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| F o n d é e n 1 8 9 8 | ||
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| Haïti: Le Contentieux français David Adès Par un heureux rappel de la mémoire, nous avons ouvert les tiroirs de notre Histoire pour retrouver la quittance de cette lourde obligation, la dette de l'indépendance payée après coup à la France. Nous nous sommes mis ensuite à méditer. Au fait, la France nous doit beaucoup d'argent! Nous avons payé une fois de trop et le temps lointain du paiement ne nous interdit pas de réclamer compensation. On ne saurait opposer la prescription extinctive entre Etats quand l'acte concerné est le résultat d'une injustice, une dérogation aux normes impératives, l'exploitation d'un petit peuple contraint de vouloir ( coactus voului), sans défense ni appui international.. Cette réflexion nous a laissé sombre mais encouragé. Et nous nous sommes mis à examiner l'Histoire récente. Elle est pleine d'exemples de grandes puissances offrant volontiers des dédommagements à leurs victimes. L'Allemagne offrit à l'Etat hébreu des réparations pour le martyre du peuple juif durant la période hitlérienne alors que l'Etat d'Israël n'existait même pas à l'époque du génocide en question. Le Japon a officiellement reconnu ses abus et ses torts durant l'occupation de la Corée et cette déclaration publique a rehaussé aux yeux des Coréens le prestige moral du pays du Soleil Levant. 60 ans après, la Suisse reconnaît qu'elle se doit de rembourser à des déposants ou à leurs héritiers les avoirs détenus durant la guerre, même sans identification attestée. Dans le monde entier, il se fait un besoin pour les peuples fiers, attachés à leur honneur, de réparer les préjudices ou les outrages commis par leur gouvernement. Nous sommes certain de trouver dans ce grand peuple de France un sentiment de sympathie en faveur d'Haïti. Quand il s'agit de justice, du respect de la personne humaine, de l'honneur ou du bien-être d'un peuple, on trouvera toujours dans ce pays des hommes, des associations, des organisations, des intéressés pour épouser telle cause, souvent à l'encontre même des intérêts français. Cette idée nous a quelque peu rassuré. Qui demande remboursement se fait parfois un ennemi. Nous ne cherchons pas pour Haïti ni querelle ni guerre avec la France. Nous avons la conviction de plaider une cause juste, pertinente et recevable du point de vue du Droit des gens, espérant que ce contentieux pourra être réglé dans un esprit amical de coopération. Et encore, des peuples riches et modernes cherchent à laver le linge sale de leur Histoire; c'est l'Allemagne, le Japon qui tentent de faire oublier leurs crimes de guerre, la Hollande, son passé colonial. Ils tiennent à leur image. La France semble n'avoir rien à se reprocher. Elle s'adonne, étale et sereine, à la francophonie: " une communauté de valeurs et d'idéaux engagée dans le respect du pluralisme linguistique et culturel". Noble et beau! Mais serait-ce une forme nouvelle de colonialisme par les élites intellectuelles? Haïti, victime, a le droit de se poser la question. Devrions-nous payer une dette de l'indépendance après Vertières? C'est plutôt la France qui devrait nous dédommager des injustices de la traite et de l'esclavage. Le Vietnam après Diem-Bien-Phu a-t-il payé à la France une dette quelconque d'indépendance? L'Algérie a-t-elle versé une somme après avoir acquis son droit à la liberté? Après Vertières, devrions-nous payer 175 millions de franc-or au vaincu, paiement qui a ruiné nos efforts à l'indépendance économique? C'est à Vertières que nous avons acheté notre droit à l'indépendance, nous avons donc payé deux fois. Et cela est clair, comme "dlo kokoye". Nous espérons l'aide de la France non en francophonie mais en biens et services. Cette aide pourrait commencer en créant dans le pays une vingtaine d'écoles professionnelles avec des enseignants, des techniciens français, mettant le projet à l'abri des affairistes haïtiens. Un personnel français dans un esprit de solidarité formera la jeunesse haïtienne dans tous les métiers. La coopération française généralement conçue en apports culturels dispense un enseignement élitiste. Notre pays nécessite actuellement une éducation pratique et la France peut contribuer au bien-être de la grande masse des Haïtiens. Elle pourrait s'engager à coordonner avec nous l'aménagement de l'espace national en fournissant les équipements nécessaires à l'exploitation et à la valorisation de nos ressources naturelles. Elle pourrait en outre enrôler de nombreux coopérants aux fins de servir dans toutes les branches administratives, ce qui soulagerait à la fois le chômage en France métropolitaine. Cette coopération servirait les intérêts des deux pays. "Pensez-donc dites-vous, il y a tellement longtemps que nous avons mis au rancart notre reçu patiné!" Exactement, nos ancêtres ont pioché, à nous de récolter. Nos dirigeants devraient s'armer de détermination et montrer quelque courage pour ouvrir le dossier et négocier. Notre diction folklorique " Haïti dwe la France", jamais véridique, est encore moins de mise. C'est justement l'inverse qu'il faut penser, " la France dwe Haïti" et espérons qu'elle commence enfin à payer! Quand, en mars 1997, nous avions évoqué le remboursement par la France de la dette de l'Indépendance, le pouvoir lavalas jouissait encore de quelque crédibilité. En proposant des moyens compensatoires négociés, le Gouvernement haïtien pourrait avoir une chance de trouver une solution, d'obtenir un résultat satisfaisant. La diplomatie est un art qui devrait, en pareille circonstance, se révéler efficient. Mais la manière dont l'actuel Gouvernement a présenté nos désirata, c'est comme déclarer gauchement la guerre à une puissance étrangère, "amie d'Haïti", avec laquelle nous entretenons d'importantes relations économiques et culturelles. En lançant cet appel à la France, publiquement, devant la foule, voilà qui fait perdre à ce projet le sérieux de nos intentions. Si la voie diplomatique est écartée au profit d'un discours démagogique, la France n'accordera aucune attention à notre juste réclamation et voudra la traiter comme une récrimination. D'ailleurs, le pouvoir lavalas en place a tellement perdu de son crédit, on se demande si notre légitime revendication ne sera pas à l'avance déclarée irrecevable. Mais ce pouvoir pourra devant les masses crédules prétendre que " l'embargo économique", agrémenté des 21 milliards de dollars dus à notre pays et toujours impayés, sont la cause de nos malheurs délibérément prolongés par les " blancs méchants". Ainsi fera-t-on relayer notre misère encore par des discours... toujours par des palabres.... David Adès |
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