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| Haïti: Le métier de journaliste culturel On ne s'étonne pas de voir, dans un pays où les éléments culturels authentiques sont considérés comme ce qui nous reste de meilleur, que le métier de journaliste culturel soit un passe temps. Ou mieux un simple lieu de contact avec le monde des arts et du spectacle. Difficile de s'attendre à mieux quand le binôme politique culturelle se confine dans sa seule dimension conceptuelle. Ou pire quand, dans les médias, l'information se réduit à sa seule logique marchande. Entretien avec William Saint-Fleur, animateur de ''Pluri culture'' et responsable de la section culturelle de radio Vision 2000
William Saint-Fleur : L'émission s'étend sur une durée de 90 minutes depuis l'introduction de ''Pluri causerie'', un espace d'une demi-heure sur des sujets culturels d'importance commentés par des acteurs culturels et des invités de marque triés sur le volet. Le reste de l'émission est consacré à l'actualité culturelle locale et internationale. Parfois, pour libérer l'émission de l'emprise de l'actualité, on invente des rubriques comme '' Le calepin de l'actualité'', qui se veut une rubrique de formation dans une discipline artistique quelconque, et ''Idée'', qui propose un zoom sur un artiste, son oeuvre et sa contribution au progrès de l'art et de la culture haïtiens. L.N : Les émissions culturelles sont traitées en parents pauvres. Dans certains médias, la section culturelle n'existe que de nom. Comment, à Vision 200, on conçoit une section culturelle ? W.S : Pas trop différente de la perception générale des directeurs de médias qui, ne serait-ce que de dans l'appellation, tentent de constituer une section culturelle. Dans la pratique, on fonctionne dans l'indigence totale. Sans véritables moyens économiques, ni matériel de travail. Les événements nocturnes sont négligés, faute de moyens de transport. Les quelques rares voitures que la radio a sa disposition sont affectées à la salle des nouvelles. L.N : Les journalistes culturelles jouissent-ils des mêmes privilèges que les journalistes politiques ? W.S : Absolument pas. Ni dans le traitement individuel, ni dans le salaire. La section culturelle n'est plus une priorité. L'importance d'une section dans un média se mesure d'ailleurs à sa capacité d'attirer des sponsors. C'est la logique marchande. Plus on rapporte économiquement, plus on est valorisé. Or à Vision 2000, c'est la section politique qui rapporte. L.N : Quels sont les centres d'intérêt de votre émission : littérature, musique, cinéma, théâtre, danse... ? W. S : Toutes les disciplines majeures se valent : la littérature, la musique, le théâtre, la danse, le cinéma. Sans préférence aucune. Cependant, il peut arriver à une époque donnée qu'une discipline domine. Et ceci en raison de la somme d'activités qui son organisées dans le secteur culturel. Par exemple, le livre avec ''Livres en folie'' a sa propre saison en mai. Parfois, c'est le théâtre avec le festival ''Quatre Chemins''. Chaque saison traîne derrière elle sa priorité. L.N : Vous parlez de disciplines majeures. Quelle place accorder à la mode, la gastronomie, la cosmétologie... ? W. S : Ces sujets ne sont pas récurrents dans l'émission, malheureusement. Cela s'explique par le fait que très peu d'événements d'envergure, exception faite de quelques rares foires artisanales, ont été organisés dans ces domaines qui d'ailleurs jouissent d'une très faible aura du coté du public. L.N : Et le compas ? W. S : Nous posons un regard très critique sur le compas, manière intelligente de nous démarquer des nombreuses émissions d'intoxication qui se font chaque jour. Nous invitons des opérateurs culturels compétents ou des spécialistes pour poser en profondeur les problèmes auxquels fait face le rythme de Nemours Jean-Baptiste. L.N : N'avez-vous pas peur que l'émission soit taxée d'élitiste ? W. S : Nous n'avons rien inventé. Il y a, dans tous les pays du monde, certaines disciplines artistiques majeures qui sont considérées comme élitistes parce que les sujets ne sont pas accessibles à tout le monde. Malheureusement, en Haïti, très peu d'efforts systématisés sont faits pour démocratiser les arts et désintellectualiser la culture. Ma critique tient compte quand même de quelques initiatives privées ou individuelles. L.N : Y a-t-il moyen pour un journaliste culturel de vivre de son métier ? W.S : Il n'y a absolument aucun moyen de vivre décemment de ce métier, si on ne vend pas sa plume. Et on se rend bien compte que le journalisme culturel est utilisé comme tremplin pour aboutir à des fins personnelles. Il y a quand même quelques passionnés qui le font pour oublier le temps qui passe ou pour rester en contact avec le monde des arts et du spectacle. L.N : Comment voyez-vous l'avenir de ce métier en Haïti ? W.S : Sombre. Sur le plan économique tout au moins. Mais sur le plan intellectuel, un jeune gagnerait beaucoup à devenir journaliste culturel. Le métier aide beaucoup à augmenter ses connaissances générales et ses capacités de réflexions. |
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