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| Haïti: Benjamin au Sénat, lavalassien de coeur Admirateur de l'ancien président Jean-Bertrand Aristide, Nènel Cassy, sénateur de la plateforme Lespwa devenue Inite, revendique haut et fort son appartenance lavalas. En fin de mandat, le parlementaire se donne un satisfecit pour le travail accompli dans son département, mais est déçu du bilan du Sénat.
Economiste de profession, Nènel Cassy n'est pas la meilleure personne à interviewer sur la dictature des Duvalier. Il n'en sait pas grand-chose, sinon ce que rapportent ses aînés et les ouvrages. S'agissant du régime lavalas, c'est une toute autre affaire. Adolescent, il écoute religieusement les messages et discours du père de Saint-Jean Bosco, Jean-Bertrand Aristide. Quand celui-ci décide de se porter candidat à la magistrature suprême en 1990, le jeune Cassis s'en réjouit. « J'exaltais de joie à la proclamation des résultats ayant consacré la victoire du président Aristide », se rappelle aujourd'hui encore le parlementaire. Si Nènel Cassy se positionne très tôt comme un leader ou un futur leader, c'est au cours de la journée électorale du 16 décembre 1990 qu'il a pris son baptême de feu. « Je me portais volontaire ce jour-là pour surveiller le scrutin dans ma section communale au profit du leader lavalas, raconte-t-il. A l'école nationale d'Arnaud, on m'a fait remplacer un membre du bureau de vote qui s'était absenté. Voilà mes débuts en politique. » Ce poste occupé par le futur parlementaire lui a servi de tremplin pour se frayer un chemin sur la scène politique des Nippes qui étaient rattachées jusqu'en 2003 au département de la Grand'Anse. Arnaud qui était une section communale est devenu une commune quand les Nippes ont été élevées au rang de département pendant le second mandat de Jean-Bertrand Aristide. Nènel Cassy a débuté ses études classiques dans son département pour les terminer à Port-au-Prince. C'est dans sa section communale, chez les frères, qu'il a effectué ses études primaires. Ce qui lui manquait à l'époque, ce n'était ni de quoi se nourrir, ni de quoi se vêtir, ni la tendresse de ses parents, mais un encadrement sur le plan scolaire. Après avoir bouclé le cycle primaire, Nènel Cassis s'est inscrit au lycée Boisrond Tonnerre d'Anse-à-Veau où il a suivi des cours jusqu'à la seconde. A l'époque, les écoles secondaires de la région arrivaient jusqu'à la rhétorique. Mais le jeune Cassis a choisi de se rendre à Port-au-Prince pour son bac I et son bac II. C'est le lycée Louis Joseph Janvier de Carrefour qui l'a accueilli. Si le corps de Nènel Cassy était à Port-au-Prince, son coeur était dans sa section communale. « Chaque week-end, je me rendais dans les Nippes, soit pour passer un moment avec mes parents, soit pour participer à des activités sociopolitiques, dit-il. Pendant les vacances, je ne suis pas resté un jour dans la capitale haïtienne. » Un jeune politicien qui s'affirme Le jeune Cassy est au coeur de toutes les grandes activités sociopolitiques qui s'organisent à Arnaud et peu à peu il prend goût à la politique. Lorsque, le 30 septembre 1991, les Forces Armées d'Haïti choisissent de chasser son président après seulement sept mois d'exercice du pouvoir, il se sent abattu et désolé. « C'était un coup dur pour moi personnellement », témoigne Nènel Cassis. Subtilement et à sa manière, il organise la résistance avec d'autres jeunes de son âge. « Je suivais avec attention les informations, raconte-t-il. Je distribuais aussi des tracts en cachette. » Malgré sa modération, il se rappelle avoir un jour fait un duel en public avec le député de l'Anse-à-Veau de l'époque, Robert Mondé, qui appuyait le sanglant coup d'Etat. « Je lui ai demandé pourquoi supporter un coup d'Etat contre un président élu dans des élections libres et démocratiques, rapporte Nènel Cassy. Je commençais ainsi à étonner mon entourage. » Le président Jean-Bertrand Aristide est resté trois ans en exil. L'admiration de Nènel Cassy pour lui reste intacte. Le retour du président lalavas au pouvoir le 