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Haïti: Amour ou bagatelle : selon l'humeur !
Michèle Voltaire Marcelin, née à Port-au-Prince, comédienne, peintre, écrivain et résidant actuellement à New York , c'est d'abord une voix. Ou plutôt un petit théâtre de voix sous lequel on entend sa propre voix avec son timbre, son souffle, ses inflexions et ses effets sonores. Une voix entre cris et chuchotements, entre douleurs et plaisir. Son recueil de textes "Amours et Bagatelles", qui vient de paraître aux Editions du CIDIHCA (Canada), est une preuve parmi d'autres que son art tend à rayonner vers mille rapports certains et possibles de la poésie et de la prose. On découvre à plaisir, malgré son goût étrange, cette phrase de Lou Andreas Salome qui est comme frappé en médaille sur la quatrième de couverture de son livre et qu'il ne faut peut-être pas prendre au pied de la lettre : « Je suis éternellement fidèle aux souvenirs, Je ne le serai jamais aux hommes ». Auteur talentueux, Michèle Voltaire Marcelin n'est pas du genre à s'en laisser conter. « Amours et Bagatelles », enchaîne ses beaux ouvrages, tel La Desenchantée : roman marqué par son incroyable mélange d'ombre et de lumière, de marges blanches et de silence. A remplir. Emblématique dans sa dimension symbolique et mythique, Michèle Voltaire Marcelin porte plus que ses désirs et son histoire personnelle intense. Elle incarne le stade esthétique de l'existence et se fait à l'idée de pouvoir relever à son compte ce défi métaphysique. Pour cette artiste, l'écriture est la seule façon de prolonger sa soif d'amour, son désir inassouvi de rêver. Le « Je » de son énonciation n'a rien, en effet, d'une instance cohérente et compacte. C'est un « Je » pluriel (parfois neutre), qui renvoie au sujet lyrique, euphorique ou doucement mélancolique. Il est inséparable d'un dédoublement de la personnalité : « [...] Je ne fais le deuil de rien. J'ai dans mes jambes des envies de courses à perdre haleine dans les broussailles inondées de soleil, vert et ciel mélangés, cheveux défaits, épaules nues au vent... » (p. 11). Une inspiration confidentielle Michèle Voltaire Marcelin place le mouvement de sa poésie et de sa prose dans les mots plutôt que dans les idées fondamentales. Son inspiration est confidentielle. C'est, en quelque sorte, une apologie de la démesure, dont le surhomme de Nietzsche est une figure plus inquiétante que fascinante : « Je conjugue l'amour / à plusieurs personnes / Je m'aime / Je t'aime/ je vous aime / Je les aime tous / à tous les temps... » (in Plus-Que-Parfait, p. 26). On ne lira pas ce livre à sensations fortes sans éprouver un certain trouble, un certain plaisir face à la paranoïa ambulatoire de l'amour qui, dans ce contexte, nous fait fuir de nous-mêmes dans l'illusion d'échapper à l'enfer de la liberté : « Mon coeur sert tant et si souvent que la rouille ne s'y installe pas Il faut chaque fois y changer la serrure Le dernier amant garde toujours la clef »(p. 43). Il n'y a pas de doute : Michèle Voltaire Marcelin se laisse traverser par de nouveaux frissons en écrivant. D'une page à l'autre, on voit se répandre les ondes de choc de sa sensibilité. Son intimisme n'a rien de trivial comme dans la littérature de Coppée ou de Prudhomme, de Sand ou de Sarraute. Les marques de ses pulsions ne sont que les signes évidents de ses tensions créatrices drapées dans un esthétisme qui trouve son moule parfait, son canon impeccable aptes à produire les meilleurs artifices de création. Dès lors, on est en plein à l'usage métonymique des mots permettant à la littérature de sortir peu ou prou de l'impasse langagière dans laquelle l'ont acculée certains courants. Non ! La poésie ne saurait se réduire à une gymnastique de la métaphore amoureuse! Il faut faire du discours un motif ou un mode d'énonciation véritablement poétique et capable de « changer la vie » (Arthur Rimbaud). N'est-ce pas à cet exercice remarquable que s'est livrée Michèle Voltaire Marcelin, dont l'aplomb solaire, la beauté de l'image sont à souligner, si l'on tient compte de la liberté de forme et la manière dont sa poétique se donne à elle-même ses lois ? Le « moi » : l'épicentre du discours Michèle Voltaire Marcelin fait de son « moi » paisible, tendre et passionné l'épicentre du discours. De ce moi, les écrivains aux préoccupations autres, donc plus profondes, font généralement l'économie. Certes, le poème exige du poète une activité en profondeur de tout son être. De même, pour être reçu, il exige du lecteur une attention créatrice, non pas la seule attention des facultés intellectuelles ou d'analyse, mais une disponibilité de toutes les facultés sensibles, oniriques, visuelles, psychiques, kynesthésiques. Mais l'auteur de « Amours et Bagatelles » ne permet-elle pas de saisir cette nécessité d'une lecture et d'une attention particulière quand ses textes en poésie et en prose nous invitent à les comprendre littéralement et dans leur polysémie ? Une bouffée d'air frais ! Mélange diffus et cohérent de textes collectionnés - ce qui rend le livre tout à fait inclassable - « Amours et Bagatelles » se présente comme un ensemble disparate de pièces en vers et en prose au coeur duquel l'humour est bel et bien introduit. Le tout est affaire de dosage. Dosage par lequel passe ce que Ezra Pound appelle la « métamorphose de l'écriture », correspondant à une disposition affective qui n'a rien à voir avec le fantaisisme, la fumisterie sans lendemain. C'est une bouffée d'air frais ! « Ma mère était d'une jalousie à brûler des églises, à écorcher vif des enfants, à dépierrer les murs de sa maison. Mais elle restait vaincue devant ces filles toutes jeunes qui n'avaient d'autre ambition que de rendre heureux mon père. J'ai rencontré une de ces Alina un jour et malgré son sourire, je l'ai tout de suite haïe. Parce qu'elle était belle et qu'à cause d'elle, ma mère avait les paupières d'un rouge perpétuel » (pp. 99, 100). Autant les ouvrages symptomatiques de « la fragmentation de l'être » (Frantz-Antoine Leconte) s'inscrivent dans la problématique de la modernité, y compris ceux qui ont anticipé ou faussé celle-ci autant celui de Michèle Voltaire Marcelin opère sur un schéma esthétique auquel il doit sa part de pouvoir de séduction. L'art de cet auteur, qui publie également ses textes dans le Cahier de la RALM (une anthologie de la revue française d'art, de littérature et de musique), n'a pas pour effet de replier la littérature sur elle-même en l'assimilant à de la matière à sculpter. Il renvoie à une forme verbale où se recoupent idéalement le grivois et le sublime, le terrible et le bouffon, le dit et le non-dit, l'opacité et la transparence du temps présent qui s'enferme désespérément dans son credo en franchissant les barbelés de la raison. Je ne sais plus qui a écrit : « Il faut résister à tout, sauf à la tentation de faire de sa vie un roman face aux romans ». Robenson Bernard Robernard2202@yahoo.fr |
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