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National 24 Septembre 2008
     
   
  Haïti: Quelle protection pour les sinistrés ?
Les Gonaïves, trois semaines plus tard

Il faut se rendre à l'évidence: le temps, l'aide internationale, les palabres et les déclarations tonitruantes n'ont pas changé grand-chose à la situation dramatique que vivent les Gonaïviens dans une ville où on a l'impression, une impression, qui au fil du temps se transforme de plus en plus en certitude.

 
 
Un enfant récupérant l'eau dégoutant d'une conduite brisée
  (Photo: Patrice-Manuel Lerebours)
   
 
 
la cour du lycée Fabre Géffrard qui sert d'abri, n'est qu'une vaste porcherie
  (Photo: Patrice-Manuel Lerebours)
   
 
 
On vit dans la boue, on vit avec l'odeur de la boue et on mange en compagnie des microbes de la boue
  (Photo: Patrice-Manuel Lerebours)
   
 
 
Gardant toujours espoir, elles continuent à sourire en dépit de leurs malheurs
  (Photo: Patrice-Manuel Lerebours)
   
 
 
Un véritable bouillon de culture
  (Photo: Patrice-Manuel Lerebours)
   
Dans le centre-ville des Gonaïves, les citoyens sont pratiquement livrés à eux-mêmes. Seaux, pelles, rateaux fabriqués artisanalement en main, ils essaient tant bien que mal de se débarasser de la boue et de la charogne qui a envahi l'espace où, peu de temps avant, ils vivaient tranquillement et qui, maintenant, offre une image apocalyptique.

Pieds nus, des centaines de Gonaïviens circulent dans les eaux boueuses, nauséabondes, malsaines et répugnantes qui ont envahi les rues et qui ne veulent plus en partir. Les travaux de déblaiement n'ont pas encore commencé. Les organismes concernés attendent des ordres d'une chaîne de commandement qui semble avoir des maillons faibles au bord de la rupture. Manifestement, aucun plan logiquement structuré ne semble exister pour la distribution de la nourriture dans les centres d'hébergement et pour la gestion des victimes sinistrées dont la vie est brisée et qui attendent un réconfort qui ne vient pas.

L'aide alimentaire est distribuée dans des conditions inadéquates et humiliantes pour les victimes nécessiteuses. Aucun recensement n'a été entrepris au niveau des zones affectées pour déterminer qui sont les vrais sinistrés. Ainsi n'importe qui peut se présenter et réclamer une assistance à laquelle elle n'a pas droit, alors que de nombreux vrais sinistrés qui peuvent être trop jeunes ou trop vieux, estropiés ou alités dans les centres d'hébergement n'ont aucune possibilité de se rendre aux points de distribution de l'aide alimentaire. Ceci, faute, semble-t-il, d'un plan d'ensemble qui devrait être réalisé par la Direction de la Protection Civile, représentante de l'Etat haïtien, donc seule habilitée à prendre certaines décisions.

Les centres d'hébergement sont insalubres et, quoi qu'on en dise, les risques d'épidémie sont élevées. Ce que contestent certaines personnes impliquées dans l'organisation des secours. Il n'est que de voir comment on vit dans les centres d'hébergement pour se rendre compte que ces risques sont élevés pour la population qui y habite.

Ainsi que peut le confirmer n'importe quel médecin, les eaux souillées constituent un dangeureux vecteur d'infection et de transmission de maladies, en particulier celles du péril fécal-oral, comme la thyphoïde. Quand on sait que ces eaux sont souillées par le contenu des latrines inondées, on se demande comment un responsable, quel qu'il soit, peut oser déclarer que les risques d'épidémie sont peu élevées. Sans compter que la malaria peut s'étendre comme un feu de poudre, vu la quantité de moustiques qui, généralement, font la guerre aux citoyens.

Imaginez alors les dangers que court une bonne partie de la population qui manque de nourriture, d'eau potable, de médicaments et qui est moralement très affectée !

Si, au moins on pensait à faire une petite fumigation... comme du temps du SNEM (Service National d'Eradication de la Malaria), ce serait déjà un plus pour les Gonaïviens. Peut-être même qu'il faudrait penser à une campagne de vaccination contre la typhoïde et le tétanos... Sans compter qu'il faudrait penser aux nombreuses femmes qui ont probablement déjà contracté une infection vaginale pour avoir utilisé de l'eau polluée pour leur toilette intime.

