guider par l'amour du métier. Elle continue de faire son travail avec le même enthousiasme et le même professionnalisme qu'avant.

Joseph Jean Junior, journaliste à radio Méga Star

Joseph Jean junior a le pressentiment que ses jours sont comptés dans le métier. Il craint une éventuelle mise en disponibilité de la part des responsables de son média. « Je dois dire sincèrement que je travaille dans un état d'esprit angoissé. L'inquiétude économique des patrons nous rend inquiets pour notre avenir dans le métier », a-t-il dit.

« Après le 12 janvier, la plupart des patrons de média crient à la faillite », a poursuivi Junior tout en reconnaissant qu'effectivement les médias ont subi d'importants dommages. Une situation qui n'est pas sans conséquence sur la qualité de son travail journalistique. Mais comme les autres journalistes, il continue à faire son travail.

Erilande Sully, journaliste au quotidien Le Matin

« Les travailleurs de la presse fonctionnent dans des conditions pour le moins difficiles après le 12 janvier. Définitivement, la réalité n'est plus la même », a déclaré Erilande Sully. Sa maison n'a pas été détruite par le séisme, mais il n'est pas indifférent face à la misère du reste de la population, particulièrement celle de Port-au-Prince.

« La meilleure façon pour moi d'aider, c'est de continuer à informer la population. Le Matin se prépare à sortir un numéro spécial et je suis sur le terrain pour apporter ma participation », a-t-il dit.

Rosemond Edmond, journaliste à radio Kiskeya

Rosemond a tout perdu. Il a vu s'effondrer en quelques secondes la maison qu'il a mis toute sa vie à construire. Pourtant, sa voix continue de résonner sur le 88.5 avec la même vibration qu'avant le12 janvier. « J'ai commencé la construction de ma maison en 2002, pour enfin arriver à l'achever en 2009. En 2010, elle a été détruite. », a-t-il expliqué .

Il pense que quelque chose devrait être fait en faveur des travailleurs de la presse victimes au même titre que le reste de la population. Rosemond qualifie de ''vague'' le comportement des patrons de média par rapport aux journalistes.

Clarens Renois, journaliste à l'AFP, HPN, et La voix de l'Amérique

Contrairement à certains de ses confrères, ce journaliste expérimenté croit qu'il ne faut pas mélanger vie professionnelle et vie privée. Mais comme tout le monde, il vit au quotidien, à un niveau ou un autre, la misère, l'angoisse, la désolation...qui règne à Port-au-Prince après le 12 janvier.

« Après la catastrophe, le travail du journaliste- en tout cas pour moi- est multiplié par 10. Je consacre beaucoup plus de temps à la profession et il y a plus de pressions que d'habitude, a avancé Clarens Renois. « Sur le plan professionnel, le tremblement de terre n'a pas de répercussion sur la qualité de mon travail. Par contre, sur le plan humain, oui. Mais je gère tout ça après les heures de travail. »

Pour rester toujours efficace dans sa profession, Clarens Renois ne mélange pas vie professionnelle et vie privée. Parallèlement, il pense que le journaliste haïtien n'est pas indifférent face à ce qui se passe dans le pays. Le travailleur de la presse vit au quotidien la réalité des sinistrés, lorsqu'il n'est pas lui-même sinistré, a-t-il dit.

D'autres journalistes ont fait montre d'une capacité exceptionnelle dans l'accomplissement de leur travail. Marcus Garcia, directeur de Mélodie FM, a vu mourir sa femme sous ses yeux. Pourtant, il était l'un des premiers journalistes à tenir informée la population. Anne Daphnée Lemoine, présentatrice à radio Métropole, a perdu son fils dans le tremblement de terre. Loin de se laisser emporter par la douleur et l'amertume, ce qui serait normal, elle est du nombre des journalistes qui répondent tous les jours présents à leur poste pour informer la population.

Comme tous ces journalistes, des centaines d'autres travailleurs de la presse à Port-au-Prince, à Léogâne, à Jacmel, à Petit-Goâve, à Grand-Goâve, entre autres, fonctionnent dans des conditions très difficiles.

Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 a tué des centaines de milliers de personnes et a fait des dégâts matériels considérables. Pourtant, malgré sa force meurtrière et destructrice, il n'a pas tué l'amour et la passion des journalistes pour leur métier.

Robenson Geffrard
 
     
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