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National 15 Janvier 2010
     
   
  Haïti: Dans un commissariat, le président Préval tente d'assurer la survie d'Haïti


Installé dans un commissariat de police proche de l'aéroport de Port-au-Prince, le président René Préval tente avec difficultés d'assurer la survie de l'Etat haïtien, dont les principaux symboles se sont effondrés dans le séisme de mardi.

Le Palais national, un grand édifice blanc qui accueillait la présidence, a été détruit, ainsi que plusieurs ministères.

"Nous avons décidé provisoirement de placer le siège de la présidence et du gouvernement dans ce baraquement de police pour être plus près de nos partenaires internationaux", justifie M. Préval, en bras de chemise.

L'aéroport sert de lien entre Haïti et le reste du monde. Il a été pris en mains par des centaines de soldats américains qui tentent d'organiser l'arrivée des secours. Le siège du pouvoir se déplacera peut-être d'un jour à l'autre, confie-t-on dans l'entourage du président.

Derrière la porte de la présidence de fortune, se tiennent deux gardes rapprochés du chef de l'Etat. Dans une autre pièce, le Premier ministre, Jean-Max Bellerive, se réunit avec quelques ministres qui peuvent encore se déplacer. Son bureau, sur les hauteurs de la capitale, sert aujourd'hui d'abri à des centaines de familles.

"Le gouvernement a perdu ses capacités de fonctionnement, mais il ne s'est pas effondré", assure le président d'Haïti, l'air épuisé et les yeux cernés.

Assis derrière une table ronde dans moins de 4 m2, René Préval discute par téléphone avec son homologue dominicain, Leonel Fernandez.

"Je te remercie Leonel pour ce que tu entreprends", lance-t-il dans l'appareil que lui a tendu l'ambassadeur dominicain. "La communication est difficile, je vais me déplacer", poursuit-il, en s'éloignant des oreilles indiscrètes.

Il n'y a pas de toute façon plus de secret d'Etat: le gouvernement fonctionne sans moyens de communications sécurisés. Le président rappelle à l'envi que dans les heures qui ont suivi le tremblement de terre de mardi, il se déplaçait à moto, tout comme ses ministres, pour constater les dégâts dans sa capitale.

"Je suis personnellement affecté, je couche chez des amis. Je n'arrive pas à dormir la nuit", raconte le président haïtien à l'AFP.

"J'ai des victimes parmi mes proches", s'attriste M. Préval avant de tenter une lugubre énumération: deux sénateurs, le grand écrivain et géographe Georges Anglade et sa femme, le père et la mère d'un ministre, les enfants d'un autre et un ami de longue date. "On est tous victimes", se lamente-t-il.

Quelques gouttes de sueur perlent sur le front du chef de l'Etat, dont le bureau de secours n'est pas climatisé.

"La génératrice a rendu l'âme", explique un proche.

Au milieu de la conversation, le président s'excuse pour aller porter secours à un sénateur qu'on vient de tirer des décombres et doit recevoir des soins en République Dominicaine.

"Personne n'est seul dans sa situation. Je comprends que les gens souffrent parce qu'ils ont des parents sous les décombres, mais ils doivent savoir que ce sont des milliers de personnes qui se retrouvent dans cette situation", soutient M. Préval.

Il appelle les Haïtiens à la patience et dénonce ceux qui accusent le gouvernement d'inaction. "Il y a des gens qui sous-estiment l'ampleur des dégâts et insinuent qu'on ne va pas assez vite pour apporter les secours. C'est indécent de profiter de la douleur des gens pour faire de la politique", rétorque-t-il.

M. Préval énumère les priorités qu'il a établies avec son équipe, en commençant par la distribution de l'essence pour faciliter les déplacements afin de soigner et nourrir les victimes.

Outre Port-au-Prince, deux autres villes d'Haïti ont été gravement touchées par le séisme, Petit-Goave et Jacmel (sud) qui devaient être survolées par le président samedi.

 
     
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