15 octobre 1994 fait renaître tous les espoirs chez le jeune Nippois. Et peu à peu, il se rapproche des barons lavalas dans le département. Au grand dam de ses parents qui rêvaient de voir leur fils devenir médecin ou avocat. En 1997, Nènel Cassy, grâce à ses connections avec les dirigeants lavalas locaux, décroche le poste de président du bureau électoral communal. Une grande première pour sa section communale Arnaud, dont les habitants sont sous-estimés par rapport à ceux d'Anse-à-Veau. La même année, Nènel Cassy est emmené voir le président Aristide. «C'était un grand moment dans ma vie », déclare-t-il 15 ans plus tard. Epaté par son discours et sa maturité politique, le chef de l'Etat exprimait sa volonté de travailler avec lui et de l'encadrer. De quoi faire des jaloux parmi ceux qui ont programmé la rencontre. « Ils ont décidé de couper tout contact entre le président et moi », regrette encore Nènel Cassy sans citer de nom. Un lavalassien convaincu Lorsque Jean-Bertrand Aristide redevient président en 2001, Nènel Cassy explose de joie. Il est au courant de ce qu'on dit de mal de son président, mais il continue de l'aimer et de l'admirer. Les détracteurs de l'ancien président, dénonce-t-il, étaient dans son propre camp politique. En 2004, Nènel Cassy n'était pas parmi les lavalassiens qui avaient tourné le dos au président Aristide. « J'étais pour son maintien au pouvoir », affirme-t-il, résumant les évènements de l'époque en une guerre de communication que son leader avait perdue. 48 heures avant le départ pour l'exil du leader de Fanmi Lavalas, Nènel Cassy décide de quitter Port-au-Prince pour les Nippes. « Je disais aux lavalassiens de la région que les carottes sont cuites et on doit accepter la défaite», dit-il, se réjouissant d'avoir évité des dérapages dans sa section communale. En route vers le Parlement Avec le départ pour l'exil du président Jean-Bertrand Aristide, la plupart des barons lavalas dans les Nippes sont aux abois. Certains sont emprisonnés, d'autres gagnent le maquis. Le champ est donc libre pour l'émergence de jeunes leaders comme Nènel Cassy qui a étudié les sciences économiques à la Faculté de droit et des sciences économiques à Port-au-Prince. Il a aussi commencé des études de sciences politiques et de droit. Avec d'autres amis, le jeune militant crée une structure dénommée Solidarité des organisations pour le développement des Nippes. Un moyen pour rester en contact avec le terrain. Entre-temps, on parle à tort et à travers de l'organisation de nouvelles élections à travers le pays. Sûr de sa popularité, Nènel Cassy repousse l'offre de plusieurs partis politiques qui l'ont approché. Il préfère attendre le mot d'ordre des dirigeants lavalas. Lorsque René Préval, « le marassa ou l'ex-marassa » de Jean-Bertrand Aristide, accepte de se porter candidat sous la bannière de Lespwa, le militant politique saute de joie. Sans hésiter, il intègre la nouvelle plateforme politique en tant que membre du parti Louvri Baryè (PLB). « Je me suis porté candidat au Sénat avec le feu vert des organisations de base », indique-t-il. Avec un salaire de 5 000 gourdes par mois à la douane, Nènel Cassy doit remuer ciel et terre pour trouver les fonds nécessaires au financement de sa campagne électorale. « Mes parents, surtout ma soeur qui vit aux Etats-Unis, et mes amis m'ont supporté », témoigne Cassis, rappelant que la plateforme Lespwa ne lui avait donné que des photos. Six ans plus tard A 34 ans, Nènel Cassy, célibataire, devient le premier sénateur des Nippes. Il est le plus jeune des sénateurs issus des élections de 2006. Six ans plus tard, l'heure est au bilan. Président de la commission Finances à maintes reprises, le parlementaire met en avant son combat pour la décentralisation du budget national. « J'ai lutté pour que les paysans soient pris en compte dans le budget national », se félicite le parlementaire, qui dit avoir élaboré une proposition de loi créant un fonds de pension au profit des paysans haïtiens. Nènel Cassy met aussi à son actif la conversion des bons de