Certains responsables d'institutions internationales ont clairement exprimé leur désanchantement devant le retard accumulé par les responsables à prendre des décisions humainement et techniquement logiques, et de toute façon urgente, car ils ne peuvent intervenir que sur injonction de la Direction de la Protection Civile, obligés qu'ils sont de respecter la souveraineté de la République d'Haïti.

La seule institution d'Etat dont la présence est vraiment remarquée est le CNE (Centre National des Equipements) qui, jusqu'à date (22 septembre 2008), travaillait surtout sur les routes, en attendant de pouvoir s'attaquer aux détritus et à la boue qui ont envahi la ville. Ce qui n'implique aucunement qu'il n'y en a pas d'autres à faire correctement leur travail.

Les conséquences sont extrêmement graves pour la population. Entre autres choses, le ramassage des ordures, des gravats et de la boue n'a pas encore commencé parce que, jusqu'au 22 septembre 2008, aucun site n'a été identifié comme décharge. Des enfants souffrant de dyharrée et au bord de la déshydratation ne recoivent, comme nous avons pu le constater, aucun soin et aucune nourriture dans les centres d'hébergement qui n'ont pas été assainis et dans lesquels les enfants vivent dans la boue la plus abjecte au milieu de déchets de toutes sortes.

Au lycée Fabre Géffrard, qui sert de centre d'hébergement, certaines mères sont obligées d'aller mendier au-dehors pour pouvoir acheter de l'eau en sachet et des biscuits salés, seuls ingrédients de la bouillie q'elles font boullir dans une chaudière crasseuse et qui constitue le seul repas de leurs enfants en bas âge.

Des gens, marchant pieds nus dans les eaux corrompues, ont été blessés par des objets en métal rouillés ou des os de cadavres (d'animaux ou d'humains ?) en décomposition sous la fange.

Il n'y a vraiment pas de quoi s'inquiéter pour leur santé, n'est-ce pas ?

Paradoxe, le grand absent ou le plus discret de tous les acteurs, au milieu de tout ce chaos, est le ministère de l'Environnement (MDE) qui, pourtant est concerné au premier plan, si l'on tient compte des principales causes des inondations qui ont durement éprouvé la population de toute la République. peut-être que le moment n'est pas encore venu où son intervention sera primordiale ?

Pendant ce temps, il semblerait que la Direction de la Protection civile soit particulièrement préoccupée par la rentrée des classes qui doit avoir lieu le 6 octobre prochain. Une telle préoccupation est normale pour le ministère de l'Education nationale, mais est-ce vraiment une priorité pour la Direction de la Protection Civile dont la mission principale est de secourir les victimes de catasthrophes naturelles ?Car, pour parvenir à reprendre les cours le 6 octobre, il faudra évacuer les malheureux qui occupent les écoles qui servent d'abris. Comme il n'existe encore nulle part où les héberger, n'auront-ils qu'à aller crever dans leur trou où on n'entendra plus parler d'eux ?

Cela solutionnerait, peut-être le probème à tout jamais !

Et l'on pourrait, alors, dire que tout va bien et qu'aux Gonaïves, la vie reprend lentement sont cours normal. Mission accomplie !

Il y en aura pour justifier leur manque d'efficacité et/ou leur incompétence, en dépit de leur bonne foi apparente ! Pour ce que cela va changer pour les victimes...

l'organisation des secours doit être une affaire de professionnels et non d'improvisateurs. Si nous en avons, où sont-ils ? Que font-ils ? Si nous n'en avons pas, il faudrait penser à en former ou à faire appel à ceux qui ont l'habitude de gérer ce genre d'urgences et qui en ont les moyens!

Cela rassurerait bien des gens !

De toute manière, la tâche est loin d'être facile. Cela, tout le monde est à même de le comprendre. il n'y aurait donc aucune honte à ce que la Direction de la Protection Civile fasse appel à toutes les compétences disponibles. Après tout, le problème nous concerne tous.

Patrice-Manuel Lerebours
 
     
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