la Banque de la République d'Haïti (BRH) en bons du Trésor. « Les bons deviennent ainsi accessibles à tout le monde », dit-il. Une dizaine de lois et traités à caractère financier, ajoute-t-il, ont été votés et ratifiés grâce au dynamisme de la commission qu'il a présidée. A son bilan au Parlement, Nènel Cassy ajoute des réalisations dans les Nippes. « J'ai aidé à la construction de trois nouveaux lycées et de huit écoles nationales dans le département », raconte-t-il. En termes d'infrastructures, les Nippes, le plus jeune des 10 départements géographiques du pays, sont considérées comme le plus dépourvu. « J'ai aussi mené des démarches pour la construction de routes, de bureaux départementaux ainsi que pour l'électrification de plusieurs communes », affirme Nènel Cassy qui reconnaît que beaucoup restent à faire pour le désenclavement de son département. Si le parlementaire a tourné le dos à la plateforme Lespwa depuis un certain temps, son nom figure parmi ceux qui ont voté la loi d'urgence créant la Commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti (CIRH). « J'ai voté la loi d'urgence en échange des avantages pour les Nippes, se défend le parlementaire. Le président René Préval a expliqué que cette loi allait aider le pays à bénéficier des milliards de dollars. » Deux ans plus tard, Nènel Cassy a déchanté. « Il est vrai que la CIRH finance des infrastructures dans les Nippes, mais je suis un peu déçu en considérant ce qui a été fait dans l'ensemble du pays », fait-il remarquer. Des déceptions aussi De 2006 à nos jours, le Sénat est impliqué dans des scandales en série, allant de l'affaire Socabank à la falsification de la version amendée de la Constitution de 1987. « Tout le Parlement est sorti diminué de ces scandales», reconnaît le troisième sénateur des Nippes, qui se présente comme une victime. Le nom du sénateur des Nippes a été cité dans les prêts de l'ONA. «On m'a accusé d'avoir emprunté trois millions de gourdes à l'ONA, rapporte le parlementaire qui dit n'avoir même pas un livret de l'ONA. J'ai la conscience tranquille.» Elevé dans l'amour de son papa cultivateur et de sa maman commerçante et cultivatrice, Nènel Cassy confie avoir été un enfant sage et discipliné. Ses qualités, qu'il cultivait dans son enfance, le suivent jusqu'au Parlement. « Je ne suis ni agressif ni violent, c'est pourquoi je suis parfois marginalisé dans l'opinion publique », explique le parlementaire pour répondre à ceux qui croient qu'il est trop effacé au Grand Corps. Dommage, regrette-t-il, qu'on résume la compétence des sénateurs à leur capacité à faire du bruit. A seulement trois mois de la fin de son mandat de six ans, Nènel Cassy reste perplexe quand il doit dresser le bilan des élus de 2006. « Il n'y a jamais eu de grands débats au Sénat sur les sujets d'intérêt national », se plaint l'élu des Nippes, car aucun grand chantier de développement n'a été lancé. Et les promesses de changement de la plateforme Lespwa à laquelle il appartenait n'ont pas été tenues. Aucune cohésion n'a été constatée entre l'ancien président René Préval et les parlementaires de Lespwa. Fatigué de jouer le rôle d'un simple figurant, Nènel Cassy décide de rompre avec sa plateforme politique qui allait se transformer en Inite. A 40 ans bien sonnés, Nènel Cassy, encore célibataire et père d'un garçon de 10 mois, annonce sans langue de bois sa participation au prochain scrutin pour le renouvellement du tiers du Sénat. « J'ai la confiance de la population des Nippes, c'est pourquoi je vais partir à la recherche d'un second mandat», avance celui qui a décidé dès l'âge de 14 ans de fréquenter une église baptiste à l'insu de ses parents qui pratiquaient le vaudou. Admirateur de l'ancien président Jean-Bertrand Aristide qu'il a rencontré à plusieurs reprises depuis son retour d'exil, ce lavalassien de coeur, Nènel Cassy, est prêt à se porter candidat sous la bannière du parti Fanmi Lavalas, si l'opportunité se présente. Jean Pharès Jérôme pjerome@lenouvelliste.com |
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